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Si chères dépenses de santé!

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Si chères dépenses de santé!

Les Tunisiens n’hésitent plus à s’endetter pour satisfaire leurs besoins et leurs envies les plus folles, notamment pour l’hygiène et les soins. Un nouveau mode de vie à haut risque pour la stabilité des foyers. En conséquence, le nombre des ménages endettés est évalué à plus de 800 000, selon des estimations obtenues à partir de données recueillies auprès des banques.

par Imen Zine

Environ un quart des dépôts de dossiers de surendettement sont dus à des difficultés familiales telles qu’une séparation, un divorce ou encore le décès d’un membre de la famille.
La précarité est l’autre facteur principal du surendettement. Les personnes sont généralement en difficulté vis-à-vis de l’emploi. Les catégories sociales les plus représentées parmi les surendettés sont les employés et les ouvriers. La majorité des personnes surendettées dispose de ressources inférieures ou égales au SMIC.
De ce fait, encouragés par une offre pléthorique de la part des banques, ces personnes ne résistent plus aux tentations les plus démesurées. Nos concitoyens, qui adoptent un mode de soins proche de celui des pays développés, recourent aux crédits pour couvrir leurs dépenses courantes. Contracter un ou plusieurs prêts, tous genres confondus, est désormais chose aisée. Même si les banques ont été sommées par la Banque Centrale de Tunisie (BCT) de limiter la capacité d’emprunt limité à hauteur de 40% des revenus mensuels du demandeur du crédit, les Tunisiens ont plusieurs tours dans leur sac pour contourner ces règles prudentielles.

La stabilité des ménages est menacée
Quoi qu’il en soit, l’endettement des ménages prend des proportions inquiétantes. De nombreux ménages, qui usent et abusent des prêts pour satisfaire leurs besoins et parfois leurs envies les plus folles en ces temps de poussées inflationnistes, découvrent de plus en plus les conséquences désastreuses du surendettement. En effet, les problèmes économiques seraient à l’origine du quart des cas de divorces en Tunisie. Plusieurs pères de famille se sont également trouvés derrière les barreaux suite au non-paiement d’un crédit.
Compte tenu de ces effets néfastes de la facilité d’accès au crédit, de nombreux experts pensent que la cote d’alerte est déjà atteinte. A défaut d’une législation plus rigoureuse, c’est la stabilité des ménages qui se trouve menacée.
Néanmoins, la nouvelle formule d’assurance- maladie baptisée la Caisse nationale d’assurance-maladie (Cnam), vient diminuer le taux d’endettement des ménages, et ce, à travers les bénéfices de prestations. Le Dr Ezeddine Gharbi, médecin inspecteur général, directeur du contrôle médical des risques professionnels, des assurances sociales et de l’invalidité au près de la Cnam nous en parle.

L’apport de la Cnam
La Cnam prend en charge les maladies chroniques, les cas de suivi de grossesse et d’accouchement, selon les deux formules de la prise en charge directe et de remboursement des frais.
Autrement dit, «tout assuré social a droit désormais à un remboursement des frais de soins qui lui sont dispensés, à lui-même ou à l’un de ses ayants droit, par les prestataires conventionnés avec la Cnam (médecins, biologistes, pharmaciens…) Mais ce remboursement concerne exclusivement les situations suivantes : suivi de la grossesse, accouchement, affections prises en charge intégralement (Apci), chirurgie et hospitalisation».
A noter que la terminologie Apci comprend les maladies graves et/ou chroniques (diabète, asthme…), mais exclut les allergies de cette liste.
Ainsi, «les affiliés de la Cnam ont le droit de recevoir des soins dans les secteurs public et privé de la santé, conformément aux dispositions de la loi relative à l’assurance-maladie».

Comment bénéficier du remboursement ?
«Concernant les maladies graves et/ou chroniques, tout assuré ou l’un de ses ayants droit qui en est atteint, est soumis à un contrôle médical pour pouvoir bénéficier du remboursement des soins ambulatoires qui lui sont dispensés par des prestataires conventionnés du secteur privé. «Il faut entendre par soins ambulatoires la consultation du médecin, les médicaments, ainsi que les explorations biologiques et radiologiques. La même formule de remboursement est valable aussi pour les soins liés aux Apci».
Concernant les actes de chirurgie et l’hospitalisation, ce régime prévoit une ouverture progressive sur le secteur privé (les cliniques conventionnées), à travers la prise en charge de certains cas.

Chiffres-clés

Après l’alimentation (34,8 %) et l’habillement (22,8%), les dépenses pour l’hygiène et les soins occupent la troisième place avec 10,3 % de revenus des Tunisiens, selon l’Institut national des Statistiques.

Le remboursement des frais de soins et de médicaments
«La CNAM a réduit les délais de remboursements de frais des soins (entre 5 et 31 jours au maximum). Les affiliés qui négligent le respect des délais d’acquisition des médicaments (10 jours à partir de la date de l’émission de l’ordonnance) risquent de voir leurs dossiers de remboursement rejetés par la CNAM».
Pour la filière du secteur privé, «le patient n’avance pas tout le montant relatif aux soins. Il paye seulement le ticket modérateur. La Cnam prend en charge 70% du prix de la consultation, 85% du prix des médicaments essentiels, 40% des médicaments intermédiaires et 50% pour les actes de médecines dentaires.
A signaler que les médicaments vitaux sont pris en charge à 100%. Par contre les médicaments de confort ne sont pas pris en charge par la Cnam».
Au niveau du remboursement, «l’assuré doit avancer tous les frais de soins» et les taux sont les mêmes.
Pour la filière du secteur public, «le patient paye seulement le ticket modérateur avec les mêmes taux aussi».
«Ces taux dépendent du taux de cotisation de l’assuré social au niveau de la Cnss qui tourne autour de 6,75%.
Ce dernier ne permet pas une prise en charge plus large, correcte et complète».
Suite à cette formule d’assurance-maladie, le taux d’endettement des ménages peut être réduit. Et les dépenses pour l’hygiène et les soins, même si elles sont lourdes, peuvent être allégées par la suite.■