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Homéopathie et cancérologie : Duo gagnant

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Homéopathie et cancérologie : Duo gagnant

Docteur Jean Lionel Bagot était déjà venu, il y a trois ans avant la révolution, à Tunis pour un congrès de cancérologie et il était très heureux de retrouver son ami Pr Slim Ben Ahmed, spécialiste en onco-génétique clinique au CHU Farhat Hached de Sousse, qui organisait en partenariat avec l’Association de recherche et d’information sur le cancer du Centre tunisien le XIIIème séminaire de cancérologie. Etant médecin homéopathe, Dr Bagot a, bien entendu, parlé de l’homéopathie en oncologie.

par Jaouida Ben Aouali

Il n’existe aucune étude scientifique sur l’utilisation de l’homéopathie en cancérologie et c’est à partir de son expérience, qui concerne environ 4.000 consultations par an de soins de support en cancérologie, que Dr Bagot partage ses connaissances sur le sujet.

« L’homéopathie n’est, en aucun cas, un traitement du cancer mais peut faire beaucoup de choses : elle aide les patients à rester en forme et à mieux supporter les traitements. » commence-t-il. Voici donc, à travers son regard, la grande aventure de l’homéopathie en cancérologie avec les différents types de traitement du cancer, à savoir la chirurgie, la chimiothérapie, la radiothérapie, les thérapies ciblées, etc.

Les soins de support font partie des traitements du cancer, ils ont été relancés en France au début de ce siècle grâce au plan cancer où l’on s’est intéressé, pour la première fois, aux intérêts du malade, en soignant sa maladie tout en le soutenant. C’est ainsi que la notion de traitement complémentaire, de soutien, est apparue, afin d’accompagner au mieux les patients dans leur maladie, qui peut durer longtemps.

L’homéopathie en cancérologie concerne un patient sur cinq, selon la toute dernière étude liée à euro-cancer et qui a débuté il y a deux ans à Paris. C’est-à-dire qu’un patient sur cinq utilise de l’homéopathie pour prendre en charge les effets secondaires de son cancer et des traitements de sa maladie ; ceci afin d’éliminer les effets secondaires et améliorer l’observance quant à un traitement qui, accompagné d’un soin de soutien bien mené, permet d’aller jusqu’au bout du projet thérapeutique et, dans certaines situations, ceci est extrêmement important, voire parfois vital. De plus, un patient qui va se prendre en charge et aller consulter s’inscrit dans une dynamique volontaire d’action pour sa propre santé : il est acteur de sa santé et non plus un malade passif qui subit sa maladie avec inertie et Dr Bagot d’ajouter : « Je dis souvent à mes patients qu’ils ne sont pas coupables de leur cancer mais peuvent être acteurs de leur guérison ». On sait également, ce qu’il faut expliquer au patient, que les effets secondaires n’ont rien à voir avec les effets du traitement et que plus une chimiothérapie est bien tolérée, plus les résultats sont intéressants.

« Certains de mes patients, qui vont très bien, sont parfois inquiets parce qu’ils ne vomissent pas, parce qu’ils ne vivent pas retirés des autres, ils se demandent si le traitement agit bien sur leur santé. »
Petit retour sur le sens et le rôle de l’homéopathie : c’est un terme qui vient du grec homeos (semblable) et pathos (maladie), c’est-à-dire « la même maladie », le principe de base de l’homéopathie étant la loi de similitude. C’est ce principe de similitude qui régit toute l’homéopathie, ainsi Nux Vomica ou noix vomique permet de soulager les nausées des patients suivant un traitement en chimiothérapie. Le produit homéopathique est inscrit dans la pharmacopée française depuis 1965, il est prescrit en tant que médicament et est même remboursé par la sécurité sociale. Le coût d’un tel médicament est de 3 dinars le tube, ce qui correspond à quatorze jours de traitement ; on est assez loin des thérapies ciblées dont l’objectif est différent, l’homéopathie ne visant pas le traitement du cancer mais à améliorer l’état général des gens. Les prix sont donc nettement réduits et sont pris en charge à 100% en France dans le cadre des affections de longue durée.

Les effets du traitement homéopathique

• La fatigue
C’est le trouble dont souffrent le plus les patients qui soignent un cancer.
A ce niveau, une fois l’anémie corrigée, les moyens d’action sont peu nombreux en médecine conventionnelle. En homéopathie il existe un certain nombre de médicaments qui agissent bien sur la fatigue et qui en améliorent les symptômes.

• La douleur

Elle est très forte dans les cas de cancer et seule la morphine permet de la soulager. L’homéopathie traite les effets secondaires de la morphine, comme la constipation ou les nausées.

• La tristesse
C’est un symptôme très courant chez plus de la moitié des patients atteints d’un cancer, il nécessite une prise en charge psychologique importante et les médicaments en homéopathie sont alors très utiles quand on ne peut pas utiliser les antidépresseurs.

• Les nausées
Beaucoup moins de nausées maintenant grâce aux nouvelles générations d’antiémétiques.

L’homéopathie est-elle efficace ?

L’utilisation de l’homéopathie en cancérologie auprès de 243 patients en chimiothérapie montre que l’homéopathie est la médecine complémentaire la plus utilisée, avant la phytothérapie ou les conseils diététiques. C’est surtout sur le plan de l’état général que les patients se sont dits améliorés, avec 97% d’entre eux qui se sont sentis mieux avec des traitements de médecine complémentaire et d’homéopathie, et moins fatigués.

Y a-t-il des risques à utiliser le traitement homéopathique ?

L’homéopathie n’a pas d’interaction avec les traitements, ni interruption de traitement anticancéreux, permettant au contraire aux patients d’aller jusqu’au bout de leur traitement. L’homéopathie est sans danger et sans réactions indésirables. Alors, qu’est-ce qui inquiète dans l’homéopathie ? C’est le vocable de « médecine alternative » dans le traitement du cancer qui dérange, un terme jugé inapproprié car, en cancérologie, il ne peut exister de médecine alternative mais plutôt complémentaire. Le danger réside dans l’éventualité d’un malentendu de la part de certains médecins et des patients sur la recherche d’autres traitements que la chimiothérapie, que la chirurgie, que les thérapies ciblées ou que la radiothérapie.

Quelle procédure, en cancérologie, avec l’homéopathie ?

C’est un traitement assez individualisé puisque l’on soigne généralement le patient plus que les symptômes. On commence d’abord par écouter le patient raconter sa maladie, on l’examine, il est important de le toucher, et ensuite on prescrit les médicaments.

A quel moment de la consultation utilise-t-on l’homéopathie ?

C’est, en fait, dès le début de la maladie. En effet, le patient est inquiet, il est animé d’un sentiment de culpabilité : « Pourquoi moi ? » se demande-t-il ? Pour chaque situation émotionnelle, il existe certains médicaments homéopathiques correspondants. Suivant la réaction de chacun à l’annonce de la maladie, indignation, colère, angoisse, des médicaments homéopathiques seront prescrits.

•Pendant la chirurgie, certains médicaments seront pratiques parce qu’ils vont favoriser la cicatrisation, lutter contre les hématomes lors des macro-biopsies du sein.

•Concernant la chimiothérapie, il est important de bien connaître le type de traitement qui sera utilisé, d’en connaître les effets secondaires de façon à les anticiper.

•Pour ce qui est des thérapeutiques ciblées, on en attend beaucoup et dès qu’un nouveau traitement est commercialisé on l’applique car on est dans une situation où il n’y a pas beaucoup de produits à prescrire et on en découvre en même temps les effets secondaires. Ceux-ci sont parfois tellement importants qu’ils nécessitent l’arrêt du traitement, c’est une situation catastrophique. On peut donc poursuivre son traitement anti-cancéreux avec l’homéopathie et aboutir à une rémission complète, ce qui était inimaginable il y a à peine cinq ans.

•Avec la radiothérapie, les effets secondaires sont de moins en moins fréquents grâce aux nouvelles techniques, néanmoins il y en a toujours, et l’on peut les diminuer avec la pommade au calendula ; les irritations locales disparaissent.

•Dans les soins palliatifs, un cas typique de cancer ORL a été traité par chimiothérapie concomitante, avec sècheresse buccale et surtout désintérêt total du patient quant à son sort, à qui Dr Bagot a prescrit Hydrastis Canadensis, à cause des glaires et parce que c’est un médicament que l’on prescrit aux personnes qui se désintéressent de la vie. Par rapport à l’hypersalivation, il prescrit Mercurius Dulcis et les résultats sont rapidement satisfaisants.

Bien qu’il n’y ait, à ce jour, aucune connaissance des récepteurs de l’homéopathie, celle-ci est une médecine complémentaire qui n’a pas d’interaction médicamenteuse. C’est un traitement peu coûteux et qui concerne un patient atteint du cancer sur cinq en France. Il faut espérer que sa pratique s’étendra davantage chez nous car elle permet d’aller jusqu’au bout du traitement (chimiothérapie, radiothérapie, etc.), s’agissant des malades du cancer.

L’avis du spécialiste Dr Jean Lionel Bagot

Quelle part occupent les femmes atteintes du cancer du sein dans les traitements homéopathiques ?

Elles sont beaucoup plus nombreuses que les hommes à venir consulter. L’étude que nous avions réalisée à Strasbourg en 2005 a confirmé cette impression. Elles ont autant le souci de conserver une apparence digne et agréable que le besoin de trouver du soutien dans cette épreuve. C’est ainsi qu’au Canada, 82% des patientes atteintes de cancer du sein ont recours aux médecines complémentaires !

Lors d’un colloque organisé par l’ONFP (Office national de la famille et de la population) traitant du dépistage précoce du cancer du sein, il a été question de l’impact négatif de cette maladie sur la vie du couple. Avez-vous eu à traiter des patientes également par rapport à une souffrance affective ?

Il nous arrive effectivement d’entendre ce que le « mâle a dit » ! Les femmes sont atteintes de plus en plus jeunes du cancer du sein et les couples ne sont pas préparés à une telle situation. L’irruption brutale de la maladie provoque un véritable séisme. « Eros » et « Thanatos» se croisent brutalement et, si la plupart soutiennent efficacement leur épouse, certains maris craquent et quittent le foyer conjugal par incapacité à faire face à la maladie et à la mort. Cependant, certains soutiennent admirablement bien leurs épouses et viennent avec elles aux consultations. Certains gestes de tendresse et d’affection sont alors bouleversants. L’homéopathie permet au conjoint de s’impliquer dans les traitements en préparant les médicaments et en les donnant à son épouse lorsque celle-ci est en souffrance. Quant à la question de la sexualité, elle ne doit pas être taboue. Il faut l’aborder librement avec le couple en permettant à chacun de s’exprimer sur ses craintes et ses difficultés.

Vous semblez dire que l’homéopathie accorde une grande importance à la relation thérapeutique et au dialogue, favorisant l’intimité entre le malade et son thérapeute. Est-ce pour cela qu’elle est perçue à la fois comme un soutien à la fois relationnel, psychologique et actionnel à un moment où le malade est particulièrement fragile ?

L’interrogatoire homéopathique a ceci de particulier qu’il s’intéresse à toutes les modalités réactionnelles du patient sur le plan psychique comme sur le plan organique. L’expression spontanée des symptômes par le patient a beaucoup de valeur et est indispensable pour le choix du médicament « simillimum », c’est-à-dire le plus homeo (semblable), pathique (souffrance). Le patient qui décide de venir consulter un homéopathe est invité à se laisser tout dire… et moi à tout entendre !