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La communication en santé du sein pour éviter bien des maux !

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La communication en santé du sein pour éviter bien des maux !

La communication semble désormais être au cœur des questions de santé et de l’action en santé publique, de la mise en œuvre de politiques publiques sur les territoires jusqu’aux interactions complexes dans la relation soignants-soignés. De nos jours, les femmes atteintes de cancer du sein peuvent espérer une survie prolongée et un grand nombre d’entre elles peuvent même entrevoir la guérison. Par ailleurs, le dépistage précoce et les traitements rigoureux donnent espoir à de plus en plus de femmes. La réussite de la communication est tributaire de la bonne sélection de la cible, du contenu mais aussi de la tonalité du message qu’elle véhicule. Bien connaître les premiers symptômes de la maladie, pour pouvoir en faire le diagnostic précoce à un stade utile, permet souvent de s’attaquer à elle avec un maximum d’efficacité : tant du point de vue thérapeutique que du point de vue économie de santé. C’est dans ce cadre que s’inscrit la conférence internationale intitulée « Communication en santé du sein » organisée, à Hammamet, par le ministère de la Santé avec le concours de la coopération tuniso-italienne. Cette conférence, comme l’a précisé, Andrea Cadellano, chef du projet à la coopération italienne, propose de mettre en lumière et de discuter les problématiques de la communication en matière de prévention des maladies du sein, dans le but d’élargir la stratégie de promotion de l’examen clinique comme pratique quotidienne des acteurs de la santé de base, en tant que première approche pour un parcours de diagnostic précoce des pathologies du sein. Cette conférence permet de partager les différentes expériences, de comparer l’ampleur de la problématique et de présenter les résultats d’éventuelles études menées dans les différents pays.

par Kamel Bouaouina

150.000 femmes examinées

La coopération tuniso-italienne a mis en œuvre un projet : «Soutenir au Plan National de Lutte Contre le Cancer » qui vise à renforcer l’accès des femmes à la promotion de la santé du sein dans 12 régions, les moins développées de l’ouest et du sud de la Tunisie : Jendouba, Béja, le Kef, Siliana, Kasserine, Sidi Bouzid, Gafsa, Tozeur, Kébili, Gabès, Médenine et Tataouine. Ce projet a touché 150 mille femmes et a nécessité un million d’euros. Il est axé sur deux principaux volets d’intervention : la formation du personnel médical et paramédical des hôpitaux régionaux, des hôpitaux des circonscriptions et de l’Office National de la Famille et de la Population (ONFP) sur les thèmes de la promotion de la santé du sein et de la communication en santé, ainsi que la formation du personnel médical et paramédical du service de statistique et d’épidémiologie concernant la collecte informatisée des données et aussi la réalisation des rencontres, des campagnes d’information et de sensibilisation, ainsi que la production des supports pour l’IEC visant l’initiation de la culture de la santé du sein. Cette conférence internationale autour de la communication en santé du sein vise à élargir la stratégie de promotion de l’examen clinique comme première approche au diagnostic précoce du sein. Elle est aussi l’occasion pour tous les intervenants de dix pays des deux rives de la Méditerranée (cinq+cinq): Italie, France, Espagne, Portugal et Malte, Tunisie, Libye, Algérie, Maroc et Mauritanie, de partager les différentes expériences, de comparer l’ampleur de la problématique et de présenter les résultats d’éventuelles études menées dans les différents pays. Son excellence Raimondo Do Cardona a souligné que son pays « suit de très près, l’évolution du processus transitoire en Tunisie et a exprimé le souhait de l’Italie de voir l’expérience démocratique tunisienne réussir pour être un modèle dans la région. Il a, par ailleurs, souligné le soutien de l’Italie au processus de transition démocratique. « Le gouvernement italien va continuer à appuyer la transition démocratique en Tunisie et à lui accorder de l’aide pour la réalisation de projets de développement sanitaire et l’appuyer dans sa démarche de lutte contre le cancer. L’Italie est toujours à côté de la Tunisie comme en témoigne ce projet tuniso-italien.

Consolidation du Plan national de lutte contre le cancer 

Le cancer du sein constitue un véritable problème de santé publique. Le ministère de la Santé, comme l’a précisé Dr Faiez Zannad, chargé de mission au près du ministre de la Santé, accorde le plus vif intérêt à cette rencontre qui offre aux différents pays du pourtour méditerranéen l’opportunité de partager leurs expériences, de comparer l’ampleur de la problématique de la communication en matière de prévention des maladies du sein. « Il s’agit, dit-il, d’un nouveau pas en avant sur la voie de l’acquisition des connaissances, de l’affermissement du savoir. Un nouveau pas qui doit nous conduire à davantage d’équité parmi la population féminine pour son accès à la prévention, en favorisant l’élargissement de la stratégie de promotion de l’examen clinique comme pratique quotidienne des acteurs de la santé de base, médecins et sages-femmes, et en tant que première approche pour un parcours de dépistage précoce en cancérologie. » Dr Zannad a tenu à rendre hommage aux conférenciers venus entretenir les différents intervenants des différents effets des campagnes d’information, d’éducation et de communication ainsi que de l’efficacité des langages pour un dialogue avec les populations cible à la lumière des résultats d’études menées dans divers pays. Le ministère de la Santé attend d’une telle conférence qu’elle contribue à la consolidation du Plan national de lutte contre le cancer à travers le renforcement de l’accès de la femme tunisienne aux prestations de promotion de la santé du sein. Dr Zannad a remercié le gouvernement italien qui a bien voulu mettre en œuvre et accompagner pour une durée de quatre ans un projet de soutien à ce plan dans les douze gouvernorats de l’ouest et du sud du pays. Un programme dont les activités revêtent une importance primordiale et qui bénéficie d’expertises de haut niveau en matière de formation du personnel médical et paramédical des hôpitaux régionaux, des hôpitaux de circonscriptions et de l’Office National de la Famille et de la Population sur des thèmes de sensibilisation pour la promotion de la santé du sein et de la communication en santé. Ce programme permettra également d’assurer l’appui nécessaire à la réalisation de rencontres, de campagnes d’information et de sensibilisation ainsi que la production de  supports d’initiation à la diffusion de la culture de la santé du sein. Le droit aux soins, le droit à la santé pour tous les citoyens tunisiens font partie des droits de l’homme et sont énoncés du reste avec plus de résolution dans la nouvelle constitution du pays. Il s’agit donc  de mettre à la disposition de la femme tunisienne et de son entourage toutes les avancées de la médecine préventive dans le domaine de la sénologie.

Une communication peu soignée peut causer des problèmes !

De plus, en 1986, la Charte d’Ottawa (OMS 1986) sur la promotion de la santé affirmait l’importance des communications comme une des cinq stratégies complémentaires et essentielles permettant de confier aux collectivités et aux individus le soin d’améliorer leur propre santé. La communication est au cœur de la santé contemporaine. C’est un exercice difficile, de par la complexité même du sujet et la multiplicité des acteurs et structures. La médiatisation a depuis une quinzaine d’années obligé les acteurs de la santé à parler d’eux au-delà du cercle professionnel. Ce que vous ne dites pas à un journaliste, d’autres le lui disent ! Cela, les acteurs de la santé l’ont compris, surtout en situation sensible ou de crise. À ceci, s’ajoute  le fait que les citoyens et leurs représentants -élus et associations- se sont emparés de ce sujet. Informer, communiquer, débattre apparaissent désormais prioritaires. Qui fait quoi ? Pourquoi ? Comment ? Ça, c’est de l’information… Sur la base d’une information claire, l’échange peut s’engager… Alors, on peut communiquer : écouter les citoyens et connaître leurs attentes, répondre à leurs questionnements, en tenir compte. Ceci implique également que ce qui n’est pas réalisable soit expliqué. Enfin, quand la communication est établie, on peut se comprendre : le débat devient alors possible. Il ne faut pas le craindre : c’est un moyen d’éviter le dos-à-dos et d’avancer en partenariat. Le psychologue Salem Mlika, du service de psychiatrie de Hached à Sousse, a estimé que la communication en santé est un contexte chargé d’affections du côté du patient mais aussi du côté du soignant. L’un est demandeur de soins, l’autre est demandeur d’efficacité. En santé, l’affect peut empêcher d’adresser une demande à l’autre. Les soignants doivent effectuer des efforts pour aider à communiquer. Ce n’est pas toujours aisé car le soignant n’a parfois rien à dire au patient. Il se sent débordé. Il oublie son rôle de communicateur ! » Ainsi l’information et la communication doivent être de qualité, bien conçues, à l’écoute des usagers et de la population. Mais  la réalité est toute autre. Les recherches révèlent que les problèmes de communication ont des répercussions négatives sur l’accès au traitement, la prise de mesures de prévention, la qualité des soins, les hospitalisations, les tests diagnostiques, les erreurs médicales, le suivi des patients. Dr Maria Fara, de l’Université de Rome, a estimé que cette relation profession –malade est asymétrique à cause de la différence culturelle et scientifique. Les barrières linguistiques ont des répercussions sur l’accès initial aux services de santé. « Une communication peu soignée peut causer des problèmes. C’est pourquoi elle doit être claire, complète, adaptée à l’environnement et souvent divulguée avec un langage approprié. Ce qu’on communique, c’est seulement ce que l’autre a compris. La communication doit être informative, formative et créative. Mais  elle peut être erronée lorsque le langage est inapproprié et qu’il y a un manque d’engagement de l’émetteur et d’intérêt du récepteur. » Dr Zied Latiri a estimé que les messages des médecins produisent des connaissances mais n’influent pas les attitudes de ceux qui les reçoivent. « Un message est émis par un service à travers un canal en direction d’un récepteur pour produire un effet entraînant ». La satisfaction du patient est une mesure reconnue et largement employée de l’efficacité de la communication. Entre fournisseurs et patients. C’est aussi un résultat des soins.

L’implication des médias

Le rôle que peuvent jouer les médias dans la diffusion des informations sur la santé n’est plus à démontrer dans une société dite de l’information. C’est donc pour donner aux medias la position d’acteurs incontournables et indispensables dans la promotion de la santé du sein que plusieurs journalistes ont essayé de témoigner au cours de cette journée. Senda Baccar, directrice de Médicinfo, a précisé que le patient joue un rôle comme un acteur de sa maladie et peut être passif en subissant la toute-puissance du médecin. Du coup, dit-elle, il devient plus exigeant en termes d’information. L’information médicale de qualité est favorisée par le recueil préalable des symptômes et des besoins des patients grâce aux questionnaires de qualité de vie, s’ils sont utilisés lors de la consultation pour orienter la discussion. Une information médicale satisfaisante comprend une discussion sur les questions des patients en termes de résultats thérapeutiques. Des facteurs individuels peuvent faire varier les besoins des patients, comme l’âge ou la pathologie. Ses besoins varient également dans le temps et selon la phase de la maladie. L’aide à l’information peut prendre la forme d’une sollicitation des patients à poser des questions. L’attitude du médecin est déterminante pour laisser les patients qui le souhaitent avoir un rôle actif, ce qui leur donne un sentiment très bénéfique psychologiquement de contrôle sur la maladie. L’information médicale est une tâche complexe qui s’englobe dans une stratégie de communication, qui doit être adaptée à chaque patient ainsi qu’aux proches et s’ajuster dans le temps. Nul n’ignore le rôle crucial que les médias peuvent jouer dans la société dans le domaine de la santé des seins, a précisé Senda Baccar, « lorsqu’ils sont engagés, les médias peuvent incontestablement contribuer à assurer un plus grand accès à l’information, à accroître les connaissances sur les questions de santé des seins par exemple, à stimuler le dialogue au sujet de la santé des seins au sein de la communauté, à favoriser une attitude propice au changement et à favoriser des réponses efficaces aux problèmes de santé des seins. De fait, le rôle de la presse écrite ou visuelle, quant à la perception du public sur la santé est important. Les journalistes ont une responsabilité essentielle en matière d’information et de formation du grand public sur les questions de santé. Ceci nécessite une bonne formation. Les sources de communication sont devenues rares car peu d’associations ou d’organismes communiquent sur leurs activités. L’internet a changé la donne. Cette information, mondialisée et partagée, déferle sans règle. Tous les acteurs se retrouvent donc confrontés aux mêmes difficultés : que retenir ? Que choisir ? Qui croire ? La journaliste italienne Mariateresa Truncellito a estimé que le rôle de la presse écrite, quant à la perception du public sur la santé est important. Il faut dire que plusieurs médias préfèrent parler du bien-être des patients qu’évoquer les pathologies lourdes. Minnie Luongo, du Corriere della Sera, a souligné que l’information des patients sur la maladie et les différents aspects de sa prise en charge est devenue une dimension essentielle de la qualité des soins des personnes atteintes d’un cancer. « Disposer d’informations médicales de qualité, qui correspondent aux besoins des patients et de leurs proches, constitue non seulement une demande, mais aussi un droit pour les usagers du système de santé explique-t-elle. Le langage est partie prenante dans la façon dont les connaissances médicales sont véhiculées et se structurent. En cancérologie, l’enjeu réside dans la reformulation d’un langage simple sur la maladie et les traitements. La bonne information du patient passe par des termes compréhensibles et dépourvus d’ambiguïté. Il faut trouver le terme juste, simple et compréhensible.

Le rôle de la société civile

La société civile assume un rôle-clé dans la concrétisation des initiatives nationales visant à lutter contre le cancer et à diffuser la culture préventive auprès de toutes les catégories sociales. Plusieurs associations ont vu le jour et ont pour mission essentielle l’assistance matérielle et le soutien moral aux patients atteints de cancer. C’est le témoignage de l’implication directe de la société civile dans la consolidation des efforts de l’Etat en matière de lutte contre le cancer. En Tunisie, comme l’a démontré Raoudha Zarrouk, présidente de l’Association des Malades du Cancer, « le rôle des associations est important dans la prise en charge des malades cancéreux…   J’ai voulu à travers mon association apporter à ceux qui souffrent, une réponse plus complète, plus experte et plus juste. Les malades du cancer savent maintenant qu’ils ont de plus en plus de chances de gagner cette bataille. Nous savons en effet que directement ou à travers un proche, nous serons un jour ou l’autre confrontés au cancer. Nous savons aussi que c’est maintenant que nous devons nous rassembler pour y faire face et un jour gagner ce combat de la vie, ce combat pour la vie. Cette association a pour but la prévention, l’information et le soutien de la famille du malade. Notre foyer dispose actuellement de 26 lits. Il accueille les malades démunis qui n’ont pas les moyens d’aller consulter chez un médecin ou séjourner dans un hôpital. C’est un lieu d’accueil exceptionnel en Tunisie consacré à la qualité de vie pendant ce traumatisme. Outre la lourdeur des traitements et la souffrance physique, les impacts psychologiques dus à la fatigue, la peur, au changement d’aspect physique représentent autant d’obstacles à la combativité contre le cancer. Nous avons lancé notre slogan « Ensemble, nous défions le cancer ». Nous sommes là derrière chaque malade qui aura besoin de nous. On essaie de l’accueillir, l’écouter, l’orienter, restaurer son image grâce à des soins spécifiques individuels ou collectifs afin de lui redonner confiance en lui ». Vacca, de l’association Ravi de Turin, a expliqué aussi que son association qui a pour slogan « Recommencer à vivre » participe au renforcement du réseau de dépistage, de prévention et de diagnostic précoce des cancers les plus fréquents en Italie. De ce point de vue, l’information, la sensibilisation et la prise en charge psychologique des patients constituent notre tâche essentielle. Ceci sans oublier l’organisation d’activités  récréatives (théâtre, danse, peinture) pour nos patients.