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Le gel de silicone qui fait tache !

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Le gel de silicone qui fait tache !

Dans la salle d’attente du praticien, il y a une dizaine de femmes. J’engage la conversation avec une très jeune femme. Elle vient de se faire retirer des implants mammaires. Elle a été contactée par le Dr Moncef Guigua, comme les 250 patientes à qui il a posé les désormais tristement célèbres prothèses mammaires PIP. Elle n’a pas l’intention de mettre d’autres implants, du moins pour le moment, parce que même si le Dr Guigua a décidé de ne pas toucher d’honoraires, il faut quand même payer pour les nouvelles prothèses.
La secrétaire m’a expliqué qu’elle avait épluché tous les dossiers des patientes depuis 2005, date à laquelle le premier implant PIP avait été posé par le Dr Guigua, plus précisément le 28 novembre 2005. Elle a pris contact avec toutes les personnes concernées, ce qui n’a pas toujours été facile, en cinq ans, beaucoup avaient changé d’adresse et de numéro de téléphone, surtout que certaines d’entre elles ne vivent pas en Tunisie. Ce qui a facilité sa tâche, c’est que la majorité des femmes l’ont contactée spontanément dès qu’elles ont appris la nouvelle.
Le Dr Guigua me reçoit avec un grand sourire. On se sent tout de suite en confiance avec lui. Il commence par me montrer des prothèses mammaires. Je prends la première dans ma main et j’essaie de tirer sur l’enveloppe qui entoure le gel mais c’est impossible, on ne peut pas dissocier la poche du gel, c’est totalement homogène. La deuxième par contre, est différente. En tirant sur la poche, on voit nettement le gel se détacher. Le Dr Guigua m’explique alors que quand le gel n’est pas bio-compatible, il n’adhère pas à la poche, s’ensuit une formation de bulles d’air qui vont être à l’origine de points de fragilité. Ces points de fragilité vont à un moment causer une rupture de la poche et une fuite du gel. Ce genre de prothèse a 7 fois plus de chances de se rompre qu’une autre prothèse. Quand le gel est libéré dans le corps, il cause des inflammations locales et des allergies importantes, mais pour le moment, aucune recherche n’a encore établi formellement le lien avec l’apparition d’un cancer.
Le praticien m’explique, qu’en médecine, en cas de doute, même minime, il faut explanter. C’est pour cela qu’il conseille à toutes les femmes porteuses d’implants PIP de se faire explanter. Mais il ne faut pas paniquer non plus, cela n’engage pas le pronostic vital. Pour sa part, tous les implants qu’il a retiré jusqu’à maintenant étaient intacts. Les ruptures restent quand même une minorité. Les dernières recommandations sanitaires sont soit d’explanter, soit d’effectuer un contrôle tous les six mois avec une mammographie qui reste indispensable.