A la Une

Contre la pneumonie, rien ne vaut la vaccination

Publié le
Contre la pneumonie, rien ne vaut la vaccination

Pour Livret Santé, le Dr Faten Tinsa, Professeur agrégé en pédiatrie au Service de médecine infantile B de l’Hôpital d’Enfants Béchir Hamza à Tunis a bien voulu répondre à nos questions concernant la pneumonie, une maladie qui, à l’heure actuelle, cause la mort de 1,4 millions d’enfants de moins de 5 ans dans le monde.

Qu’est-ce que la pneumonie ?

La pneumonie est une infection du parenchyme pulmonaire (le poumon) causée le plus souvent par un agent infectieux : bactérie, virus ou champignon ; la pneumonie bactérienne représente près de 50 à 75% des pneumonies et c’est actuellement, le pneumocoque, le premier germe des pneumonies bactériennes.

Quelle est la menace de la pneumonie sur les enfants de moins de 5 ans en Tunisie ?

D’après les derniers rapports de l’OMS (Fact sheet N°331 October 2011), la pneumonie est responsable de près de 1,4 millions de décès dans le monde chez les enfants âgés de moins de 5 ans soit 18% des décès, toutes causes confondues chez l’enfant. En Tunisie, et d’après les données publiées par l’OMS (2008) la pneumonie est responsable de près de 10,4 % des décès chez les enfants de moins de 5 ans.
En Tunisie et depuis quelques années, les pneumonies sont une cause de plus en plus fréquente d’hospitalisation en pédiatrie, aussi bien dans le secteur public que privé. Malheureusement, nous ne disposons pas de données épidémiologiques nationales exactes quant à l’incidence des pneumonies en Tunisie ; toutefois une étude multicentrique tunisienne récente estime l’incidence à 2000 pneumonies/ an.

Pouvez-vous nous en dire davantage sur les souches ou les sérotypes de type S. pneumonie qui causent la majorité des infections à pneumocoque en Tunisie ?

D’après les données de la littérature mondiale, les souches de pneumocoque responsables des pneumonies sont essentiellement les : 1, 3, 19A, 6A, 7F ; malheureusement en Tunisie, nous ne disposons pas de larges études sérotypiques explorant les pneumonies à pneumocoque et ceci pour plusieurs raisons:
•Difficulté d’isolement du pneumocoque dans les crachats,
•L’analyse des crachats n’est pas pratiquée de façon systématique devant toute pneumonie aussi bien dans le secteur public que privé,

•Le coût élevé de ces investigations,
•La nécessité de laboratoires hyperspécialisés pour sa réalisation.
Toutefois, quelques études de sérotypes concernant les infections invasives à pneumocoque (isolé au niveau des crachats, le sang, le liquide céphalo-rachidien, le liquide pleural..) ont été menées. Les sérotypes les plus retrouvés étaient les: 14 (22 %), 23 (14,3 %), 19 (11,9 %) et 4 (8,5 %) dans une étude publiée en 2009 et les : 19F (17 %), 19A (11 %,14 (11 %), 23F (9.5 %), 6B (9 %) and 6A (5.5 %) dans une autre étude publiée en 2011.

Y a-t-il des facteurs qui font qu’un enfant soit plus vulnérable face à la pneumonie ?

Le jeune enfant, de par sa vulnérabilité aux infections, est sujet à présenter des formes sévères de pneumonies pouvant mettre en jeu sa vie ; ainsi les enfants âgés de moins de 5 ans et tout particulièrement les moins de 2 ans sont susceptibles de présenter des formes graves de pneumonies ; il en est de même pour tout enfant dénutri ou atteint de certaines maladies affaiblissant son système immunitaire telles que les déficits immunitaires et la drépanocytose. Par ailleurs, certains facteurs environnementaux, comme l’entassement des familles dans des logements exigus, et le tabagisme des parents ou la pollution de l’air à l’intérieur des locaux, pourraient augmenter le risque pour l’enfant de contracter une pneumonie et en aggraver les conséquences.

Comment les parents peuvent prévenir la pneumonie chez leurs enfants ?

Quelles sont les recommandations importantes, au niveau mondial ou local, disponibles sur la prévention de la pneumonie pour les enfants de moins de 5 ans ?
La prévention de la pneumonie est essentielle et repose sur:
•la vaccination contre les agents infectieux responsables de pneumonies : la vaccination contre l’haemophilus influenzae b (vaccin déjà inclus dans le calendrier vaccinal national avec une vaccination actuellement en masse) et la vaccination antipneumococcique qui est fortement recommandée dans le monde et dont l’efficacité à diminuer l’incidence des pneumonies et des infections invasives à pneumocoque est démontrée (la vaccination anti-pneumococcique n’est pas incluse dans le calendrier vaccinal national),
•Une nutrition suffisante et équilibrée ; en effet, l’OMS estime que la dénutrition contribue à plus de la moitié des décès d’enfants dans les pays en développement et que, jusqu’à l’âge de 4 ans, elle intervient dans plus d’un million de décès par pneumonie chaque année,
•L’allaitement maternel exclusif ; les bienfaits de l’allaitement maternel sont incontestables. Les nourrissons de moins de six mois qui ne sont pas allaités exclusivement au sein courent cinq fois plus de risques de mourir de pneumonie que les autres et un risque subsiste pour les nourrissons de 6 à 11 mois si la mère ne les allaite plus du tout,
•Les règles d’hygiène avec le lavage des mains.

Qu’est-ce que les parents doivent savoir sur la résistance aux antibiotiques ?

La résistance des bactéries à certains antibiotiques peut être primitive caractérisant la souche bactérienne ou secondaire expliquée en grande partie par l’utilisation inappropriée et excessive des antibiotiques pour des infections virales qui ne nécessitent pas de traitement antibiotique et par l’automédication facile.
Cette résistance croissante des bactéries aux antibiotiques, que nous constatons dans notre pays (à titre d’exemple plus de 50% des souches de pneumocoque sont de sensibilité diminuée à la pénicilline), entraîne la difficulté de guérir ces enfants rapidement, le recours à l’utilisation d’antibiotiques à large spectre d’action, à l’hospitalisation de l’enfant, à l’allongement de la durée du séjour hospitalier et à l’augmentation du coût de la maladie et des dépenses de santé ; le risque majeur qu’on craint, avec cette résistance croissante, c’est d’arriver un jour à ne plus trouver d’antibiotique pouvant agir sur la bactérie et guérir l’enfant.

Ceci met l’accent sur la nécessité de renforcer la lutte anti-infectieuse en sensibilisant les médecins sur la nécessité de l’utilisation rationnelle des antibiotiques, en contrôlant les ventes des antibiotiques et en vaccinant ces enfants pour éviter ces infections quand cela est possible.