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4ème Congrès de l’Association tunisienne de microchirurgie oculaire

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4ème Congrès de l’Association tunisienne de microchirurgie oculaire

Dr Mohamed Kamoun

« Presbytie : L’Intracor, une technique non invasive, sécurisante et qui relève du miracle technologique »

Cultivant le don de l’ubiquité, alliant le verbe aux gestes fluides du chirurgien, le sourire au sympathique sens de la repartie, il ne laisse point indiffèrent. Sans sacrifier à la dithyrambe, il vous mène juste à l’ensemble de son propos. Le médecin parle et volontiers on l’écoute. Une bouffée de lumière jaillit de ses mots. C’est qu’il sait aussi bien les limites et les promesses de son thème. Assis sur ses dizaines d’années d’expérience, il manie à merveille l’art de la démonstration. Mohamed Kamoun, puisqu’il s’agit de lui, Président de l’association tunisienne de microchirurgie oculaire (ATMO), ancien professeur de la Faculté de médecine de Tunis, ancien interne des quinze-vingt, pionniers parmi les ténors de l’ophtalmologie à l’échelle nationale, il a de quoi étonner. Le quittant, une seule image vous reste. Celle d’un mandarin comme on en voit rarement. Interview.

par Lotfi Ouajah

〉〉De quelle manière pourrait-on entamer une interview sur les yeux ?

De la façon la plus simple : avec clarté et le mot n’est point hasardeux. Quant on aborde un sujet sur les yeux, il faut y voir clair et surtout le faire sentir.

〉〉 Peut-on dire alors qu’à l’orée de cette longue carrière vous êtes arrivés, professeur, à y voir plus clair qu’à l’époque de vos débuts ?

J’ose l’espérer. Dans tous les cas, je pense que la médecine en général et l’ophtalmologie en particulier m’ont aidé à mieux comprendre la longue traversée de l’obscurité à la lumière.

〉〉 C’est une histoire d’yeux donc ?

Oui, j’aime bien l’image. C’est une histoire et des plus belles. Je ne suis pas le seul à l’avoir vécue et à la vivre encore Dieu merci. Beaucoup de mes confrères y ont grandement contribué. Et ce n’est point par hasard que la Tunisie est considérée aujourd’hui comme une destination privilégiée de l’ophtalmologie, à l’échelle régionale et mondiale aussi.

〉〉Peut-on en résumer le secret ?

Je dirais : le défi. Ce catalyseur incontestable de la persévérance. Toute situation, aussi difficile soitelle, possède, à un moment ou un autre, son propre déclic, son déclencheur. Nous avons eu à le vérifier souvent dans notre pays. Très tôt, quand nous n’étions que quelques uns dans la spécialité, nous avons su, grâce à Dieu, tenir le pari de la concurrence et de l’émulation. L’effort a porté, et ce n’est pas par hasard qu’aujourd’hui beaucoup de pays frères et amis dirigent certains de leurs patients vers nos services hospitaliers.

〉〉 Vous présidez l’Association tunisienne de microchirurgie oculaire. Votre mandat touche à son terme. Peut-on parler de bilan ?

Sûrement. Je vous épargnerais les détails. Toutefois, je voudrais revenir sur le dernier congrès qui s’est tenu, les 26 et 27 novembre, sur le thème principal de la presbytie. Je ne ferai pas l’apologie des communications qui y ont été présentées. Elles se défendent bien ellesmêmes. Cependant, il y en a quelques unes qui, de par leur importance et le prodigieux effet qu’elles ont créé, retiennent particulièrement mon attention, celles sur la compensation de la presbytie. Grâce aux travaux réalisés, la presbytie peut dans certain cas être jugulée. Une promesse de réconciliation avec la vue normale, de loin et de près. La presbytie affecte tout sujet normal à partir de 45 ans.

〉〉L’adieu aux lunettes donc ?

Vous pouvez l’exprimer comme cela. Dans certaines situations et sous des conditions bien précises, les presbytes peuvent se débarrasser de l’inconfort des lunettes. Jusque-là, ils étaient traités par des lunettes correctrices et des verres progressifs de plus en plus performants. Avec l’avènement des techniques modernes, tel que le laser Excimer (LASIK) nous sommes en mesure de traiter la myopie, l’hypermétropie et l’astigmatisme et, d’une manière timide, la presbytie. Cette technologie existe dans les grandes villes de Tunisie (Tunis, Sousse et Sfax) depuis plus de 15 ans. Aujourd’hui, de nouveaux horizons s’annoncent pour aller de l’avant dans le domaine de la presbytie. Nous le devons à un chercheur colombien, le professeur A. Ruiz qui a mis au point une technique de pointe qui va révolutionner l’approche classique.

〉〉 De quelle manière ?

Il a créé l’Intracor, une technique non invasive, sécurisante et, disons-le, qui relève du miracle technologique. Cette approche permet de remodeler la cornée avec le laser « Femto seconde » qui intervient directement sur celle-ci, sans avoir besoin de réaliser un capot cornéen, et qui consiste à faire 5 incisions circulaires non transfixiantes, non perforantes. Le patient est assuré de retrouver une vision normale de près. On peut alors dire qu’échapper aux lunettes devient possible.

〉〉 Tous les presbytes sont-ils concernés ?

Cette technique n’est utilisée pour le moment que chez l’emmétrope ou le petit hypermétrope. Les patients myopes ou franchement hypermétropes qui du fait de l’âge deviennent presbytes peuvent être pris en charge par une autre technique au laser Excimer, le presbylasik. En d’autres termes, on peut traiter l’atteinte originelle et la presbytie. La bonne nouvelle est que nous disposons, dans notre pays, des équipements nécessaires, Femtoseconde et laser Excimer, dans plusieurs centres, et qu’il est possible d’en commencer l’utilisation incessamment.

〉〉 Fiche technique INTRACOR

Il s’agit d’une keratotomie stromale circulaire de 5 à 6 cercles réalisés en quelques secondes autour de la zone optique. Ceux-ci déterminent un effet de protrusion très modéré de la seule surface antérieure sans affaiblissement de la cornée puisque les surfaces antérieures et postérieures sont indemnes. Le volume de l’oeil n’est pas modifié

〉〉 Presbytie : prise de vues

Gêne? Incontestablement c’en est une. Insidieuse au début, elle finit par se déclarer, faisant vie commune avec son hôte. Elle se définit comme une perte progressive du pouvoir de l’accommodation. Vers la quarantaine, on éprouve de la gène à distinguer de près. Vers 45 ans environs, la presbytie s’installe et on commence alors par éprouver le besoin d’éloigner tout support pour arriver à le lire. Les lunettes sont alors impératives.

〉〉 Comment ?

La compensation de la presbytie se fait par des verres correcteurs. La technique des lunettes a beaucoup évolué, surtout avec l’innovation des verres à double foyer, ensuite par des verres progressifs.

〉〉 La nouveauté

Il y a d’autres moyens de compensation de la presbytie. Le Laser Excimer en est la démonstration la plus spectaculaire. Cette méthode qui existe en Tunisie depuis déjà 17 ans, est utilisée aussi pour la correction de la myopie, de l’hypermétropie et de l’astigmatisme. L’IntraCOR est une ingénieuse invention qui propulse le nouveau traitement de la presbytie au sommet de l’efficacité. Nos spécialistes sont d’ores et déjà prêts à l’utiliser. Seul bémol : cette chirurgie ne peut s’appliquer pour le moment qu’aux patients n’ayant aucun autre défaut de vision ou à la limite ceux ayant une petite hypermétropie de 0,50.

〉〉 L’exemple

L’IntraCor est réalisé grâce au laser femtoseconde qui a déjà fait ses preuves. Pratiqué depuis trois ans dans une trentaine de centres à travers le monde dont quatre en France, ses résultats sont plus que probants – les avis sont unanimes : efficacité et innocuité démontrées.

〉〉 Greffe de cornée

Toujours le laser femtoseconde. Il est à l’origine de la réussite de la greffe de cornée lamellaire non perforante. Ainsi, on remplace seulement les couches atteintes de la cornée, préservant ainsi la couche profonde saine. Ce qui permet d’obtenir un résultat optimal en réduisant le phénomène de rejet. Rappelons que ce traitement est pratiqué en Tunisie.

〉〉 La vitrectomie 23 G

Est une innovation dans la micro chirurgie de la rétine qui traite entre autres les complications oculaires chez le diabétique et qu’on appelle « hémorragie dans le vitré ». Ses avantages sont : la rapidité, l’efficacité et surtout sa réalisation en hospitalisation de jour car sans sutures.

〉〉 Les forts en thèmes

Les participants au 4ème Congrès de l’ATMO ont honoré deux des leurs et non des moindres. Il s’agit du Dr Ruiz Antonio pour son ingéniosité et sa contribution au développement de la chirurgie réfractive dans le monde, et du Dr Mohamed Kamoun pour son action en faveur de l’essor de la microchirurgie oculaire dans le Maghreb.
Les médailles ont été remises respectivement par les professeurs Raouf Reguig, futur président de l’ATMO, Saida Ayed, vice présidente, et Khalil Romdhane, secrétaire général.