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Auto-psy du tabac

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Auto-psy du tabac

Le 26 mars dernier, Pfizer a organisé à Paris, une rencontre axée autour de l’étude STOP, « Smoking: The Opinion of Physicians », soit, en bon français, « Fumer: l’Opinion des Médecins », est l’une des plus vastes études mondiales jamais réalisées à ce jour afin d’étudier les attitudes et comportements des médecins (3535 praticiens interrogés) envers le tabagisme et le sevrage tabagique.
En Afrique et au Moyen- Orient, IMS Health a piloté ce projet qui a permis d’interviewer 699 médecins. Des journalistes des trois pays du Maghreb ont ainsi eu l’occasion de mieux appréhender les enjeux de l’industrie du tabac, et surtout de découvrir les résultats de cette fameuse enquête.

 

Une conférence animée donc par deux chantres de la lutte contre le tabac : le Pr Gérard Dubois, professeur en santé publique, Président du Comité national contre le tabagisme, auteur du controversé « Le rideau de fumée. Les méthodes secrètes de l’industrie du tabac » et le Pr Hichem Aouina, chef du Service de pneumologie de l’hôpital Charles Nicolle, vice président de la Société tunisienne des maladies respiratoires et d’allergologie, et pionnier des consultations anti-tabac.
Le sujet est certes récurrent, mais on n’en cerne pas toujours l’ampleur, tant les dégâts échappent à l’entendement et tant les chiffres quoique alarmants ne suffisent pas à sensibiliser la conscience mondiale et encore moins à arrêter la machine de guerre des cartels de la cigarette.

La cigarette : pire arme de destruction massive

Le Pr Dubois évoque à cet égard une macabre métaphore : le tabagisme représente la troisième guerre mondiale…
Avec la Convention Cadre élaborée par l’OMS, il est en effet désormais possible de faire la guerre à l’industrie du tabac ainsi qu’aux contrebandiers. Les gouvernements et la société civile disposent de plus d’armes que dans un passé récent.

Reste que les fabricants rivalisent en hardiesse pour faire croire qu’ils font baisser le taux de nocivité de la cigarette. Ainsi, certains fabricants n’ont-ils pas hésité à ajouter de l’ammoniac – ce dernier facilitant le passage de la nicotine dans le sang.

Pour information, c’est la nicotine qui provoque la dépendance, alors que le goudron provoque, lui, le cancer. D’après le Pr Dubois, il ne faut pas baisser les bras et il faut mener une lutte sans merci contre l’industrie du tabac, condition sine qua none pour éradiquer ce fléau.
A titre d’exemple, il cite les airbus A380 qui contiennent 800 passagers « vous en prenez 18 qui s’écrasent tous les jours et vous comprendrez l’ampleur du désastre causé par le tabac au quotidien ! ».

Enfin, l’éminent spécialiste rappelle un fait non moins effrayant et qui nous concerne, nous autres, Tunisiens : « fumer la chicha équivaut à 50 cigarettes avec le risque d’être hospitalisé pour coma dû au monoxyde de carbone ! »

Et les médecins fumeurs ?

Son homologue tunisien, Pr Hichem Aouina, a quant à lui présenté les résultats de l’étude STOP pour notre région.

Cette enquête parrainée et financée par les laboratoires Pfizer et menée, en 2009, au Moyen-Orient et en Afrique par IMS Health est l’une des plus vastes études jamais réalisées sur les attitudes des médecins envers le tabagisme et le sevrage tabagique.
Ainsi, 699 médecins ont été interrogés dans sept pays à travers la région, notamment au Maroc, en Algérie, en Egypte, en Afrique du Sud, en Arabie Saoudite, aux Emirats Arabes Unis et bien sûr en Tunisie.

La mission des chercheurs était d’explorer les us et coutumes des médecins qui fument et ceux qui ne fument pas. Certes, dans la majorité des cas, les médecins fumeurs ont tenté d’arrêter, pendant dix fois pour 16% d’entre eux, sans vraiment y parvenir. 87% des médecins sondés (89% en Algérie, 73% au Maroc et 97% en Tunisie) savent parfaitement que le tabagisme constitue, à moyen et long terme, un grave problème de santé.
Il en résulte que la plupart des médecins qui fument ont eu besoin de plus d’une tentative pour arrêter de fumer : 71% des médecins qui fument actuellement ont essayé d’arrêter le plus souvent entre 3 à 5 fois.
De plus, si la plupart des médecins interviewés pensent que l’arrêt du tabac est lié à la volonté de l’individu, d’autres pensent que le tabagisme est un comportement de dépendance.
Dans le même sens, 59 % estiment que c’est la responsabilité des patients de s’aider eux–mêmes à arrêter de fumer, la part des médecins n’étant, elle, estimée que de 14%.
Selon les résultats de STOP, un quart des médecins interrogés ne se sent pas bien formé pour traiter la dépendance au tabac. Pourtant, d’après le Pr Hichem Aouina, une brève intervention, une simple question ou une brève discussion de la part d’un médecin peut largement suffire pour avoir un impact positif avec, en sus, des traitements pour l’aider !

En Tunisie, le tabac tue environ 6.000 hommes et mille femmes. De plus, un taux important de décès des personnes âgées entre 35 et 69 ans est dû au tabagisme.
Cependant, les Tunisiens continuent d’apprécier les cigarettes, et les familles réservent 3,1% de leur budget à la consommation du tabac.
Ces dépenses se classent avant celles de l’éducation, de l’hygiène, de la culture et des loisirs. C’est dire combien la situation est grave et mérite une attention particulière, aussi bien des parents que des pouvoirs publics.

L’enquête  »STOP » montre définitivement que la communauté médicale reconnaît l’importance de traiter le tabagisme comme un facteur de risque de maladies graves. Au vu de la nature de la dépendance au tabac, il est donc difficile d’arrêter de fumer, mais avec l’aide et le soutien d’un professionnel de la santé, les patients plus ou moins motivés peuvent réussir à arrêter de fumer.