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Homéopathie et cancer du sein

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Homéopathie et cancer du sein

Jean-Lionel Bagot, médecin homéopathe, est venu en Tunisie à deux reprises pour participer à des séminaires de cancérologie en 2008 et en avril 2013.

par Jaouida Ben Aouali

Médecin homéopathe, spécialisé dans les soins d’accompagnement en cancérologie et diplômé de carcinologie clinique, Jean-Lionel Bagot crée en 2006, la première consultation en soins de support dans un service de sénologie (étude du sein normal et pathologique). Maître de stage des universités, chargé de cours à la Faculté de pharmacie, il est responsable du Diplôme Universitaire d’homéopathie de Strasbourg. Il exerce en cabinet libéral, au centre anticancéreux de Strasbourg Oncologie Libérale à la clinique Sainte-Anne et dans le service de soins palliatifs de la clinique de la Toussaint.

L’homéopathie fait partie de la grande famille des médecines complémentaires et, à ce titre, elle ne prétend nullement soigner les cancers, a fortiori le cancer du sein. Cependant, et dans le cadre des soins d’accompagnement, elle intervient dans l’amélioration de l’état général de la patiente et la diminution des effets secondaires des traitements comme la chimiothérapie ou autre.

La première rencontre

Selon le docteur Bagot, c’est par ouï-dire que les femmes viennent à l’homéopathie. Elles parlent entre elles, se soutiennent les unes les autres et partagent volontiers conseils et bonnes adresses. Le personnel paramédical apporte également sa contribution, soucieux d’augmenter leurs chances dans la voie de la guérison. Ainsi, dans sa pratique, ce médecin constate qu’un conseil, venant de différentes personnes à la fois, conduit les patientes à prendre rendez-vous avec lui. Il faut savoir que plus de la moitié des patientes n’ont alors encore jamais eu recours à l’homéopathie ! Les femmes qui y recourent font de cette démarche un choix et une prise de décision positive contre leur maladie, puisqu’elles ne sont plus dans la passivité et qu’au contraire, elles se prennent en main, elles sont actrices de leur combat contre le cancer.

Lors de cette première consultation, l’anamnèse médicale ou l’« histoire de la maladie » est très importante car elle donne la possibilité à la patiente de raconter son histoire, de la récapituler, de la remémorer. Ce récit, mélangeant aux considérations médicales le vécu intime de la patiente, est le fondement de la relation thérapeutique et le début d’une appropriation psychique de la maladie pour la personne atteinte.

La recherche de la cause ayant déclenché le cancer du sein plane souvent sur la consultation et l’espace de parole ainsi offert donne l’occasion de trouver du sens à la maladie, de se l’approprier pour mieux l’apprivoiser et la combattre. Suite à quoi un examen clinique est pratiqué, accompagné d’une étude des examens complémentaires et d’une prescription de médicaments comme pour toute autre consultation médicale.

L’homéopathie,un bien nécessaire

La nécessité des différents traitements n’est plus à prouver puisqu’ils permettent de guérir près des trois quarts des patientes. Cela mérite d’autant plus un traitement de support efficace ! Une prise en charge homéopathique de qualité saura apporter le soutien nécessaire à la traversée de cette épreuve. D’autant qu’il s’agit d’un traitement complémentaire, sans effets secondaires, sans interaction médicamenteuse avec les autres traitements du cancer, et qui tend à améliorer la qualité de vie de la patiente.

Or qui dit chimiothérapie, radiothérapie… dit symptômes physiques et palpables comme les nausées ou la chute des cheveux. Les soins de support font partie des traitements du cancer, ils ont été relancés en France au début de ce siècle grâce au plan cancer où l’on s’est intéressé, pour la première fois, aux intérêts du malade, en soignant sa maladie tout en le soutenant. C’est ainsi que la notion de traitement complémentaire, de soutien, est apparue, afin d’accompagner au mieux les patientes dans leur maladie, qui peut durer longtemps. Ceci afin d’éliminer les effets secondaires et améliorer l’observance quant à un traitement qui, accompagné d’un soin de soutien bien mené, permet d’aller jusqu’au bout du projet thérapeutique et, dans certaines situations, ceci est extrêmement important, voire parfois vital.

Les effets du traitement homéopathique

• La fatigue

c’est le trouble dont souffrent le plus les patientes qui soignent un cancer. A ce niveau, une fois l’anémie corrigée, les moyens d’action sont peu nombreux en médecine conventionnelle. En homéopathie il existe un certain nombre de médicaments qui agissent bien sur la fatigue et qui en améliorent les symptômes.

• La douleur

elle est très forte dans les cas de cancer et seule la morphine permet de la soulager. L’homéopathie traite les effets secondaires de la morphine, comme la constipation ou les nausées.

• La tristesse

c’est un symptôme très courant chez plus de la moitié des patientes atteintes du cancer, il nécessite une prise en charge psychologique importante et les médicaments en homéopathie sont alors très utiles quand on ne peut pas utiliser les antidépresseurs.

• Les nausées

beaucoup moins de nausées maintenant grâce aux nouvelles générations d’antiémétiques (médicaments utilisés contre les nausées et les vomissements).

L’homéopathie a sa place à tous les moments de la maladie, de l’annonce à la guérison, à chaque étape des traitements.

Au début, le traitement homéopathique viendra soutenir le psychisme pour faire face au traumatisme du diagnostic. Au moment de la biopsie on cherchera à prévenir un hématome, au détour de la chirurgie à favoriser la cicatrisation et mieux tolérer l’anesthésie générale, pendant la radiothérapie à prévenir les rougeurs cutanées, durant l’hormonothérapie à lutter contre les bouffées de chaleur et les douleurs articulaires. Mais c’est surtout lors de la chimiothérapie que l’homéopathie trouve toute sa place, que ce soit pour lutter contre les nausées, les céphalées et la fatigue du protocole FEC (association de plusieurs médicaments de chimiothérapie), les troubles des ongles et de la peau, les douleurs musculaires et la baisse de la formule sanguine, les fourmillements des extrémités, les fissures des doigts, liés aux traitements, ou encore pour soutenir la fonction cardiaque.

Et le couple dans tout cela ?

Les femmes sont atteintes de plus en plus jeunes du cancer du sein et les couples ne sont évidemment pas préparés à une telle situation. L’irruption brutale de la maladie provoque un véritable séisme. « Eros » et « Thanatos » s’entrechoquent. Parfois un mari peut craquer, voire quitter le foyer conjugal. Cependant, certains d’entre eux soutiennent admirablement bien leur épouse et se rendent avec elle en consultation chez le médecin homéopathe qu’est le Dr Bagot. L’homéopathie permet au conjoint de s’impliquer dans les traitements en préparant les médicaments et en les donnant à son épouse.

Quant à la question de la sexualité, elle ne doit pas être taboue. Il faut que le médecin l’aborde librement avec le couple en permettant à chacun de s’exprimer sur ses craintes et ses difficultés et qu’il propose une prise en charge psycho-comportementale si nécessaire.

L’avis du spécialiste : Dr Hassène Derbel médecin homéopathe à Sfax

Est-ce que l’homéopathie, en tant que soin de support en oncologie, est couramment pratiquée en Tunisie ?

L’homéopathie est bien connue dans l’état actuel des choses en Tunisie, cependant sa prescription, en tant quez soin de support en carcinologie n’est pas vraiment mise en relief.

Avez-vous reçu, lors de vos consultations, une ou des patientes demandant à recevoir un traitement homéopathique concernant les effets secondaires de la chimiothérapie ?

Pour ma part, et en tant que médecin homéopathe, je reçois deux à trois patients par mois dans ma propre consultation carcinologique, lesquels demandent la prescription de médicaments homéopathiques pour soulager les symptômes dus aux effets secondaires des traitements conventionnels. Les résultats me paraissent satisfaisants, même si beaucoup de travail reste à faire.
Y a-t-il, de la part du personnel soignant dans les centres hospitaliers, une action de sensibilisation et d’information concernant le traitement par l’homéopathie des effets secondaires de la chimiothérapie ?

Certains amis médecins carcinologues en ville commencent à me poser quelques questions et à m’envoyer des patients. Quant au milieu hospitalier, je pense que l’information n’est pas encore parvenue. Pour cela, il faudrait former le personnel soignant.