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Après le Corona et le Sida voici Ebola

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Après le Corona et le Sida voici Ebola
par Hela Kochbati

1) Quel est l’état des lieux de la situation actuelle de l’Ebola dans le monde, en Afrique et dans notre pays ?

La maladie est concentrée sur cinq pays, quatre pays d’Afrique de l’Ouest et récemment le Congo Démocratique. Il y a eu des cas suspects en France, à Londres, en Espagne, un missionnaire de Sierra Leone a été rapatrié pour être pris en charge et qui est malheureusement décédé, en Arabie Saoudite. Le virus a commencé à émerger en mars 2014 en Guinée, puis au Libéria et est passée en Sierra Leone. Depuis le samedi 23 août, on a commencé à parler de cas au Congo Démocratique. Ces deux cas ont été confirmés le lundi 25 août. Le virus s’est propagé dans ces pays de l’Afrique de l’Ouest parce que ces régions renferment des foyers et des réservoirs propices à la dissémination virale. Auparavant, il y a eu des cas atteints par ce virus d’Ebola. Cependant, il n’y a jamais eu une telle flambée parce qu’il n’y a pas eu de mesures de prévention sanitaire. Les Africains de ces pays ont leurs traditions, leurs coutumes et leurs rituels funéraires. Par exemple, ils lavent le corps des morts, alors que même après le décès des personnes contaminées, le virus reste vivant,  virulent et contagieux. Par la suite, la maladie est devenue une phobie et par conséquent les villageois ne déclarent pas les malades. Pour eux, c’est une malédiction et un mauvais sort. À l’heure actuelle, il y a des mesures de prévention sanitaires à l’échelle internationale pour éradiquer cette épidémie qui devient un réel problème de santé publique. 2473 personnes sont atteintes du virus Ebola, dont 68 % de cas se trouvent en Guinée, avec un taux de mortalité de 54 %. Actuellement, il y a, certes, eu une réduction du nombre des cas notamment en Guinée.

 

2) Quelles sont les caractéristiques de ce virus et quelles sont les voies de transmission ?

Le virus Ebola est un filovirus, c’est un agent infectieux de classe 4. Il a commencé à être diagnostiqué en 1976, c’est-à-dire il y a déjà une trentaine d’années. Ce virus s’est propagé dans certaines régions de l’Afrique subsaharienne et en Afrique de l’Ouest. Il y a cinq sous-types du virus Ebola et le sous-type qui s’est déclaré en 2014, c’est le sous-type Ebola Zaïre. Ce type est très virulent et a une forte létalité qui peut atteindre 90 % pour les sujets touchés. On pense qu’en Afrique, des chauves-souris frugivores sont les hôtes naturels du virus Ebola. Celui-ci passe de la faune sauvage à la population humaine lors de contact avec des chauves-souris infectées ou par le biais d’hôtes intermédiaires, comme les singes, les grands primates ou les porcs. Le virus se transmet d’une personne à l’autre par contact direct avec des liquides ou des sécrétions corporelles telles que l’urine, le sang, la sueur, la salive ou les vomissements. Il peut aussi se transmettre par le biais d’objets (aiguilles) qui ont été contaminés par les secrétions de patients.

 

3) Quels sont les signes de cette épidémie virale ?

 

L’Ebola est une maladie virale aiguë se caractérisant initialement par des symptômes non spécifiques de type pseudo-grippaux : apparition brutale d’une fièvre supérieure à 38° C, une faiblesse intense, des douleurs musculaires, des céphalées et une odynophagie, une dysphagie, une conjonctivite, une toux, des râles bronchiques, une hépatomégalie, une splénomégalie.

 

4) Comment se fait la prise en charge des cas suspects ?

 

Une stratégie a été mise en place entre la police frontalière, les douaniers et les médecins à l’aéroport : dès le début du vol, une identification des cas suspects peut être effectuée. Dans le cas où il y a un cas suspect au bord de l’avion, il est mis à l’écart des autres passagers, il est isolé, on lui met un masque et les membres de l’équipage qui s’occupent de lui sont également protégés par un masque et des gants. Les personnes suspectes sont dirigées dès l’arrivée à destination au service sanitaire de l’aéroport. Nous avons même mis un espace d’isolement au niveau de la piste avec les moyens nécessaires pour s’occuper de lui. Il y a également un transport hospitalier d’urgence par le SAMU 1 pour le transférer d’urgence à l’hôpital de la Rabta.

Pour les étudiants venant d’Afrique, un accord a été pris entre les ministères de l’Enseignement supérieur et de la Formation professionnelle pour nous donner la liste de ces étudiants. Dès leur arrivée, ils passeront par un contrôle sanitaire. Ensuite, un certificat leur sera fourni et exigé au cours de leur inscription définitive. Dans le cas où il y a des sujets qui échappent à ce contrôle sanitaire, il y a des équipes de la médecine scolaire  qui se déplaceront dans leurs établissements pour faire des visites médicales et diagnostiquer ces étudiants, les orienter  pour une prise en charge en cas de besoin.

 

5) Avez-vous une stratégie pour lutter contre cette épidémie ?

 

Dès le début du mois d’août 2014, il y a eu une création d’un comité de surveillance de l’épidémie présidé par l’Observatoire Nationale des Maladies Emergentes (ONME) pour évaluer le risque et adopter les décisions sanitaires à prendre, notamment en ce qui concerne  les voyageurs en provenance de ces pays d’Afrique de l’Ouest qui arrivent dans notre pays . Parmi les mesures de cette stratégie nationale :

• Recenser  les cas de tous les voyageurs qui viennent de ces régions

• Remplir une fiche de signalement

• Mettre en place 5 services et renforcer les dispositifs sanitaires et les équipements  de prise en charge pour les cas suspects dans le pays.

Il y a cinq services d’infectiologie qui sont identifiés pour la prise en charge des cas éventuels. A Tunis, le Service d’infectiologie de l’hôpital de La Rabta, sous la direction de Dr.Touiri qui s’occupe de cas suspects. Le plus important est d’avoir les dispositifs de protection du personnel médical et paramédical qui va s’occuper de ces patients.  Le personnel hospitalier de ce service doit être bien formé, ce sont des seniors qui vont s’occuper de ces cas. On n’autorise pas les étudiants ou les résidents en médecine à s’occuper des malades à qui il faut de l’isolement. Dans ce contexte, on est en train de mettre en place l’isolement spécifique. En dehors des chambres des patients, il faut avoir une pièce de régie pour que l’équipe de soins puisse manipuler les dispositifs médicaux de protection  et de traitement.  Ce n’est pas vraiment évident d’avoir un isolement spécifique. A l’heure actuelle, on est en train d’aménager les cinq services d’infectiologie (Tunis : hôpital de la Rabta et Hôpital Militaire, Sousse, Monastir et Sfax) pour la prise en charge des cas et le processus d’isolement.

• La sensibilisation et information des professionnels de la santé 

Nous allons organiser des sessions de formation et de simulation pour le personnel médical et paramédical des services d’infectiologie dans le cas de la prise en charge des patients suspects. L’équipe médicale et paramédicale doit connaître les modalités de la gestion de ces cas aussi bien dans les services portuaires aériens que dans les hôpitaux.

• L’émission d’un guide de lignes de conduite à tenir

C’est une maladie dangereuse et la manipulation des dispositifs de soins nécessite une protection rigoureuse. Elle nécessite des règles de protection « P4 ». En revanche en Tunisie, nous ne disposons que de règles de protection « P3 ». Par conséquent, on a décidé d’envoyer tous les prélèvements au Service d’infectiologie du Dr Triki  à l’Institut Pasteur de Tunis  qui se chargera d’envoyer les échantillons à un laboratoire de référence en France.

 

6) Y-a-t-il un traitement ?

 

Il n’existe encore aucun traitement ni vaccin spécifiques pour cette maladie. La prise en charge repose généralement sur un traitement symptomatique. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens et les anticoagulants sont contre-indiqués. En l’absence de traitement efficace ou de vaccin pour l’homme, la mise en œuvre et le respect des mesures de protection à prendre à titre individuel sont le seul moyen de prévenir l’infection.

Conseils aux voyageurs

 

• Se laver les mains fréquemment au savon ou avec des solutions de lavage des mains hydro-alcooliques.

• Eviter les contacts directs avec du sang ou d’autres fluides corporels des malades ayant une forte fièvre, des troubles digestifs ou des hémorragies extériorisées par la bouche, le nez, ou les selles.

• Eviter tout contact avec des animaux sauvages.  Ne pas consommer ni manipuler de viande de brousse, s’assurer que les produits consommés sont bien cuits (viandes) ou stérilisés (lait).

Après le retour d’un pays où circule le virus Ebola :

• Contacter les services sanitaires aux frontières dans les différents aéroports.

• Surveiller sa température durant 3 semaines après le retour en Tunisie, en cas de la fièvre ou de symptômes évoquant la maladie à virus Ebola, contacter le médecin traitant.