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Comités populaires de surveillance

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Comités populaires de surveillance

Pas de quartier pour les escadrons de la mort
En moins d’un mois la révolution populaire a déboulonné un régime despotique qui a fait régner la terreur durant 23 ans. Le soir du vendredi 15 janvier la bonne nouvelle tombe, le dictateur a pris la fuite libérant le peuple de son joug. C’est la délivrance ! On va enfin pouvoir vivre normalement, sans aucune crainte et en toute tranquillité. Mais c’était compter sans la perversité d’un régime qui osé aseoir sa légitimité dans la terreur et l’oppression

par Chiraz Ounaïs

 

Ben Ali est parti, mais il a laissé derrière lui quelques uns de ses sbires tels Ali Seriati qui a lancé ses hommes de l’ombre pour terroriser le bon peuple et lui faire regretter le jour où il s’est levé comme un seul homme pour chasser un pouvoir qui se croyait indétrônable. Des centaines, voire des milliers (chacun y est allé de son chiffre), de miliciens, sans foi ni loi, armés jusqu’aux dents et surentraînés, de vrais escadrons de la mort, sont lancés à travers tout le pays afin de semer la terreur et pratiquer la politique de la terre brûlée.
Oui mais voilà, en face il y avait la volonté inébranlable d’un peuple avide de justice qui s’est accroché becs et ongles à sa liberté enfin retrouvée après 23 ans d’oppression et d’avilissement. Les rumeurs les plus folles, un pouvoir vacant, une sécurité défaillante, aucune tentative n’a réussi à faire vaciller la ténacité et la bravoure des Tunisiens. N’ayant plus confiance en une police qui, durant toutes les années sombres de Ben Ali, a été utilisée, de gré ou de force, comme instrument pour museler tout individu qui oserait se dresser sur le chemin du despote et de sa famille, la population ne s’est fiée qu’à elle-même et à l’armée nationale qui a refusé d’être complice de la répression du soulèvement populaire.
Partout dans le pays, des comités de quartiers se sont formés spontanément pour parer aux raids nocturnes des milices et des pilleurs, dressant des barricades faites de bric et de broc à chaque coin de rue. Avec bien évidemment un brin d’humour dont le Tunisien est passé maître, Ben Ali a créé le Fonds national de solidarité, il s’est tiré avec les fonds mais a laissé la solidarité. Une solidarité à toute épreuve qui s’est spontanément mise en route.

Une organisation parfaite

Armés de couteaux et de bâtons, ils veillaient jour et nuit à la sécurité de leurs biens et ceux de leurs voisins. Ils fouillaient tous les véhicules qui passaient, procédant parfois au contrôle d’identité. L’on a même vu des citoyens contrôler des policiers ! Voitures de location, véhicules tous-terrains, taxis et même ambulances, tous les véhicules utilisés par les miliciens du président déchu, ou que la rumeur leur en a confirmé l’usage, ont été la cible de la suspicion de la rue. Certains étaient chargés de la communication, et, au moindre mouvement suspect, les portables se déclenchaient et les sifflets d’alerte déchiraient le lourd silence qui régnait et que, seul l’incessant ballet des hélicoptères, qui sillonnaient les villes, venait perturber. Des groupes étaient constitués pour effectuer des rondes dans tout le quartier et d’autres s’occupaient de suivre les médias afin de tenir leurs camarades informés … Une organisation réglée comme une horloge suisse. Lors des premiers jours qui ont suivi la fuite de Ben Ali, tout était passé au crible. Rien ne filtrait ! Et les résultats ne se sont pas fait attendre. Chaque instant, chaque jour apportait son lot de bonnes nouvelles. Dans tel quartier 4 individus armés ont été arrêtés par les citoyens, dans telle ville l’armée a échangé des tirs avec des ex-membres de la garde présidentielle avant de les mettre hors d’état de nuire, dans telle région la « récolte » a été de 7 miliciens qui ont été démasqués en une seule journée… Ces comités populaires de surveillance ont admirablement accompli une tâche normalement dévolue aux forces de l’ordre mais à laquelle ces derniers ont failli. Une belle leçon de solidarité, de courage, de dignité et surtout d’intelligence donnée au monde entier. Les révoltés tunisiens auront marqué à jamais l’Histoire. Un modèle unique en son genre