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Ces médicaments qui foirent

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Ces médicaments qui foirent

Médiator, nirozal, diantalvic, actos… la liste des médicaments retirés semble ne pas vouloir arrêter de s’allonger. Si certains semblent d’usage secondaire et facilement remplaçables, les traitements pour les maladies chroniques, comme le diabète, sont quant à eux vitaux et parfois très difficilement interchangeables, chaque patient répondant différemment à leurs effets. Un vent de panique souffle et le doute s’installe. Pourquoi les commercialiser s’ils sont dangereux ? Les laboratoires n’auraient ils pas pu prévoir ces réactions? L’appât du gain prend il le dessus sur la santé de l’être humain ? Essayons de comprendre ce qui se passe.

Un chemin long à parcourir

Pour mieux cerner le sujet, il faut s’imprégner du circuit de développement du médicament.
Dans un premier temps, les chercheurs vont identifier des centaines de molécules, naturelles ou synthétiques, qui pourraient avoir des vertus potentiellement thérapeutiques puis les tester, une à une, jusqu’à isoler la ou les molécules dignes d’intérêt. On définit alors avec précision sa formule, son mode d’obtention, son devenir dans l’organisme et même la façon avec laquelle elle est éliminée.

Vient par la suite l’étude préclinique qui va permettre de comprendre le mode d’action de la molécule et de tester son efficacité ainsi que sa toxicité sur l’animal. Elle va donc permettre d’évaluer l’intérêt et le risque qu’elle pourrait présenter lors de son utilisation chez l’être humain.

La forme galénique est ensuite optimisée pour assurer la meilleure stabilité possible de la molécule active.
Les essais sur l’Homme ne commencent que si tous les tests effectués sur les animaux ont donné des résultats satisfaisants: c’est l’étude clinique.

Elle est indispensable mais très délicate car c’est la première fois que la molécule est administrée à un organisme humain.

Elle se fait selon un protocole strict, sous surveillance médicale, et avec l’accord d’un comité d’éthique sur des personnes consentantes. Le protocole se subdivise en quatre étapes dont trois doivent obligatoirement avoir lieu avant la demande de mise sur le marché.

La première phase va permettre d’évaluer la toxicité, la tolérance vis-à-vis de la molécule, de déceler d’éventuels effets indésirables, de définir la dose maximale pouvant être tolérée et d’étudier le métabolisme. Elle est réalisée sur des sujets sains.

La deuxième phase va confirmer l’efficacité du médicament et déterminer la relation dose-effet chez les patients. Elle est donc réalisée sur un petit groupe de patients volontaires.

La troisième phase correspond à une étude à grande échelle sur un panel de plusieurs milliers de malades le plus représentatifs possibles de la population ciblée par le médicament étudié. Celui-ci est comparé à un autre déjà existant, ou, le cas échéant, à un placebo, mais sans que le médecin traitant ou le malade ne sache ce qui lui est administré : c’est la méthode en double-aveugle. On va notamment essayer de déceler les éventuelles interactions médicamenteuses C’est cette étape qui est déterminante pour le produit car elle va permettre d’évaluer le rapport bénéfices/risques.

Si la balance penche en faveur du nouveau médicament, une demande d’autorisation de mise sur le marché (AMM) est déposée auprès des autorités de tutelle.

La quatrième et dernière phase a lieu après l’obtention de l’autorisation de mise sur le marché du médicament et sa commercialisation. Elle est illimitée dans le temps. Il s’agit d’une surveillance continue et assidue dans le but de détecter d’éventuels effets indésirables : c’est ce qu’on appelle la pharmacovigilance. Les résultats obtenus peuvent conduire à une révision des posologies, des indications, des contre indications, des mises en gardes et, dans les cas extrêmes, où l’on estime que le rapport bénéfices/ risques n’est plus favorable, au retrait définitif de la molécule du marché.

La pharmacovigilance est l’affaire de tout le monde.

Le suivi post marketing relève certes de la responsabilité du laboratoire pharmaceutique, mais il doit se faire en collaboration rapprochée avec le médecin, le pharmacien et le malade.

Les conditions de surveillance sont clairement définies dans l’AMM pour encadrer l’utilisation du médicament et minimiser si nécessaire les risques auxquels les patients seront exposés lors de la prise du médicament, dans les conditions réelles, en fonction des données enregistrées lors du développement préclinique et clinique du médicament.

Le laboratoire devra donc suivre son médicament de façon assidue. Ce sont les médecins, les pharmaciens, mais aussi les patients, qui lui permettront de collecter ces informations.

Il faut savoir que la notification d’effets indésirables est une obligation légale pour le personnel de santé.

L’ensemble des données sont transmises aux autorités de tutelle qui vont centraliser les informations afin de pouvoir surveiller en permanence l’évolution et l’impact du médicament sur la population.
A moins qu’il n’y ait un accident majeur mettant en péril la santé humaine et qui nécessite une suppression immédiate du médicament, une réévaluation de son AMM est réalisée au bout de cinq ans. Elle permettra de décider de son maintien ou de sa suppression.

Pourquoi des délais parfois très longs ?

Comme on l’a vu dans les étapes de développement du médicament, les essais se font sur un panel relativement limité qui se veut le plus représentatif possible de la majorité de la population ciblée.

Cependant, il existe des risques qui peuvent mettre du temps à se manifester ou qui vont toucher une catégorie de personnes bien déterminée non prise en compte lors de la phase de pré commercialisation. D’où la latence qu’il peut y avoir à les détecter, d’autant plus que le nombre de cas doit être significatif pour déclencher une alerte.

Mais il y a aussi le problème du mésusage du médicament. Celui-ci est testé et approuvé pour une indication donnée et des posologies précises. Mais il arrive que son utilisation soit détournée à d’autres fins. Il arrive parfois que l’on utilise un effet indésirable comme moyen de traitement. La piogliatazone par exemple, a été prescrite par certains médecins pour aider des anorexiques à reprendre du poids. Une fois qu’on le sort de son contexte initial, on perd tout contrôle sur le médicament et ses effets.Du point de vue pharmacovigilance, la collecte de données en post marketing est faite au fur et à mesure de l’utilisation du médicament et du retour d’informations le concernant vers les autorités de tutelle.
Au bout de cinq ans de commercialisation le renouvellement de l’AMM ne signifie pas que le produit n’est plus surveillé ou qu’il ne peut pas être retiré du marché. On garde un œil dessus, surtout lorsque l’évaluation bénéfice/risque n’est pas très évidente.

Conflits d’intérêt et éthique

>Le développement de médicament coûte très cher et l’amortissement des dépenses peut prendre des années. Il est très facile de penser que, dans ce cadre, les laboratoires ont tout intérêt à taire certaines informations concernant les risques potentiels de leurs médicaments, les pertes causées par des retraits étant énormes.

Rassurez-vous, les autorités de tutelles sont là pour jouer les garde-fous et faire le suivi en collaboration avec eux.

On doit aussi garder en tête que bien au-delà des intérêts financiers, l’industrie pharmaceutique est orientée tout d’abord vers la prise en charge de la santé et du bien être de l’homme. L’expérience nous a certes démontré qu’il existait des cas particuliers où cet adage a été quelque peu oublié devant l’appât du gain, mais de tels agissements ont été lourds de conséquences pour les laboratoires incriminés. On parle malgré tout de cas isolés qui ne doivent en aucun cas ternir le travail titanesque des chercheurs qui sont à l’affût de la moindre innovation pouvant guérir ou soulager les malades et la confiance de ceux-ci doit rester, malgré tout, acquise à leurs traitements.