A la Une

Faux et usage de…fausses crèmes

Publié le
Faux et usage de…fausses crèmes

Les étalages des marchés hebdomadaires, des rues du centre ville ou encore ceux des dédales de la Médina ont toujours proposé des produits cosmétiques aux origines pour le moins douteuses et à des prix plus qu’attractifs. Ces contrefaçons ont circulé dans le pays sans que leurs revendeurs soient particulièrement gênés.

par Hajer Missaoui

Et, dans cette période post révolution, c’est l’explosion : des quantités énormes sont proposées impunément dans les rues de la capitale. Outre l’aspect illégal de ce commerce, c’est le danger qu’il représente qui nous inquiète : que se passe-t-il quand par exemple des crèmes de protection solaire, normalement disponibles uniquement en pharmacie sont vendues de la sorte ? D’où viennent-elles ? Que valent-elles ? Qui se cache derrière ce trafic ? -Beaucoup de questions aux réponses encore trop floues

Le spectacle offert par les rues de notre capitale est vraiment consternant. Tous ces étalages installés de façon anarchique et qui étouffent les commerces de la place, en particulier les pharmacies.

« Made » in Géant

Mais ce qui intrigue plus, c’est les accroches de ces ‘vendeurs (voleurs ?) ambulants’ : marchandises directement arrivées de ‘Géant’… Du coup, c’est à se demander qui blâmer le plus : les receleurs qui ‘travaillent’ en toute impunité ou les passants qui prennent la peine de s’arrêter et d’acheter des produits dont on annonce qu’ils auraient été volés !

Mais à bien y réfléchir, le stock volé de cet hypermarché est-il si important pour que, plusieurs mois après son pillage, on le retrouve encore sur le marché ?Et les produits parapharmaceutiques ? D’où sortent ils ? Est-il possible que les pharmacies vandalisées pendant cette période en possèdent autant alors qu’on n’était pas encore en période estivale ?

Pour vous mettre dans le bain et vous montrer comment il est possible de repérer une contrefaçon, voici l’exemple de la crème de protection solaire d’Avène. Le plus flagrant, c’est bien sur le design du conditionnement qui est totalement différent de la version originale. Mais il y a aussi la description ‘crème écran extrême’ qui ne veut absolument rien dire dans le jargon de la protection solaire. On peut toutefois les remercier du gentil conseil qu’ils nous donnent :

Ne pas exposer les enfants de moins de trois ans’. C’est sur qu’avec un produit pareil, cela risque d’être lourd de conséquences. Pour les laboratoires SVR, la différenciation entre leur produit et celui contrefait est moins évidente. Les fraudeurs ont sorti des copies parfaites des emballages primaires et secondaires. Mais il y a quand même deux petits détails qui font la différence : le tube de la crème protectrice contrefaite se ferme avec un vis et non un bouchon pression, et elle est parfumée alors qu’on est supposé avoir affaire à un produit dermatologique sans parfum, soleil et parfums ne faisant pas bon ménage.

Dégriffage ou contrefaçon ?

En raisonnant un peu, on se rend compte qu’il est peu plausible voire impossible que toutes ces marchandises soient le fruit du racket post révolution. On pourrait se demander aussi si la différence de prix ne serait pas due à la réduction de la marge bénéficiaire pour rendre des produits onéreux accessibles à un public plus large, la révolution étant supposée réduire les différences sociales même dans ce genre de situation. Que penser lorsque les prix affichés ne couvrent même pas leur prix de revient ? On ne parle pas d’une différence de quelques dinars justifiée par rapport à un prix de gros ou entre pharmacie et parfumerie mais de dix à vingt dinars, parfois même plus. Tout porte à croire qu’il s’agit bel et bien de contre façons et non de dégriffage.

Des ‘princeps’ dépassés par les événements

Pour tenter de clarifier les choses, c’est auprès des fournisseurs ‘officiels’ de ces produits que nous avons essayé de trouver des explications. Tous donnent la même réponse : ils n’ont bien sûr aucun lien avec ce commerce parallèle. Les articles offerts sur la place publique ne sortent pas de leurs usines. Etant lésés dans leur intégrité et leur image de marque, plusieurs laboratoires ont même décidé de mener leur propre enquête et de faire analyser ces produits. Et l’un d’entre eux a découvert que sa crème de protection solaire contrefaite ne contenait pas… de filtres solaires. Il s’agit tout simplement d’un mélange de crèmes hydratantes. Rien de toxique ou dangereux en soi certes, mais quelles seront les conséquences d’une exposition solaire avec cette pseudo protection ? Ce qui est le plus déroutant et inquiétant pour eux, c’est que mis à part quelques détails qu’un novice n’est pas en mesure de déceler, comme un bouchon à vis au lieu d’un clapet ou la présence d’un parfum normalement absent de la formulation, la différenciation est difficile et les amalgames nombreux.

Une origine à retrouver en eaux troubles

D’où viennent tous ces produits qui ont réussi à passer (ou dépasser) le contrôle de douanes ? De la contrebande de contrefaçons avec les pays voisins ? Peu crédible comme théorie car dans ce cas les produits ne seraient pas concentrés uniquement sur Tunis et sa banlieue. Lorsque certains ont tenté avant la révolution de tirer au clair cette affaire, on leur a gentiment intimé l’ordre de ne pas s’en mêler. Encore une magouille du clan Ben Ali-Trabelsi ? Quoiqu’il en soit, et indépendamment de qui pourrait être leur importateur, il semblerait qu’il y ait un déstockage de masse (ou peut être un dépôt cambriolé ?) qui fait que nos rues soient inondées par ces produits contrefaits. Même s’il est difficile de les différencier des originaux, leur lieu de vente et leur prix devraient normalement suffire à les dénigrer. Et dernier conseil, n’achetez jamais de produits en dehors d’endroits spécialisés et habilités à le faire, cela vous évitera bien de mauvaises surprises. Notre santé est trop précieuse pour que l’on se permette de prendre des risques inutiles