A la Une

7 milliards de terriens, et moi et moi et moi…

Publié le
7 milliards de terriens, et moi et moi et moi…

Depuis le 31 octobre 2011, c’est officiel : nous sommes 7 milliards d’humains, et plusieurs supposés « 7 milliardièmes » bébés ont fait de jolis sujets dans nos médias. Au delà du chiffre et de l’anecdote, ces 7 milliards de terriens représentent autant de défis à relever et d’opportunités à saisir… d’urgence.

par Emmanuelle Houerbi

Pour mettre un coup de projecteur sur ce nouveau seuil franchi par l’humanité, le Fonds des Nations-Unies pour la Population vient de présenter son rapport annuel sur l’état de la population mondiale. Un rapport de terrain qui en appelle à l’action collective et au refus du statu quo. Avec un objectif de taille : une planète viable, prospère et durable.

Des chiffres vertigineux

Il y a 50 ans, personne n’imaginait que la terre puisse accueillir plus de 5 milliards d’humains, et pourtant nous sommes 7 milliards aujourd’hui (octobre 2011), et en 2100, nos petits-enfants devraient être 10 milliards à se partager la planète ! De 1 milliard en 1804, nous sommes passés en 123 ans à 2 milliards en 1927, puis tout s’est accéléré : 32 ans pour atteindre le troisième milliard, puis 16 ans, puis 13 puis 12. Aujourd’hui la tendance semble stable, mais la population continue à croître rapidement.
Et la démographie n’étant pas un long fleuve tranquille, la Chine, jusqu’ici premier pays incontesté en terme de population, sera devancée par l’Inde et par l’Afrique en 2050. De jolis bouleversements en perspective…

Dur, dur, d’être un humain…

Tout n’est pas rose pour les habitants de la planète, et pour ne rien arranger, 90% de l’accroissement de sa population se produit dans les pays en développement qui font déjà face à de sérieux problèmes d’éducation, de santé et d’emploi. Si l’espérance de vie mondiale est passée de 50 ans en 1950 à 70 ans aujourd’hui, si le taux de scolarisation primaire augmente et si l’accès aux soins en matière de santé tend à se généraliser, les inégalités se creusent dans tous les domaines : entre les pays développés et ceux en développement, entre les riches et les pauvres, les hommes et les femmes, les jeunes et les moins jeunes… Pour se donner une idée, 215 millions de femmes dans le monde n’ont pas accès à une contraception efficace, 1000 femmes meurent chaque jour de complications évitables lors de la grossesse et de l’accouchement, des millions de personnes séropositives vivent sans soins, un milliard de personnes n’ont pas accès à l’eau potable, 214 millions de personnes vivent en dehors de leurs pays d’origine, 42 millions sont réfugiés après avoir fui les guerres, la misère ou les catastrophes climatiques. La liste est longue…

Les jeunes : péril ou opportunité ?

Aujourd’hui, la terre compte 1,2 milliards de jeunes de 10 à 19 ans, dont 90% dans les pays en développement. Ces jeunes représentent une force vive pour leurs pays si l’Etat réussit à leur offrir l’accès à la santé, à l’éducation et à l’emploi mais constituent une bombe à retardement si les gouvernements ne mettent pas tout en œuvre pour leur forger un avenir. Les adolescents, notamment les filles, sont exposées à des écueils innombrables en termes de santé de la reproduction.
80 millions de filles de moins de 18 ans se marient chaque année, 15 millions d’entre elles donnent la vie dans des conditions souvent déplorables et l’excision sévit toujours. En matière d’éducation, plus de 100 millions d’enfants dans le monde ne sont pas scolarisés, l’analphabétisme concerne encore 850 millions d’humains dont deux tiers sont des femmes. Enfin, en matière d’emploi, le chômage et le travail précaire touchent plus de 20% des jeunes en Europe de l’Est, plus de 23% des jeunes au Maghreb ou au Moyen-Orient et n’épargnent pas non plus l’Occident.

«Depuis des décennies, malgré les résultats souvent alarmants des recensements effectués par l’Institut national de la statistique, les politiques n’ont pas jugé bon de réagir, notamment sur le plan économique. Prenons par exemple le cas des jeunes, de loin le plus flagrant. Dès 1994, tout le monde savait pertinemment que le pays allait compter 500.000 étudiants dix ans plus tard, les premières « fournées de chômeurs » arrivaient déjà sur le marché, mais rien n’a été entrepris.

Y compris dans les régions de l’intérieur où la situation catastrophique n’était un secret pour personne. Comment ont-ils pu ne pas réagir devant les chiffres alarmants relatifs au chômage ou au taux d’analphabétisme par exemple, qui touche encore près d’une femme sur deux dans certaines régions de l’intérieur du pays ? Le temps de la politique étant celui du court et du moyen terme, les responsables n’ont malheureusement fait que retarder l’explosion en allongeant par exemple les cursus universitaires. Dans ces temps de libéralisme, l’Etat s’est désengagé de l’économie, laissant aux entreprises privées le soin de gommer les inégalités sociales et économiques dans le pays. Celles-ci n’ayant bien sûr que très peu contribué, n’ont pas réussi à absorber la main d’œuvre en excès, notamment les jeunes les plus qualifiés, et ont continué à s’implanter majoritairement dans les régions côtières et dans les grandes villes du pays. La situation est donc devenue de plus en plus explosive avec pour seule conséquence positive la chute du régime de Ben Ali.
Aujourd’hui, en cette phase de transition, si les politiques veulent redresser la barre, ils devront impérativement prendre en compte les indicateurs démographiques que sont, aujourd’hui comme hier, le chômage et en particulier celui des jeunes, l’analphabétisme, les lacunes du système de santé dans certaines régions de l’intérieur et le vieillissement de la population.

En effet en 2034, les plus de 60 ans représenteront 20% de la population tunisienne.
Ils devront aussi faire face à de nouveaux défis comme les migrations en provenance de l’Afrique sub-saharienne notamment, dont l’augmentation rapide est à craindre, même si nous disposons aujourd’hui de peu de chiffres sur ce sujet. Pour conclure, je dirais que les politiques doivent aujourd’hui se remettre en question et voir plus loin, en planifiant résolument leurs actions en fonction des données démographiques existantes. Il en va de l’avenir de notre pays et de celui de nos petits-enfants».

Alors que faire ?

Selon le rapport de l’UNFPA les 7 milliards d’humains ne doivent pas être considérés comme une menace mais comme autant d’acteurs potentiels de changement et de progrès humain. Des investissements redoublés s’imposent, notamment en faveur des jeunes, des femmes et des plus de 60 ans.

Aujourd’hui, alors que 1000 milliards de dollars sont consacrés chaque année aux dépenses militaires dans le monde, et seulement 60 milliards à l’aide aux pays en développement, seule une action collective résolue à tous les niveaux permettra de relever les défis de la planète. Une évidence qu’il n’est jamais inutile de rappeler !

Démographie et politique

Rebondissant sur le contenu du rapport, Mourad Ghachem, ex-Représentant-Assistant au Fonds des Nations-Unies pour la population est revenu pour nous sur le cas de la Tunisie, fustigeant la cécité des politiques.