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Cigarette électronique : 5 bonnes raisons de ne pas tomber dans le piège !

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Cigarette électronique : 5 bonnes raisons de ne pas tomber dans le piège !

Elle a presque tout de l’originale mais n’en est pas vraiment une. La cigarette électronique ou l’e-cigarette, pour les plus geeks, procure la même sensation aux fumeurs et leur permet la même gestuelle mais sans laisser échapper de fumée.

par Rym Benarous

La cigarette électronique se compose essentiellement d’un inhalateur et d’une résistance qui chauffe un liquide à base de propylène glycol, de glycérine, d’arômes et parfois de nicotine. Vraie solution pour aider au sevrage tabagique ou illusion marketing inventée par les industriels ? Les avis restent partagés et laissent sceptiques. Voici, en tout cas, cinq raisons de ne pas tomber dans le piège.

1.Péril en le liquide

Si la composition du liquide est connue de tous, nous ignorons par contre les effets à moyen et long terme de l’inhalation prolongée du propylène glycol, du glycérol ou encore de la glycérine. Alors, danger ou pas ? La question reste, pour l’instant, sans réponse, hormis le fait que les industriels se défendent farouchement en avançant que ces substances entrent dans la composition des inhalateurs pour asthmatiques et des additifs dans les aliments et les cosmétiques. Oui mais cela n’augure pas de leur innocuité.

2.Des détracteurs de taille contre l’E-cigarette

L’e-cigarette n’ayant fait son apparition en Tunisie que très récemment, aucune étude s’y rapportant n’a été, jusque là, publiée et le Ministère de la santé n’a émis aucun avis. A l’échelle mondiale, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime, depuis 2008, que la cigarette électronique ne peut être considérée comme une thérapie légitime permettant d’aider au sevrage tabagique.
La Ligue anti-cancer, quant à elle, prend également position contre l’e-cigarette et publie un second avis en mai 2013 : «Au regard des mises en garde répétées par le corps scientifique et les autorités sanitaires et de santé, tant nationales qu’internationales, dont l’OMS, la Ligue contre le cancer entend dissuader du recours à ce produit et recommander son retrait du marché, tant que sa règlementation n’est pas clarifiée. Par ailleurs, la cigarette électronique ne participe pas à la dé-normalisation du tabac et maintient sa promotion. Ce produit échappe actuellement à toute règlementation et à tout contrôle, ne permettant pas de garantir son innocuité ». Voilà qui a le mérite d’être clair!

3.Effets secondaires dérangeants

Si les risques, à long terme, ne sont pas actuellement connus, les « vapoteurs » (c’est ainsi que l’on appelle les utilisateurs de la cigarette électronique) rapportent, toutefois, des effets secondaires immédiats quelques peu désagréables : la gorge sèche et légèrement irritée, quand le dosage nicotinique est élevé (24 mg), les lèvres gercées…

4.Nicotine : esprit, es-tu là?

Selon le modèle mis en vente, l’e-cigarette peut contenir ou non de la nicotine, à dosages différents. La nicotine n’est pas nocive en elle-même mais elle crée une dépendance tabagique, assimilant, dans l’esprit d’un vapoteur, la consommation de l’e-tabac à un plaisir. Pour arrêter l’e-cigarette, l’utilisateur devra donc passer, comme pour la cigarette classique, par une phase progressive de sevrage, au cours de laquelle apparaîtront certains effets indésirables : troubles du sommeil ou de l’humeur, prise de poids…

5.C’est pas glam’

Avouons-le les filles, vapoter n’est pas du tout chic et sexy ! A mi-chemin entre la cigarette classique, la pipe de Sherlock Holmes et le stylo qu’on mâchouillait enfant de façon si peu féminine, l’e-cigarette plombe notre capital séduction, sans compter l’effet des gouttes d’eau suintant des narines. Imaginez les yeux de votre amoureux fixant votre coquette frimousse, tentant de deviner si c’est de la vapeur ou… Très peu pour nous, mesdames !

Pour tout vous dire…

Selon une étude récente, ordonnée par la Ministre française des affaires sociales et de la santé, la vapeur dégagée par une cigarette électronique contiendrait 400 à 1.000 fois moins de produits toxiques qu’une cigarette traditionnelle. De plus, elle ne comporte aucun monoxyde de carbone, agent principal du cancer, ni d’ammoniaque, ni de goudron ou de métaux lourds. Les deux vrais problèmes de l’e-cigarette restent donc les effets du liquide qu’elle contient et le risque de dépendance à la nicotine.

5 questions au Dr Inès Saada, Spécialiste en pneumologie et allergologie, oncologie thoracique – pathologies du sommeil, en cabinet privé.

La cigarette électronique est-elle une vraie solution pour le sevrage tabagique ?

La cigarette électronique ou e-cigarette est, certes, une alternative pour sortir du tabagisme, diminuer la consommation ou, même, fumer avec moins de risque. Mais il faut savoir que ce n’est pas la solution miracle pour arrêter de fumer. En effet, la cigarette électronique n’est pas encore reconnue en tant que moyen de sevrage tabagique, comme les autres substituts nicotiniques. Les preuves d’efficacité à long terme ne sont pas encore effectives et les patients affirmant avoir arrêté de fumer grâce à l’e-cigarette sont une minorité.

La cigarette électronique est moins nocive que la cigarette normale, tant pour le fumeur que pour l’entourage. Est-ce vrai ?

L’utilisation de la cigarette électronique n’est pas dénuée de risque pour le fumeur et son entourage. Actuellement, on ne dispose pas de données suffisantes pour en cerner les méfaits. Les dangers des e-liquides sont liés, avant tout, à des produits de mauvaise qualité, au mauvais choix des composants ou aux mauvaises manipulations, comme laisser le produit à la portée des enfants. La nicotine, substance classée « vénéneuse », est retrouvée dans le sang mais de façon très variable (selon le contenu réel et la façon d’utiliser l’e-cigarette). La nicotine est présente, même dans les urines des personnes qui fréquentent les fumeurs, mais en quantité moins importante qu’avec la cigarette normale. Contrairement à la cigarette, l’e-cigarette ne libère ni monoxyde de carbone (CO), ni particules solides, ni quantité significative de cancérigènes.

Est-ce que l’e-cigarette contient des substances nocives ?

Les e-cigarettes apparaissent sous des formes variées mais sont généralement constituées d’une batterie, d’un microprocesseur, d’un pulvérisateur et d’une cartouche dans laquelle se trouve le liquide. Les e-liquides contiennent actuellement tous du propylène glycol (pour l’effet de « fumée ») ou du glycérol (GV), des arômes et colorants. La nicotine n’est pas toujours présente. Ces agents et d’autres sont potentiellement irritants et/ou classés comme toxiques mais, le plus souvent, en moindre degré que la fumée du tabac. Les études ont prouvé certains effets nocifs tels que l’irritation de la bouche et la gorge, la toux et l’augmentation des résistances des voies aériennes. Quelques produits cancérigènes, tels que les nitrosamines, ont été détectés à des concentrations très faibles, voire à l’état de traces.
Les e-cigarettes varient fortement, aussi, les unes des autres concernant la sécurité du produit et la teneur en nicotine ; rares sont les produits à avoir été soumis à des contrôles.

Le rapport de l’Office français de prévention du tabagisme a montré que 33 %, parmi les jeunes qui ont utilisé la cigarette électronique, étaient des non fumeurs. Les hommes l’avaient davantage testée que les femmes et l’expérimentation de l’e-cigarette diminue avec l’âge. L’expérimentation et l’utilisation de l’e-cigarette varient d’un pays à l’autre chez les jeunes. Le principal danger intrinsèque de l’e-cigarette est lié à la dépendance à la nicotine contenue mais la forme du produit et sa gestuelle sont aussi des facteurs pouvant contribuer à entretenir la dépendance. Le pouvoir addictif de l’e-cigarette n’est pas connu à ce jour et l’on ne sait toujours pas si, consommée par un non-fumeur, elle peut ou non induire une dépendance à la nicotine et si elle peut ou non s’accompagner d’un passage au tabagisme. L’e-cigarette reste un outil de promotion de l’usage du tabac, c’est dans cette optique que les experts recommandent de mettre en œuvre des mesures pour éviter toute promotion et toute facilitation d’accès à l’e-cigarette aux mineurs et aux sujets n’ayant jamais fumé.

Quel message auriez-vous pour ceux qui veulent adopter l’e-cigarette ?

En tant que médecin, il m’est difficile de recommander la cigarette électronique comme méthode de sevrage tabagique. Les preuves de son efficacité étant encore peu fiables. Cependant, bien fabriquée et bien utilisée, l’e-cigarette est, en elle-même, un produit qui présente des dangers infiniment moindres que la cigarette. Les futures études et l’amélioration de la qualité de ce produit devront déterminer sa reconnaissance en tant que substitut nicotinique (tels que les patchs). Le meilleur moyen d’éviter les risques associés à la consommation du tabac est, évidemment, de ne pas fumer. Les moyens médicamenteux sont une aide pour les patients nicotino-dépendants mais sûrement pas le garant de la réussite du sevrage. La relation médecin-malade reste essentielle dans le cadre d’une stratégie efficace.