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La cire d’abeille

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La cire d’abeille

La cire d’abeille est le produit de la sécrétion des 8 glandes cirières situées sur la face ventrale de l’abdomen des abeilles ouvrières. Ces glandes se développent entre le 13e et le 18e jour de la vie adulte de l’abeille, pour décroître ensuite jusqu’à la mort de l’individu.

par Jemii Zouheir

La cire d’abeille est une substance grasse qui se solidifie sous forme de fines lamelles, presque transparentes, que l’ouvrière détache avec ses pattes postérieures pour les amener jusqu’à ses mandibules. Ensuite, la cire est malaxée et triturée avec d’autres secrétions propres à l’abeille, avant d’être déposée sur le bord des rayons en construction. A l’état naturel, la nouvelle cire est de couleur blanche, mais avec le temps elle se teinte rapidement à cause des miels et des pollens et surtout à cause du propolis que les ouvrières accumulent dans les cellules.

La cire d’abeille est en fait la sécrétion solide qui constitue la charpente des cellules formant les rayons de la ruche, ainsi que leurs opercules. Sa composition est de nature lipidique, avec essentiellement des esters alcooliques d’acides gras à longue chaîne. On retrouve également des traces de propolis (6%), de pollen et de différents pigments. Elle est régulièrement utilisée dans la fabrication de papier, de bougie, de moules car elle permet des reproductions extrêmement fidèles (technique de la cire perdue pour les coulages en bronze par exemple). Elle entre également dans la composition de produits pharmaceutiques.

Quand toutes les conditions sont réunies et que les besoins de la colonie s’en font ressentir, les abeilles cirières se rassemblent par centaines, tantôt en grappes, tantôt en chaînes, aux endroits adéquats. Accrochées les unes aux autres par leurs pattes, elles façonnent alors, de haut en bas et en parfaite collaboration, les fameuses cellules hexagonales que chacun de nous connait bien. C’est celle qui donne aux rayons la plus grande solidité et la plus grande capacité de stockage d’un liquide pour un minimum de cire employée. Ces cellules, ou alvéoles, sont légèrement inclinées vers le haut, afin que le miel entreposé ne s’écoule pas à l’extérieur et elles sont assemblées pour former ce que l’on appelle un rayon. Les rayons de cire font régulièrement l’objet d’un «recyclage» au sein de la ruche, notamment dans les périodes de disettes, car leur production demande de la part de l’abeille une grande dépense d’énergie. On peut donc dire que dans un ruche «rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme».

La cire dans l’apithérapie

Nous savons avec certitude que la cire d’abeille (ceros chez les Grecs et cera chez les Romains) connaissait déjà une grande renommée durant l’antiquité. En médecine, ses propriétés étaient mises à profit dans diverses préparations (emplâtre, cataplasmes,….) pour le traitement des plaies et des brûlures, ainsi que pour les soins de la peau. Hippocrate la recommandait en application sur la nuque en cas d’amygdalite purulente. Au XIe siècle, Avicenne, le célèbre médecin iranien, l’utilisait pour soigner une toux rebelle et pour stimuler la lactation chez la femme allaitant. Les siècles qui suivirent ont toutefois pratiquement vu sa disparition de la médecine traditionnelle.
Ce n’est que depuis ces vingt dernières années, avec l’émergence de l’alimentation biologique et la reconsidération de la médecine verte, qu’elle fait à nouveau partie des remèdes reconnus. Elle est ainsi utilisée avec succès dans le traitement de l’arthrite, des inflammations de la sphère nasale, des dermatoses ou de l’asthme bronchique. Elle jouirait également de propriétés antibiotiques puissantes contre certains agents bactériens, comme les salmonelles.

Antibiotique et antioxydante la cire d’abeille

Les propriétés de la cire d’abeille sont directement liées à ses qualités physiques et à sa composition chimique. En cosmétologie, elle est utilisée pour les soins des peaux délicates, tout spécialement lorsqu’elles sont sèches et dévitalisées. Elle nettoie l’épiderme, adoucit et nourrit le derme, prévenant ainsi le vieillissement cutané. En dermatologie, ses indications sont nombreuses et appréciées, notamment en raison de ses vertus cicatrisantes** et anti–inflammatoires. Elle ainsi utilisée sous forme de préparation dans le traitement d’abcès, de brûlure, de crevasses, d’escarres, de plaies, de vergetures etc.

Dans certaines affections rhumatismales et certaines névralgies, on peut utiliser un emplâtre à base de cire jaune. Elle sert également à renforcer les bondages périodontaux (le priodonte étant le tissu qui fixe la dent dans son alvéole) et est utilisée en prothèse dentaire pour la réalisation des empreintes et des moulages des dents. Elle entre également dans la composition de certains types de suppositoires, favorise le transit intestinal et, plus simplement, elle donne aux comprimés leur brillant et leur aspect lisse.

Enfin, outre ses propriétés antibiotiques, elle est dotée de facteurs antioxydants. La cire formant les alvéoles de la ruche est toujours tapissée par une mince couche de propolis, qui est déposée par les abeilles avant d’y stocker le miel ou d’y faire l’élevage du couvain. Son objectif est de protéger la colonie contre les infections bactériennes et fongiques (voir le rôle de la propolis dans la ruche).

Quand la cire est en fusion, les constituants actifs de la propolis se mélangent de manière homogène à ses propres constituants organiques. Peu d’études ont été conduites à ce jour sur les différentes cires (états, âge, propreté, race d’abeille) et sur les propriétés thérapeutiques y afférant.

Attention aux irritations !

Il n’y a pas de contre-indication vraiment formelle, mais dans certains cas, diverses précautions sont à prendre.
Ainsi, les rouges à lèvres peuvent provoquer des eczémas de la région péri-buccale et si les colorants sont souvent mis en cause, la cire qui entre dans leur composition peut aussi être impliquée, mais cela reste très rare. Les peaux grasses peuvent parfois subir des dommages, l’application de la préparation rendant le visage luisant et entraîne parfois un érythème (rougeur disparaissant à la pression). Les sensibilisations éventuelles et les susceptibilités individuelles cessent généralement dès l’arrêt de l’application.

Le top pour les cosmétiques

La raison de son ample utilisation en cosmétologie réside en grande partie dans ses propriétés physiques très intéressantes. Malléable, souple, fusible à basse température, insoluble dans l’eau, inoffensive, miscible avec une vaste gamme de produits organiques… la cire convient pour beaucoup d’usages. Son utilisation est de plus en plus fréquente, d’autant plus que l’on n’a pas encore trouvé de produit de synthèse qui réunisse toutes ses propriétés. Elle sert ainsi d’excipient dans les pommades pour le teint, les crèmes antirides, les mascaras, les laits démaquillants… bref, tout ce qui fait la beauté de ces dames. La cosmétologie est la plus grande consommatrice industrielle de cire d’abeille.

Le mythe d’Icare

La plus connue, si ce n’est la plus ancienne, histoire faisant référence à la cire d’abeille est l’histoire d’Icare qui utilisa de la cire pour seller ses ailes et s’évader, avec son père Dédale, du labyrinthe ou Minos les avait enfermé. Malheureusement Icare ne respecte pas les consignes de son père et s’approcha trop près du soleil, la cire fondit, et Icare s’abimât et mourut en mer.

Composition chimique de la cire d’abeille

La cire d’abeille est un corps gras chimiquement stable, fort de 300 composants. Elle est constituée pour deux tiers par des esters formés par la réunion d’un acide gras et d’un alcool de poids moléculaire élevé (par exemple, le palmitate de myricyte) et pour un peu moins d’un tiers par des acides gras libres, des hydrocarbures saturés, des alcools libres, des lactones, de la chrysine,une très petite quantité d’eau(2%) et un faible pourcentage de substances diverses (pigments, propolis…), dont une richesse particulière en vitamine A.

• Monoesters 49%
• Autres Esters 21%
• Acides 14%
• Hydrocarbures 12%
• Eau et divers 2%
• Lactines 1,5 %
• Alcools libres 1,2%
• Chrysine 0,3%