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La fureur du tigre

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La fureur du tigre

Cette année, on célèbre l’année du Tigre dans le calendrier chinois. Paradoxal, non ? Lorsqu’on sait que dans la Médecine traditionnelle chinoise (MTC), les os du tigre servent à soigner les rhumatismes ! Et même si le gouvernement chinois a déployé d’importants efforts pour réduire la demande pour les produits dérivés de tigre en supprimant l’os de tigre de la pharmacopée officielle, en éduquant les consommateurs et en identifiant des herbes médicinales plus efficaces et moins coûteuses comme alternative à l’utilisation de l’os de tigre, le trafic continue, l’espèce menacée se réduit à une peau de tigre…

par Samantha Ben-Rehouma

En 1969, le tigre fut inscrit sur la liste rouge des espèces menacées. Quand le gouvernement indien prit enfin conscience de l’ampleur de la catastrophe, il ne restait plus alors que 1.800 tigres recensés à l’état naturel. Chasse et commerce de tigre furent immédiatement interdits et une cellule de crise, la Tiger Task Force (TTF) fut instituée, avec pour mission de créer un réseau de réserves naturelles.

Un « géno-tigre » sans précédent

Le rapide déclin du tigre s’explique aisément. Une fois de plus, l’homme et ses appétits de domination, inconscience et cette perversité permanente qui le pousse à massacrer pour son seul plaisir, pouvait être montré du doigt et placé au banc des accusés. L’homme toujours et encore, qui ne voit ni la beauté du tigre, ni son droit à la vie. La première cause de raréfaction du tigre fut le déboisement. Là où l’homme supprime les arbres pour s’installer et cultiver, il déplace les populations animales, puisqu’il les prive de leur biotope habituel. Le tigre n’y a pas échappé ! Malgré sa très grande faculté d’adaptation aux climats les plus divers (on le rencontre aussi bien dans la forêt de sapins sibérienne par –40°, que dans les jungles équatoriales de Malaisie), il ne peut survivre en zone déboisée. Il a besoin de cachettes, d’endroits couverts pour chasser et mettre bas notamment. Les conditions nécessaires à son existence n’étant plus réunies, le tigre abandonne la place. Ajoutez à cela la crainte qu’il inspire aux populations qui viennent s’installer sur son aire, provoquant l’instauration de primes pour sa destruction, et vous comprendrez facilement que le félin le plus puissant ne puisse résister longtemps.

La médecine pour excuse

Dans la pharmacologie chinoise, tout est bon chez le tigre : sang, graisse, yeux mais aussi dents ou abats, qui guérissent de tous les maux… Et, en dépit des efforts menés par le gouvernement chinois pour conserver les tigres, les dirigeants des fermes d’élevage tentent de faire passer leurs exploitations pour des initiatives propices à la “conservation” et “la santé humaine”, alors qu’en réalité ils élèvent des tigres de façon intensive pour stocker leurs carcasses, stimuler la demande en fabriquant et en vendant du tonique à base d’os de tigre. Si le braconnage demeure incontrôlé et aussi débridé qu’il l‘est depuis une dizaine d’années, le tigre sauvage, tel que nous l’avons connu, ne verra probablement pas le IIIème millénaire !

Le boycott pour riposte

Il n’est peut-être pas encore trop tard ! A travers le monde, des milliers de gens se mobilisent pour que l’un des plus beaux animaux de la création, puisse vivre comme il le fait depuis 3 millions d’années.

Une date pour agir

Autant dire que les tunisiens et plus précisément les petits, se rappelleront du samedi 2 octobre 2010 ! Quelle lumineuse idée a eu Hédia Baccar (IFAW) de prendre pour cadre le centre commercial de Carrefour pour y installer un stand dédié au tigre, avec pour décor la jungle, pour peu, on se serait cru au Bengale ! Distribution de casquettes, teeshirt, concours de dessins, rugissements à la pelle au son du crépitement des flashs, mini-manifestation (mini par le parcours mais grande par son message !)…Bref, vous l’aurez compris, tous les éléments (lieu, ambiance, jeux, pétition pour la protection du tigre) étaient réunis pour réussir cette opération ludique mais ô combien instructrice par le message qu’elle véhicule ! Nos enfants peuvent être fiers d’avoir mis la main à la « patte » en participant massivement à ce rassemblement ! Repartis avec un petit tigre en peluche, gageons qu’ils se souviendront longtemps de ce bel après-midi où, durant quelques heures, ils sont devenus tigres.

Une pensée pour Kipling

La fin du tigre sonnera à coup sûr le glas de l’Asie sauvage tant admirée dans les films, livres,… et signera sans doute le début de notre indigence spirituelle. A ce sujet, rappelons qu’à elle seule, l’Inde considérée comme un sous-continent avec la richesse de sa faune, la beauté de ses paysages, la puissance de sa culture, la magnificence de ses palais, ses savanes sèches et arides aux montagnes les plus hautes du monde, est le territoire du tigre. Alors pour que dans les forêts du livre de la jungle, le règne de Shere Khan continue… sauvons les tigres !