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Enfants en danger

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Enfants en danger

A l’occasion de la Journée internationale de la santé sexuelle, le 4 septembre 2015, le Centre de recherche en sexologie et santé sexuelle, en partenariat avec les laboratoires Vital et l’Association internationale de la santé sexuelle, a tenu un point de presse afin de révéler le programme d’information, de communication, de sensibilisation et d’éducation sur la santé sexuelle dans le cadre de la protection des enfants face aux abus sexuels.

par Hela Kochbati

Dr Hisham Sharif conseiller chercheur en sexualité humaine – sexologue – sexothérapeute et conseiller conjugal et familial

Quels sont les axes de la promotion de la santé sexuelle dans la société tunisienne ?

Je crois que la santé sexuelle est la base de la société tunisienne.
Sans santé sexuelle, sans épanouissement, l’individu ne peut vivre, ne peut assurer la continuité avec l’autre, ne peut être créatif et constructif en rapport avec lui-même, dans sa famille et dans sa profession.
Personnellement, j’ai nommé l’éducation et la culture de la santé sexuelle « l’ogre » qui fait halluciner la société tunisienne et même les autorités tunisiennes.
A titre d’exemple, le ministère de l’Education nationale n’a pas voulu en débattre et répondre à mes appels courants, visant la formation d’éducateurs et de formateurs dans l’éducation à la santé sexuelle, pour que les enfants puissent se prémunir d’un abus sexuel, exceptionnellement commis par des éducateurs ou des directeurs d’écoles, un phénomène que l’on ne pas nier. En effet, dans la société tunisienne lorsqu’on parle du terme « sexe » ou de « sexualité », on interprète la partie négative de ces mots en reflétant l’acte sexuel alors que si on évoque l’éducation à la santé sexuelle ou la culture sexuelle, conjugale >et familiale, on touche une prérogative et des fondements scientifiques pour apprendre à nos enfants comment se protéger et préserver leur intégrité corporelle des dangers qui existent dans la société, confronter « les loups » humains, ces gens qui harcèlent et violent des petits garçons ou des petites filles.
La moindre action de défense qu’on puisse faire en tant que spécialistes est de protéger les enfants et leur procurer les informations pour qu’ils puissent les diffuser auprès de leurs parents et leurs éducateurs dans le cas d’un acte de violence ou de harcèlement sexuel.

La société tunisienne en général et les familles en particulier ont peur de parler de la santé sexuelle, c’est un tabou ou dans le vocabulaire dialectal « haram ». L’enfant sera alors complexé dès l’âge de six ans et plus.
Il est pourtant facile de protéger son enfant de 3 ans, il faut lui faire comprendre que son corps est propre à lui-même et à ses parents et qu’aucune autre personne n’a le droit d’y toucher et si un individu en dehors de la famille a essayé, l’enfant doit avertir et en parler à ses parents. C’est ainsi qu’on transmet l’information d’une manière simple et facile pour la compréhension des enfants. Cela ne doit plus être un tabou en 2015 de présenter des conseils utiles qui concernent nos enfants afin de les préserver des risques dans la rue et dans la sphère publique.

Le 4 septembre de chaque année, l’Association internationale de la santé sexuelle dont je suis membre, se réunit. Kevin Willy, le président m’a réitéré sa confiance non seulement pour la promotion de l’éducation à la santé sexuelle en Tunisie mais également sur l’ouverture des esprits dans le monde arabe sur cette question.
Il sera présent avec nous aussi bien dans les tables rondes que dans les rencontres prévues, dans le cadre du programme de la célébration de la Journée internationale de la santé sexuelle qui va s’étaler jusqu’ au 31 décembre 2015.
Il y aura trois tables rondes intéressant le Grand Tunis et les gouvernorats à proximité, Sousse va être le centre de la région du Sahel et Gabès va constituer la cible des régions du sud. Nous allons rassembler les éducateurs désirant faire une formation sur la santé sexuelle.

Nous sommes ouverts aux éducateurs et aux enseignants qui veulent avoir des formations et des informations sur l’éducation sexuelle et des certifications qualifiées de l’Association internationale de la santé sexuelle. Il est à souligner que dans notre pays, il n’y a pas une spécialité sur ce thème dans l’enseignement universitaire.

Il n’est pas logique aujourd’hui qu’on apprenne à nos enfants les mathématiques, les sciences physiques, l’histoire et la géographie, la musique et la danse, le sport et le dessin et qu’on ne leur enseigne pas la matière de l’éducation à la santé sexuelle.

Notre partenaire dans ce programme est l’Association tunisienne des parents et des élèves (ATUPE) qui va participer dans l’analyse et la sensibilisation à l’éducation à la santé sexuelle dans les établissements scolaires. Les personnes qui peuvent intervenir dans l’éducation des enfants après les parents sont les éducateurs et les enseignants, c’est pour cette raison que nous avons ciblé des tables rondes visant les pédagogues du système éducatif.
Par ailleurs, il y aura une étude scientifique validée par l’Association internationale de santé sexuelle et une université canadienne spécialisée en sciences de la sexualité. Cette étude va intéresser 1000 couples sur le thème des principaux problèmes que les couples affrontent dans leur vie conjugale. Cette étude va être publiée au niveau mondial pour acquérir une valeur éminente dans le secteur de la santé sexuelle.

L’éducation sexuelle ne concerne pas uniquement les enfants, parfois les parents doivent recevoir des cours d’éducation sur la santé sexuelle, parce que certains parents ne savent pas comment en parler naturellement à leurs enfants surtout à la période délicate de la puberté.

Par ailleurs, un volet important relatif la santé sexuelle est le volet des mariages non consommés. J’ai eu dans mon cabinet à traiter des mariages non consommés dont la durée allant d’une semaine à huit ans.

Il faut savoir également que le trouble sexuel majeur chez l’homme tunisien est l’éjaculation précoce, atteignant 65 % des cas, et chez la femme tunisienne, le vaginisme affectant plus de 40 % des cas de la gent féminine.

Dans le cadre le la promotion de la santé sexuelle, les médias ont un rôle de sensibilisation à jouer en expliquant que la sexologie n’est pas une spécialité médicale mais pluridisciplinaire faisant intervenir notamment la sociologie, la psychologie, la gynécologie, etc. 80 % des troubles sexuels ne sont pas associés à des pathologies mais à des comportements et une ignorance de son propre corps.

Il est à souligner que la santé sexuelle varie d’une société à une autre. Dans notre société elle diffère de celle des sociétés en France, au Qatar ou en Australie. J’ai eu à traiter des patients tunisiens vivant en Allemagne, au Canada et en Amérique, recommandés par leur sexologue traitant, pour une consultation par un spécialiste de leur pays, ne disposant pas de connaissances sur la culture tunisienne et arabo-musulmane.

Avec quels moyens simples peut-on assurer une éducation de la santé sexuelle dans notre société ?

Il est essentiel de parler et diffuser des termes qu’on peut comprendre et assimiler dans cette discipline. Il ne faut pas faire peur à son interlocuteur que ce soit un homme ou une femme. L’essentiel est de diffuser l’information comme la personne souhaite la recevoir, ce qui lui permet d’interagir dans le bon sens. Je vais personnellement bientôt éditer deux livres pour l’éducation sexuelle s’adressant aux enfants de 3 à 6 ans et de 6 ans à 12 ans dans la langue dialectale pour faciliter la compréhension des plus petits.

Comment les adultes peuvent-ils agir ?

Nous avons choisi l’axe des éducateurs et des instituteurs dans les établissements scolaires. Nous croyons au rôle majeur des pédagogues dans la diffusion de la culture de la santé sexuelle dans les écoles et les lycées.

Le rôle des médias est également très important aussi bien que les programmes scolaires et éducatifs. A titre d’exemple, j’ai eu l’accord d’un bailleur de fonds pour passer une série de dessins animés pour enfants. On a commencé à y œuvrer, d’ailleurs un épisode a été émis au bailleur de fonds qui a exprimé sa satisfaction pour cette bande dessinée. Cette série de bandes dessinées sera prête entre mars et septembre 2016 et va s’appeler « Mechmoum et samsoum et Am Hashoum ». Pour un éducateur qui veut transmettre une information à un enfant présentant une incompréhension ou une inacceptation du message alors il transmet le message à un parent, c’est ce qui se passe dans certains cas et fait inclure le parent à cette éducation à la santé sexuelle.

Quels conseils donnez-vous aux parents et aux enfants à l’issue de la Journée internationale de la santé sexuelle ?

Il est important que pour chaque enfant, les parents lui apprennent son corps.
Nous avons mis en place une méthode simple et ludique qui permet au père ou la mère d’aborder ce sujet avec son enfant. Les parents ne vont pas dire des choses erronées ou des expressions négatives ou dire « haram » ou « hchouma » ou d’autres mots pareils. Un triangle rouge est posé par le parent sur le corps de l’enfant et lui indique que les zones couvertes constituent une région propre à lui, à ses parents et à son intégrité corporelle. Si une personne a osé y toucher à part sa mère ou son père, il faut qu’il en parle à ses parents ou surtout à une personne de confiance de sa famille.

Khedhiri Emna Educatrice et coach en développement humain

Quel est l’intérêt de l’introduction de l’éducation à la santé sexuelle dans les établissements scolaires ?

 

En tant qu’éducatrice, je trouve que c’est une thématique très importante pour faire prendre conscience aux enfants de la valeur de leur corps. En milieu scolaire, ce sujet ne doit pas constituer un tabou. Lorsqu’un élève pose une question sur ce thème, on doit lui répondre sans réserve et sans timidité, pour qu’il soit informé et responsabilisé.

Comment assurez-vous la transmission de ces fondements et ces messages ?

L’apprentissage se fait à travers des exercices en classe, des sorties éducatives, des discussions, des affiches. En tant qu’éducatrice, je m’occupe des enfants. Je leur montre comment entretenir leur corps, comment préserver leur intimité, comment ne laisser personne les toucher, comment assurer un débat et des échanges sur ce thème, que ce soit avec les enfants de leur âge, leurs éducateurs ou bien leurs parents et les membres de leur famille. Nous ciblons le progrès de la Tunisie et l’évolution du système de l’éducation nationale dans les institutions scolaires, publics et privés, de l’école maternelle au lycée.

 

Comment le parent peut-il éduquer son enfant sur la santé sexuelle ?

 

C’est lors de réunion au sien des établissements scolaires que les éducateurs transmettent les informations aux parents et leur apprennent à communiquer et échanger avec leurs enfants.

Ridha Zahrouni président de l’Association tunisienne des parents et des élèves (ATUPE)

Quels sont les objectifs de l’association ATUPE et quel est son rôle dans la promotion de l’éducation de la santé sexuelle ?

L’Association tunisienne des parents et des élèves (ATUPE) est une jeune association. Elle a la caractéristique d’être la seule association qui réunit sous le même cadre réglementaire des adhérents qui sont des parents et leurs enfants. On considère qu’aussi bien l’enfant et le parent sont concernés par le projet de l’association. Notre objectif est de défendre l’intérêt de nos enfants pour un accès à une bonne éducation, un enseignement de qualité, la réussite et l’excellence. Nous allons travailler sur des axes à long terme pour la prospection de la possibilité de l’amélioration du rendement et de la valeur de notre système éducatif national. Nous allons œuvrer sur le travail de proximité des élèves au niveau des établissements scolaires que ce soit des écoles préparatoires et primaires, des collèges et des lycées pour leur fournir l’aide, l’assistance morale et matérielle, les aider peut-être à résoudre certains de leurs problèmes (déficit d’apprentissage, difficultés scolaires permanentes ou temporaires, etc). Nous allons avoir un rôle de défense des droits de l’enfant à l’accès à une bonne éducation et à une bonne qualité de l’enseignement, afin que notre système de d’éducation ne dévie pas de son objectif. Cette école dont les fondements ont été fixés par notre constitution, qui ne doivent jamais être détournés ou manipulés par aucune tendance politique, idéologique, professionnelle, ou autre   Enfin, nous allons avoir un rôle important dans le domaine culturel, en organisant le plus de manifestations possibles avec les ressources financières dont nous disposerons. Ces manifestations seront organisées à l’échelle nationale, régionale et locale et aborderont des thèmes culturels en rapport avec l’éducation et l’enseignement. Dans ce contexte, nous ferons le maximum pour consolider la prise de conscience   des parents et des élèves de la portée de chaque mot et thèmes traités, à titre d’exemple pour la religion, l’éducation physique, nous parlerons également de la responsabilité, de la citoyenneté, en communiquant avec des mots simples et des interventions compréhensibles dans le but de préserver les fondements du système éducatif et de l’enseignement dans les secteurs public et privé.

 

Comment faites-vous connaître votre association au grand public et comment se démarque-t-elle des autres organisations dans le système éducatif ?

 

L’objectif principal de cette association est la défense des droits de l’enfant à l’accessibilité à une éducation de bonne qualité, son droit à un apprentissage alliant la réussite et l’excellence. Nous allons travailler sur quatre thèmes essentiels. Le premier thème engage la réforme du système éducatif et la prospection des horizons de l’amélioration de l’efficacité de l’enseignement dans notre pays. Notre rôle est de proposer des suggestions pertinentes. La seconde dimension est d’être sur le terrain et à proximité des établissements scolaires de l’école maternelle au lycée et soutenir les élèves pour une excellence intellectuelle et culturelle. La troisième dimension est préventive, c’est-à-dire que nous insistons pour que le système éducatif ait des valeurs constitutionnelles et républicaines. La quatrième dimension que je considère comme la plus importante, c’est la partie culturelle. Il s’agit de communiquer autour d’une thématique culturelle à travers des visites d’établissements scolaires et des activités ciblées. Le progrès de ce pays passe par une éducation et un enseignement de bonne qualité. Les pays développés ont évolué grâce aux progrès de leur système éducatif. La culture n’est pas seulement le théâtre, le cinéma, la danse et la musique, il y a plusieurs dimensions dont la culture matérielle et immatérielle. Lorsqu’on évoque aujourd’hui l’éducation à la santé sexuelle, c’est un sujet relatif à la culture. Nous misons sur le dialogue, notre présence et notre proximité auprès des parents, les relations avec les structures similaires, les organisations civiles nationales et internationales. Nous considérons que l’avancée de notre pays est tributaire de citoyens qui aiment leur pays. Celui qui aime son pays, aime ses enfants et la personne qui aime ses enfants, doit être près d’eux, leur assurer l’éducation et l’enseignement de base. Les parents qui travaillent doivent assurer la responsabilité de leurs enfants et ne pas laisser cette responsabilité à d’autres personnes. Le parent doit s’impliquer dans l’éducation de son enfant. Nous œuvrons dans cette association pour constituer « la grande famille de l’éducation et de l’enseignement », qui englobe les élèves, les parents, les éducateurs et les responsables de ce secteur. Nous devons tous être réunis et notre but est fixé dans un projet de société bien déterminé. Notre capital est nos enfants. A chaque fois que nous menons nos enfants vers l’excellence, nous consolidons leur réussite dans le système éducatif et dans tous les domaines de la vie.

 

Quels autres messages adressez-vous aux parents d’élèves à l’occasion de la célébration de la Journée internationale de la santé sexuelle ?

 

Au cours de cette Journée internationale de la santé sexuelle, je pense qu’il faut réellement réaliser que l’éducation sexuelle est essentielle pour l’équilibre et l’épanouissement de la famille, des parents et des enfants. L’éducation sexuelle ne doit pas être traitée comme un thème tabou ou comme faisant partie de l’interdit. Il faut comprendre l’importance de l’éducation à la santé sexuelle et la présenter, l’assimiler et l’appréhender en vivant avec et la communiquer. Par conséquent, il faut chercher l’équilibre, la stabilité de l’enfant et de la famille. En fait, la réussite de l’équilibre familial passe par ce volet sexuel, qu’on le veuille pas. C’est pour cette raison qu’il faut bien maîtriser ce thème en offrant les moyens de communication nécessaires à la sensibilisation, l’éveil et la créativité des enfants. Les enfants en bonne santé aujourd’hui, sont des adultes épanouis servant le pays dans le futur. Il s’agit également dans cette thématique d’assurer la consolidation des rapports entre les générations et la dissémination des valeurs universelles et des sens de la citoyenneté et de la responsabilité aussi bien chez les parents que chez les enfants.