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Fécondation in vitro enTunisie où en est-on ?

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Fécondation in vitro enTunisie où en est-on ?

La Tunisie a accueilli 1.500 personnes de nationalités diverses lors du Congrès mondial de la fécondation in vitro, qui s’est tenu du 4 au 7 septembre 2013 à Gammarth et organisé sous l’égide de la Société Internationale de la Fécondation In Vitro, en collaboration avec la Société Tunisienne de Gynécologie Obstétrique.

par Chiraz Bouzaeien

Cette manifestation scientifique a été enrichie par l’expérience de ses participants, d’éminents spécialistes venus du Maghreb et d’Europe. Autour des exposés, communications et tables rondes, les spécialistes ont surtout abordé les innovations en technologie de la biologie de la reproduction, le diagnostic de préimplantatoire génétique, la cryopréservation des gamètes, la fertilité, la reproduction et l’épigéntique, ainsi que la maturation ovocytaire in vitro.

Le point avec le Professeur Merdassi Ghaya, agrégée en biologie de la reproduction, Unité de Procréation Médicalement Assistée. Hôpital Aziza Othmana.

FIV en Tunisie, où en est-on ?

La Tunisie était la pionnière de l’AMP (Assistance Médicale à la Procréation) dans les pays du Maghreb. Cette pratique avait commencé en Tunisie en 1986. Depuis l’avènement de l’ICSI (Injection intra cytoplasmique du spermatozoïde ) en 1996 avec la première naissance tunisienne, les techniques d’AMP n’ont cessé de s’élargir avec l’introduction de la technique d’IMSI (Injection intra-cytoplasmique des spermatozoïdes morphologiquement sélectionnés) pour les tératozoospermies sévères et extrêmes (moins de 4 % de spermatozoïdes de forme typique dans le sperme), ainsi que pour les échecs d’implantation. Les techniques de vitrifications embryonnaires ont aussi été adoptées en Tunisie, depuis ces trois dernières années, afin d’améliorer les rendements en termes de transferts d’embryons congelés.

Quelles sont les différentes techniques?

•L’Insémination artificielle (IA) : la technique de premier recours.

Cette technique consiste à déposer des spermatozoïdes à l’intérieur des voies génitales féminines (col de l’utérus ou cavité utérine). Chez l’homme, elle est indiquée en cas de troubles de l’éjaculation ou d’obligation de recourir à la congélation de sperme en raison de traitements stérilisants. Dans le cas d’une femme, elle est indiquée en cas de stérilité cervicale, c’est-à-dire de glaire cervicale non fonctionnelle. En Tunisie, elle n’est réalisée qu’avec le sperme de conjoint (IAC).

•La Fécondation in vitro (FIV)

La FIV consiste à mettre en présence, dans un milieu favorable à leur survie, des spermatozoïdes et des ovocytes en vue d’obtenir une fécondation et le développement d’embryons en dehors de l’organisme. Elle est utilisée en cas d’obstruction, généralement post-infectieuse, des voies génitales de la femme (obturation à l’origine de pathologies entraînant une stérilité totale ou partielle), ou encore en cas de pathologies des gamètes féminins (comme l’endométriose), entraînant des perturbations de l’ovulation. Elle constitue également une voie de recours si la quantité de spermatozoïdes fonctionnels mobiles est insuffisante ou en cas de présence de lésions pouvant empêcher la fécondation ou la remontée dans les voies génitales.

•L’ICSI (Intracytoplasmic Sperm Injection)

la technique de choix en cas de stérilité masculine. L’ICSI consiste à introduire directement un seul spermatozoïde à l’aide d’une micropipette dans chaque ovocyte. Cette technique est utilisée lorsque l’on ne peut recourir à la FIV, l’éjaculat ne contenant aucun spermatozoïde, et lorsque le prélèvement dans l’épididyme ou le testicule est nécessaire.
Deuxième révolution de l’assistance médicale à la procréation, l’ICSI représente un grand apport pour les stérilités masculines majeures et les insuffisances spermatiques sévères. Elle peut être proposée d’emblée ou après échecs répétés d’une FIV standard. Son taux de réussite dépasse aujourd’hui celui de la FIV.

Quels délais entre deux tentatives?

Les délais sont régis par la volonté du couple, ainsi que par ses capacités financières. En effet, un couple peut bénéficier d’une deuxième tentative, au moins, un mois après l’échec de la première tentative

Y a-t-il une prise en charge par la CNAM?

Actuellement, la CNAM rembourse uniquement les médicaments chez les femmes de moins de 40 ans présentant une infertilité primaire. Par ailleurs, la CNAM ne rembourse plus au delà de quatre tentatives. Malheureusement, l’accessibilité à l’AMP est limitée, étant donné que les consultations médicales, les échographies du suivi de la stimulation, les actes de laboratoire (dépistage de maladies infectieuses transmissibles à l’enfant et au conjoint, bilan hormonal préalable, bilan préopératoire, prélèvements bactériologiques, suivi hormonal de la stimulation, fécondation in vitro, injection intracytoplasmique), la consultation de l’anesthésiste, l’ hospitalisation de jour, comprenant la ponction ovocytaire, le transfert d’embryons réalisé, ne sont pas remboursé par la CNAM.

Quel est le taux de réussite ?

Le taux de succès de l’insémination intra- utérine est de 15 à 20%. Quant au taux de succès de la FIV et de l’ICSI, il varie, selon les cas, de 20 à 45%, soit une moyenne de 30% en termes d’obtention de grossesse.

Peut-on imaginer qu’un jour la gestation ne se fasse plus uniquement dans le ventre d’une femme… mais celui d’un homme par exemple ?

Je préfère changer la question parce que la question des femmes porteuses est interdite déjà dans la législation tunisienne. Par contre pas mal de femmes célibataires réclament la congélation de convenance. Si les hommes peuvent préserver leur sperme avant une chimiothérapie par exemple, dans le but d’avoir des enfants une fois guéris, la question de l’autoconservation ovocytaire sans motifs médical (convenance) est de plus en plus posée en Tunisie. En effet, l’autoconservation d’ovocytes constitue un progrès médical car c’est la seule méthode de traitement de l’infertilité réellement efficace à 40 ans et plus. Une réflexion approfondie quant à l’autorisation de conservation d’ovocytes « de convenance » en vue d’une grossesse ultérieure et sans raisons médicales, tout en rappelant qu’il serait indispensable d’informer les femmes sur les risques des grossesses tardives pour la mère et l’enfant, ainsi que sur les chances incertaines de réussite, serait très utile actuellement, surtout avec les mariages tardifs en Tunisie.