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Le boom de la cosmétique naturelle

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Le boom de la cosmétique naturelle

Partout dans le monde, le secteur de la cosmétique naturelle et bio connaît un véritable boom depuis quelques années. Quelles différences entre les produits industriels et les produits naturels ? Qu’est-ce que les perturbateurs endocriniens ? Qu’est-ce qu’on risque exactement ? Pourquoi préférer la cosmétique naturelle ? Enfin…Peut-on les fabriquer chez soi ?

par Sondes Khribi Khalifa

Avez-vous jamais regardé la liste des ingrédients de vos cosmétiques ?

 

Connaissez-vous la composition d’un (banal) savon du commerce ? Observez les produits qui remplissent votre salle de bain : shampoing, savon ou gel douche, crèmes pour le visage ou le corps, teintures ou vernis à ongles. Regardez au dos du produit, vous voyez tous ces mots savants écrits en toutes petites lettres ? Les ingrédients oui.

Remarquez la récurrence de codes en chiffres et en lettres (E430, E171, etc.), tous des produits de synthèse, des molécules nouvelles pour le corps humain et qui ne peuvent pas ne pas le perturber. Remarquez aussi l’absence de pourcentages dans ces ingrédients. Quand on vous dit que le produit est riche en karité par exemple, il serait intéressant de connaître le pourcentage de ce composant.

Si c’est uniquement 1 % de karité, la mention « riche »  est clairement trompeuse.

Vous n’avez jamais fait attention à cela ? Eh oui. Les marques ne vous diront pas que le produit contient du parabène par exemple, elles vous montreront juste de belles images : de belles femmes souriantes, des couples qui nagent dans le bonheur  et, en filigrane, le produit. Une association mentale discrète mais puissante est créée dans la tête du consommateur. Pour lui, le produit signifie et renvoie vers tout cet univers. Aucun intérêt pour les ingrédients. On fait d’office confiance à la marque.

C’est une science, c’est le marketing. La science de la vente pour ses partisans, la science de la tromperie pour ses détracteurs.

La cosmétique industrielle : des cocktails chimiques

La plupart des savons et produits de beauté vendus dans les supermarchés sont bourrés de produits chimiques.  Les femmes s’appliquent en moyenne 515 produits chimiques chaque jour. Tout est fabriqué en séries, avec des dates limite  de consommation assez confortables pour la vente dans les circuits longs de distribution. L’objectif est de garder le produit en linéaire le plus longtemps possible et de maximiser la rentabilité. On a donc besoin d’ajouter des conservateurs. Ainsi, les ingrédients inactifs dépassent de loin ceux actifs.

Plus généralement, un produit cosmétique industriel est un cocktail d’agents détergents agressifs, agents tensioactifs, colorants artificiels, arômes artificiels, conservateurs et adjuvants, etc. Des mots complexes pour le profane, pour des substances dont la toxicité est reconnue par les experts. Les parabènes, les silicones, ou les composés éthoxylés* dont on sait avec certitude aujourd’hui que les effets perturbateurs endocriniens sont les plus connus par le consommateur grâce à la médiatisation des études démontrant leur toxicité. Cependant, cela ne pousse pas forcément le consommateur à lire la liste des ingrédients au dos du produit.

*avec de l’oxyde d’éthylène

Qu’est-ce qu’un perturbateur endocrinien ?

Un perturbateur endocrinien est une molécule qui peut agir de différentes manières :

1. Mimer l’action d’une hormone en présentant une structure moléculaire similaire à celle d’une hormone naturelle. Exemple : le bisphénol A.

2. Bloquer l’action d’une hormone en saturant son récepteur.

3. Interférer avec l’action de l’hormone  et perturber son fonctionnement.

Il faut savoir que les perturbateurs endocriniens sont en cause dans la hausse du nombre de cancers hormono-dépendants, principalement les cancers du sein et ceux de la prostate. Les cancers dits hormono-dépendants (c’est-à-dire induits par une perturbation hormonale) représentent environ le quart des cas de cancers. On pense aussi que les perturbateurs endocriniens constituent l’explication la plus vraisemblable à la baisse de fertilité.

Question d’eau

C’est en partie parce que les produits cosmétiques industriels contiennent de l’eau, que des «additifs»  sont ajoutés afin de neutraliser les risques de prolifération bactérienne ou fongique à l’intérieur d’une bouteille contenant de l’eau, fermée et laissée des mois sur un linéaire de grande surface. Remarquez vous-même que si vous laissez une bouteille fermée contenant de l’eau avec d’autres substances, celle-ci va vite devenir un excellent milieu de culture bactérien. C’est ainsi que certaines marques se spécialisent dans les cosmétiques solides : le savon naturellement, mais aussi du parfum solide. Du shampoing sous forme solide aussi. Le procédé permet de ne pas avoir recours à l’eau, plus écolo donc, et de conserver le produit longtemps avec un minimum de conservateurs artificiels. 

L’alternative : la cosmétique naturelle

Une prise de conscience mondiale est en train de se faire dans le domaine des cosmétiques. Le web a accéléré le partage des informations et la prise de conscience de l’utilisateur. Le web a aussi boosté tous ces fabricants de produits naturels qui n’auraient probablement pas eu autant de succès, face aux géants de la cosmétique, autrement.

La cosmétique naturelle se présente donc comme le moyen simple et peu coûteux pour prendre soin de soi-même, en respectant son corps. Confectionner soi-même ses produits de beauté est également un véritable plaisir. Vous pouvez jouer avec les textures et les odeurs comme bon vous semble, choisir les huiles essentielles que vous aimez. Utiliser peu de produits, mais des produits simples et sains. En effet, plus le produit est complexe, plus votre corps aura du mal à le digérer, exactement comme la nourriture.

Votre santé est comme une plante qui grandit au quotidien à condition vous en preniez soin, que vous lui donniez les bons nutriments. Si vous l’intoxiquez, elle meurt. C’est simple.

Facile à fabriquer chez soi ?

Oui. Il suffit d’avoir les ingrédients de base du produit à fabriquer. En tout cas, si vous démarrez dans le domaine,  vous pouvez trouver des centaines de vidéos sur le net expliquant en détails et en images les étapes de fabrication de rouges à lèvres, parfums ou crèmes pour le visage. 

Les ingrédients essentiels sont en premier lieu  les liquides de base, des hydrolats (eaux florales) en général, sauf pour les produits solides évidemment. Vous disposez également d’un large choix d’huiles, végétales ou essentielles. Quant aux pigments, ils apportent les multiples couleurs et effets souhaités du produit. De multiples pigments végétaux sont utilisables. La cire, la gomme ou la résine sont utilisées pour mélanger, solidifier et donner de l’homogénéité (des émulsifiants naturels). Il y a enfin les conservateurs naturels. Exemple : l’extrait de pépins de pamplemousse.

C’est donc comme une recette, il s’agit de mélanger des doses précises d’ingrédients donnés.

Des formules de base existent en accès libre sur le web. Chaque praticien va donner ensuite sa touche personnelle. Voilà un domaine d’avenir où on peut exercer tout son art.

La mode du DO IT YOUR SELF

Le boom de la cosmétique naturelle et fait maison s’inscrit dans une tendance plus globale du DIY : fabriquer (par) soi-même. Plusieurs facteurs en cause, d’abord la conjoncture économique : l’augmentation du coût de la vie et la stagnation des salaires sinon le chômage. Mais aussi le goût de plus en plus prononcé pour les produits personnalisés. 

C’est la customisation. Le DIY touche toutes les sphères de la consommation.

Y a-t-il une différence entre cosmétique naturelle et bio ?

Oui. La  cosmétique naturelle est faite quasi exclusivement d’extraits végétaux, non. Quasi exclusivement  signifie « à hauteur de 90 ou 99 % », cela dépend de la norme de production suivie, donc du label qui certifie que le produit est naturel.
Le label biologique, quant à lui,  signifie que les extraits végétaux en question n’ont pas été traités avec des substances chimiques, des pesticides entre autres. Ainsi,  La qualité biologique est un peu plus difficile à obtenir et à certifier car il faut garantir au client qu’aucune trace de pesticides n’est contenue dans le produit.