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La caravane Nouvelair

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La caravane Nouvelair

Le 2 mars dernier, au petit jour, une caravane organisée à l’initiative des salariés de Nouvelair, s’est mise en route, direction : Ras Jedir. Si la révolution du 14 janvier a laissé place à beaucoup d’incertitudes, de sursauts de violence et d’angoisses, elle a aussi révélé des natures généreuses et fait jaillir des actes de solidarité purement philanthropes.

par Florence Pescher

La caravane Nouvelair est de ces actes là. Fin février, la frontière libyenne voit arriver un flot massif de réfugiés fuyant les affrontements de plus en plus violents entre les insurgés se battant pour la liberté et les mercenaires de Kadhafi. Les libyens sont arrivés en premier, en voiture pour la majorité et les habitants de Ben Garden ont alors improvisé des hébergements de fortune. Mais très vite dépassés par les milliers de gens bloqués dans des conditions inacceptables à la frontière un temps fermée, les tunisiens ont lâché prise et appelé les autorités nationales et internationales à prendre en main la situation. Comme tout le peuple tunisien, ému et bouleversé par cette situation, les salariés de l’entreprise Nouvelair ont décidé spontanément d’agir. Ils ont d’abord créé une page Facebook pour exprimer leur respect à Aziz Miled, qui avait quant à lui, organisé le rapatriement aérien des tunisiens résidents en Libye, gratuitement. Ils ont voulu se montrer solidaires de celui qui a mis à disposition 83 vols au départ de Djerba pour le retour des tunisiens et d’autres nationalités en Tunisie. En quelques clics, la page rassemblait plus de 100 membres. Eux aussi, à leur manière ont tenu à montrer leur solidarité envers les réfugiés et leur attachement à leur entreprise. Imen Layouni a proposé alors d’organiser la caravane. Un petit nombre de ses collègues lui a emboîté le pas, très vite rejoint par l’ensemble des salariés. Un programme a alors été établi et soumis au directeur général qui bien sûr a donné son accord immédiatement et a même tenu à faire le premier don au nom de la société. Le fonds social de Nouvelair, à son tour, a fait un don massif dans les minutes qui suivirent. Puis les salariés ont organisé une grande collecte en interne, des fonds, des vêtements, des médicaments, des vivres… Dans le même temps, ils ont communiqué sur l’opération à travers, entre autres, les radios.Résultat ? Leur bonne volonté et leur générosité ont rapporté environ dix mille dinars en numéraires, des vivres, des couvertures… Des entreprises locales ont elles aussi apporté leur contribution… et les salariés de Nouvelair ont donné en plus du temps et de l’énergie afin de préparer et de répartir les dons. Si l’ensemble des employés a donné, saluons particulièrement la petite vingtaine qui s’est chargée de tout et qui est descendu apporter la collecte en mains propres aux réfugiés démunis… le groupe Nouvelair contribuant aussi en mettant à disposition bus et hôtel.Quand aux objectifs de cette action et aux sentiments que cela a provoqué, Rabi Jaouadi, le coordinateur de l’opération, porte parole des organisateurs a exprimé leur point de vue : « Notre action est un acte spontané né d’une volonté salariale, nous n’avons aucune visée politique, nous voulons juste faire preuve d’entraide… et ce que nous avons vu sur place nous a profondément choqué, attristé… Ça provoque une prise de conscience que ne génère pas, malheureusement, les images télévisées (sans doute du fait de la distance NDLR) et il faut l’avouer cette action nous a procuré le plaisir d’aider les autres, le sentiment d’avoir fait quelque chose de bien et de nous sentir, dès lors, plus humains… Nous réfléchissons déjà à d’autres actions que nous pourrions mener afin d’aider ceux qui en ont besoin. »Si déjà les salariés de Nouvelair avaient montré une union sans faille dans les événements heureux comme devant l’adversité, dans les crises récemment vécues par l’entreprise par exemple, ils inaugurent en nous donnant ici un bel exemple de culture d’entreprise, une entreprise solidaire et citoyenne, profondément humaine.■