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Alimentation : bruits & chuchotements

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Alimentation : bruits & chuchotements

L’alimentation était une cause majeure de mortalité dans les siècles passés mais l’espérance de vie s’est allongée de manière considérable. Pourtant, la perception dominante au sein des populations est que les risques alimentaires sont aujourd’hui plus élevés qu’hier et qu’ils le seront encore plus demain. Nous pouvons donc nous demander si le système alimentaire contemporain ne serait pas générateur d’angoisses : un grand fondement.

par Kamel Bouaouina

Certes, les parents veulent protéger leurs enfants mais comment ne prêteraient-ils pas l’oreille aux bruits divers que l’on entend à propos des aliments ? Ce que l’on retient le plus facilement, ce sont évidemment les éléments d’inquiétude. Hélas, ils sont souvent injustifiés, explique le Professeur Patrick Tounian.

Pr Patrick Tounian, Spécialisé en nutrition et gastroentérologie pédiatriques à l’Hôpital Armand-Trousseau, Paris.

Est-ce que le lait est un aliment essentiel pour nos enfants ?

Il y a un décalage entre la réalité et la perception des consommateurs, les peurs des parents vis-à-vis de certains produits alimentaires ayant des origines diffuses et, dans bon nombre de cas, finissant par nuire à leurs enfants plutôt que de les préserver de risques potentiels.

Infections à répétition, otites, bronchites, asthme, allergies, eczéma…seraient-ils dûs, par exemple, à la consommation de lait ?

Cette croyance entretenue par des communautés de pensées dénuées de toute légitimité scientifique fait aujourd’hui du lait, comme l’observent certains pédiatres en consultation, l’objet numéro un des peurs alimentaires de moult parents. Certains, heureusement, rarement avec les jeunes nourrissons, vont jusqu‘à le proscrire pour attribuer la meilleure santé de leur enfant à cette abstinence.

Cette peur alimentaire est largement injustifiée, voire phantasmatique. Certes, des allergies alimentaires au lait authentiques existent mais leur diagnostic revient en premier lieu au pédiatre.
Quant aux enfants privés de lait pour ces « mauvaises raisons », ils sont exposés à un risque de carence en calcium. Un risque qui, de fait, n’est pas aisément prévisible et ne se traduit par aucun signe visible.
Pourtant, dans pareil cas, l’os de l’enfant se minéralise mal et ce n’est que plusieurs années, voire plusieurs décennies, plus tard que la catastrophe prendra toute son ampleur : fractures faciles, notamment chez les femmes après la ménopause, mais aussi fractures de fatigue chez l’homme sportif.
Avec le jeune nourrisson, et l’actualité récente l’a mis en exergue, certains parents, persuadés que le lait est néfaste pour sa santé, remplacent le lait par des substituts totalement inadaptés à base de végétaux : lait d’amande, lait de riz, lait de noisette, lait de soja. A ce stade de la vie, les carences sont graves, irrémédiables même, puisque ce type d’aliment est totalement inadapté. En témoigne la mort d’un nourrisson de parents végétaliens, faute de n’avoir pas reçu les nutriments nécessaires à son développement par allaitement maternel depuis la naissance, la mère étant elle-même gravement carencée. Faut-il le rappeler ? Consommer du lait toute sa vie est nécessaire. Un adulte a besoin d’un gramme par jour de calcium, ce qui est beaucoup en regard de ce qu’apporte un petit verre de lait (soit 180 mg). Cela montre la nécessité d’en consommer très régulièrement, à tout âge et sous toutes les formes.

La viande apporte du gras à l’organisme, ce qui peut, chez certains enfants, être nocif. Qu’en pensez-vous ?

La viande apporte du gras à l’organisme, ce qui peut, chez certains adultes, être nocif. Dans un autre champ et toujours chez l’adulte, sa forte consommation a été mise en cause dans certains cas de cancers du côlon, en raison du fer qui s’y trouve.
Pour autant, chez l’enfant, la viande est le seul aliment qui permet d’apporter du fer de manière assimilable en dehors des laits infantiles.
Or, les laits de croissance sont bien souvent arrêtés dès deux ou trois ans. Si ces enfants ne mangent pas, par ailleurs, suffisamment de viande, ils seront carencés en fer. La consommation quotidienne de viande leur est donc recommandable.
En pratique, les laits de croissance devraient être donnés jusqu’à ce que l’enfant soit capable de manger environ 100 g de viande par jour. La viande, qui ne présente aucune toxicité chez l’enfant, ne doit donc pas faire peur ! Bien au contraire, celle-ci est indispensable pour son apport considérable en fer.

L’huile de palme fait également l’objet d’une peur alimentaire parfaitement injustifiée chez l’enfant. Presque aussi riche que le beurre en acides gras saturés, elle se solidifie, comme lui, à température ambiante. Dans les procédés de fabrication industrielle de divers aliments, les solutions de remplacement du beurre, banni en son temps, reposent sur les acides gras partiellement hydrogénés ou acides gras trans ou encore l’huile de palme. En raison de leur action plus toxique sur le cholestérol que les acides gras saturés, les acides gras trans ont quasiment été retirés des procédés de fabrication.
Le beurre et les acides gras trans bannis, l’huile de palme, moins onéreuse que le beurre, est devenue une matière grasse privilégiée dans l’industrie agroalimentaire. L’acide gras majoritaire contenu dans l’huile de palme est l’acide palmitique, il représente plus de 23 % des acides gras du lait maternel.

La nature se serait-elle trompée à ce point pour inclure un acide gras nocif dans le lait des mères ? En vérité, on détruit des forêts en Indonésie et en Malaisie pour y planter, rentabilité oblige, des palmiers à huile… Non-sens écologique ne touchant, a priori, qu’un nombre assez restreint de personnes. L’argument sanitaire est donc préféré, laissant croire que l’huile de palme est un véritable poison. Si cette affirmation n’est pas sans fondement, elle n’est valable que pour certains adultes et en présence de facteurs de risque cardiovasculaires. Tel n’est absolument pas le cas pour les enfants !