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Arbres abattus à Guengla Massacre à la tronçonneuse

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Arbres abattus à Guengla Massacre à la tronçonneuse

« La vie urbaine peut avoir des conséquences graves qui menacent notre bien-être commun. La plus importante de ces conséquences est le smog – le résultat des polluants atmosphériques produits par les véhicules que nous conduisons, les industries et diverses autres sources associées au brûlage de combustibles fossiles. Un autre risque posé par la vie urbaine est la température estivale qui peut être beaucoup plus élevée que celle des campagnes environnantes. Ce phénomène s’appelle l’effet d’îlot thermique urbain. C’est ce qui se produit lorsqu’une grande surface d’asphalte dans le paysage urbain transforme la lumière du soleil en énergie thermique plutôt que de l’absorber, comme c’est le cas avec un couvert végétal naturel. L’effet d’îlot thermique solaire empire le problème de smog puisque les processus chimiques qui rendent le smog plus toxique s’intensifient à température élevée.

 

Un autre symptôme moins évident mais également important de la vie urbaine est le stress associé aux nombreux bruits et images qui caractérisent le paysage urbain, à l’encontre du paysage rural plus calme et plus naturel. Mais la bataille n’est pas perdue. Ces pressions peuvent être réduites avec la simple plantation d’un arbre. »

 

Pardon d’avoir été longue. Mais en cette année, où le thème de la Journée mondiale de la santé, fêtée en Tunisie le 7 avril, porte sur l’urbanisation et la santé, je n’ai pas résisté à l’envie de citer la Fondation canadienne de l’arbre. Mais ce n’est pas seulement pour cette raison. A « Livret Santé », nous avons été interpellés par un événement qui va à l’encontre de principes pourtant mondialement reconnus.

 

Une partie de la population de la région de Menzel Bouzelfa s’est en effet mobilisée au début du mois dernier contre l’élagage des eucalyptus centenaires qui bordent la rue de la Santé (si, si, c’est vrai !), à Guengla. Il est vrai que, au vu des photos postées sur Facebook et surtout selon divers spécialistes, cette mesure décidée par Sadok Chalghoumi, président de la municipalité de Menzel Bourguiba, ressemble plus à de l’abattage qu’à de l’élagage. Un vrai massacre qui a heurté au plus profond d’eux les habitants qui ont tenté de s’interposer, en vain… Dans un article publié par notre confrère Assabah, le maire a pourtant fustigé ces réactions qu’il a qualifiées d’exagérées car il s’agissait avant tout, a-t-il affirmé, « de protéger les véhicules contre les chutes de branches et d’assurer la sécurité des installations électriques et de télécommunication », tout en abattant (décidément, c’est une habitude) sa dernière carte, prétendant être l’objet d’une campagne de dénigrement liée aux élections (sic). Quoi qu’il en soit, il s’est prévalu de l’autorisation fournie par le ministère de l’Agriculture, dont l’arrondissement régional de la Direction des forêts, représenté par Mohamed Mokhtar, s’est également targué, pour justifier l’opération qui a touché 300 eucalyptus centenaires.

 

Présenté comme cela, tout cela paraît en effet parfaitement justifié et incontestable. Ce qui l’est en revanche (contestable), c’est l’art et la manière. Des experts ont clairement qualifié l’acte d’abattage, réalisé par des non-professionnels qui n’ont pas respecté les règles les plus élémentaires de l’élagage.En tout cas, contrairement aux voisins sous le choc venus manifester leur colère malgré la pluie, un fabricant de meubles présent sur les lieux avait, lui, plutôt l’air de se réjouir de voir ce bois abattu… Comme quoi, on ne peut pas (mé)contenter tout le monde.