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Comités de quartiers Cette formidable vigilance !

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Comités de quartiers Cette formidable vigilance !

Lequel parmi nous ne se rappelle pas des 14, 15, et 16 janvier 2011, dates de la « Révolution du jasmin » ? Durant ces journées, on avait enregistré de sérieuses menaces sur la population et cela partout sur le territoire tunisien, du nord au sud. Partout se multipliaient les incendies, les vols, les violences corporelles, les tabassages, les douleurs, les angoisses et les pillages. Devant cette situation cauchemardesque, des comités de quartiers se sont formés, partout dans le pays. La population était à about de nerfs et était prête pour repérer les intrus qui viendraient la menacer

par Saida Zemzemii

 

Il est bientôt 17 heures, c’est le début du couvre- feu en Tunisie. Le soleil plonge derrière les immeubles, les passants hâtent le pas et les pilleurs commencent à semer le chaos chez les habitants. Ces pilleurs sont au volant de voitures de location ou de 4X4 sans plaque d’immatriculation. Ils terrorisent les gens, attaquent les commerces :

boulangeries, épiceries, grandes surfaces et plus loin : les fermes. En revanche, et dans ce climat de peur, des comités de quartiers se sont constitués dans tous les quartiers du Grand Tunis, pour s’assurer une sécurité minimale ; en installant des barricades de fortune et en veillant au grain, la nuit durant.
A Borj Toumi, un quartier situé à une quarantaine de kilomètres au nord de Tunis, des adultes, des femmes, mais surtout des jeunes hommes ayant 18 ans au maximum, sont dans la rue. Ils sont là, munis de barres de fer, de bâtons, d’armes blanches, de pierres, de sacs de sables et contrôlent leurs biens contre des pilleurs éventuels.
Fathi Bjaoui, l’un des membres de ce comité, nous a expliqué que les hommes se sont organisés pour faire des rondes et monter la garde, avec des pierres et des bâtons. Ils n’ont pas d’autres armes, mais leur présence est susceptible de dissuader d’éventuels assaillants.
« Nous avons érigé des barrages à l’entrée du quartier, nous nous tenons en faction, armés de bâtons, de couteaux et de pioches, avec toujours à proximité une brouette remplie de pierres et d’autres projectiles, nous a-t-il déclaré. « Nous obligeons les véhicules à s’arrêter. Et tout cela se fait en coordination avec l’armée », a-t-il poursuivi. Il a ajouté que «globalement, cela reste un élan de solidarité formidable, pacifique et complètement spontané ».
De son côté, Khaled Hammami, diplômé du supérieur, mais en chômage, a souligné, en substance, que : « la nuit, du 14 au 15 janvier a été totalement cauchemardesque. Les pilleurs ont profité de la période de transition ouverte par le départ de Ben Ali et du couvre-feu pour terroriser les gens ; se livrant au pillage, empêchant les citoyens de dormir pour les conduire, au bord de la dépression » Pour les contrer, a-t-il poursuivi, le comité de quartier a été constitué, spontanément. Nous avons tous un vrai sens de solidarité, même les autorités n’arrivent pas à nous intimider, et c’est comme ça que nous continuerons d’agir afin de dépasser cette étape difficile. »

Qu’on le veuille ou non, la sécurité et la protection, ces deux termes constituent deux priorités primordiales pour la survie des citoyens.

Le comité de vigilance, ou comité de défense populaire, est constitué ainsi d’une manière improvisée et multiple. Il regroupe différentes tranches d’âges : des adultes, des jeunes et même des femmes. Ils se mobilisent dans la rue avec des armes de fortune telles des bâtons, des pierres, des barres de fer et se partagent également l’esprit de l’entraide et le vrai sens de solidarité.
Ils fouillent minutieusement toutes les voitures qui passent. Par ailleurs, les femmes au foyer préparent les repas et le thé et fournissent en tabac ces hommes et ces enfants.
« Nous passons toute la nuit ensemble, nous nous relayons pour assurer la protection de nos voisins face aux bandes armées du clan Ben Ali et pour passer le temps, nous apprenons à discuter des sujets politiques et bien évidemment ceux de l’avenir du pays. D’un autre côté, notre syndicat s’est chargé de nous organiser en postes : le pemier:de18h à 2h, le second de 2h à 6h du matin. L’ambiance est vraiment formidable »,nous a confie Adel Mansour, lycéen.

✔ Tout reprend
Nul ne peut nier la valeur de ces dates 14,15 et16 janvier. Un évènement qui restera présent dans nos mémoires. Il s’agit en effet de la révolution populaire qui a été initiée et conduite par les jeunes. « C’est un événement que nous ne pouvions imaginer dans les plus beaux de nos rêves, c’est un changement réel et pas seulement un changement de façade. Désormais, nous avons organisé le comité de vigilance pour nous défendre contre les pilleurs et rétablir la tranquillité et la sécurité parmi citoyens », a expliqué Anwar Ayari, un maitrisard.
« Avant tout, je veux saluer la mémoire de Mohamed Bouazizi, qui n’avait pas pu supporter l’injustice et qui grâce à lui nous célébrons cette révolution. Mohamed Bouazizi, le jeune homme qui s’est immolé par le feu, plutôt que de faire violenter les autres. Je suis un membre du comité de quartier. Je passe toute la nuit avec mes voisins. Il est vrai que c’est fatiguant, mais la liberté n’a pas de prix. Nous sommes disposés à le payer. L’essentiel est de protéger la Tunisie’’ Tahia Tounès’’, a déclaré avec enthousiasme Anis Taboubi, jeune, élève âgé de 17 ans. Nous comptons sur la solidarité et l’appui de nos amis », a ajouté Anis.
Certes, le retour à l’état initial est au lent, mais tout est entrain de reprendre : la réouverture des écoles et des universités et la reprise des activités culturelles et sportives, un sentiment de sécurité qui encourage les gens à reprendre peu à peu leurs activités habituelles.
La nuit du lundi au mardi est un peu calme, le couvre feu est ramené de 18h à 5h.30. L’ambiance est beaucoup moins tendue que les nuits précédentes. Peu d’alertes, le comité de vigilance est là « et malgré ce calme, nous avons veillé jusqu’à 4h30 du matin et nous avons laissé quelques voisins pour continuer la garde jusqu’à 5h30 et retirer les barricades. Nous étions très vigilants face aux pilleurs et aux milices qui ont semé le chaos, mais ils ne gagneront pas la partie », a ajouté Hakim Ben Fraj.