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Facebook une arme à double tranchant ?

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Facebook une arme à double tranchant ?

Les yeux larmoyant braqués sur un écran d’ordinateur, les mains tremblantes pianotant sur le clavier, la quasi totalité des tunisiens étaient connectés à Facebook afin de suivre et de vivre heure par heure des moments historiques, des moments exceptionnels, ceux de la « Révolution du Jasmin ».

par Dorra Meziou

Mais fallait-il pour autant, tout croire, tout voir, tout écouter ? Comment faire la part entre liberté d’expression et propagande ?

Des heures et des heures durant les journées et les nuits de la «Révolution du Jasmin», de nombreuses personnes sont restées cloitrées chez elles à guetter les nouvelles vidéos, nouvelles publications, ou bien encore des nouveaux « statuts », « articles », « photos », témoignages, « causes » … sur Facebook.

Facebook, l’arme d’un peuple désarmé !

Certes, ce moyen de communication formidable qui détruit toute frontière territoriale, toute distance, tout obstacle, toute censure, a rapproché les tunisiens. Les citoyens ont pu s’exprimer, parler de leurs émotions, de leurs craintes, de leurs ambitions. Des manifestants ont pu via leurs séquences vidéo, rapporter preuve à l’appui ce qui se passait dans les rues, dans les quartiers et mêmes dans les maisons. Les vidéos montraient des gens en détresse en souffrance, d’autres furieux et révoltés. On a regardé, le souffle coupé, des images symboliques de jeunes, brandissant très haut le drapeau tunisien et différents slogans, criant leurs revendications.

Plusieurs parmi nous se sont identifiés aux manifestants et se sont sentis fiers plus que jamais de leur appartenance à leur chère patrie. Les commentaires exprimaient sympathie, encouragement, dévouement et fierté. On s’est senti par moment tous unis, tous solidaires pour une même cause, celle de la libération de la Tunisie. Oui, Enfin libres, enfin débarrassés des tyrans et des traîtres !

Nous avons tous pleuré à la vue des nombreuses victimes blessées ou tuées par balles réelles. C’étaient des corps ensanglantés, les plaies ouvertes, des cris de douleurs, de peine, l’horreur !

Les victimes sont à déplorer, Allah Yarhamhoum ! Les blessés sont à plaindre, Rabbi Yechfihoum !

Personne n’a le droit de minimiser le poids de leur sacrifice, ni de marginaliser leur action, mais attention !.

Facebook , l’autre Face…ette ?

On doit rester vigilants face au risque de manipulations. Oui, Facebook a contribué à unir et à diffuser la voix du peuple. Oui, mais Facebook peut aussi détruire ce qu’on a peiné à construire!

Tout facebooker est tenu d’être vigilant. Certaines publications sont truquées, d’autres sont utilisées à des fins inavouables. Certains partis politiques profitent de la situation précaire de la vie sociopolitique pour propager leurs idéologies. Certes, le pluralisme et la liberté d’expression sont la base même de l’instauration de la démocratie, mais, la priorité actuelle absolue pour notre patrie est de se redresser, de faire redémarrer la machine économique et de soutenir les victimes et leurs
familles. L’heure est au travail, et non au discours qui ralentissent, les discours qui mettent les bâtons dans les roues de l’évolution.

Il faut rappeler aussi, qu’avec cet outil extraordinaire de communication, certains ont pu assouvir leur faim de voyeurisme ! Oui, cette curiosité malsaine qui a submergé plusieurs internautes. Certaines vidéos ont juste pour but « d’étaler le linge sale » de ces personnes autrefois adulées. Facebook a permis de diffuser des règlements de comptes personnels. En quoi pourrait-on servir la patrie, si on montrait des scènes de torture ou d’exécution de personnes dites compromises? Et là, je tire la sonnette d’alarme ! Facebook, serait-il devenu un tribunal qui juge, qui condamne et qui exécute ? Ne serait-ce pas une grave descente aux enfers que de crier haine et vengeance au nom de la liberté ?

Attention ! Ne nous substituons pas aux hommes de loi. Laissons-les faire leur travail, et que chacun n’outrepasse pas ses limites et se penche plutôt sur son véritable rôle dans la société, un rôle que nous voulons constructif et non destructif !

Alors chers « facebookeurs » et « facebookeuses », ayez l’oeil critique, mettez-vous en mode actifs et vive la Tunisie !