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Hôpital Fattouma Bourguiba Monastir

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Hôpital Fattouma Bourguiba Monastir

Monastir, deuxième grande ville du sahel. Ici, la révolution est arrivée à pas de géant, tel un ras de marée. Malgré le fait que les villes du sahel soient considérées comme « favorisées », la population ici n’a pu s’empêcher de sortir crier sa colère et sa solidarité envers les martyrs tués par balles. Et, comme partout ailleurs, ces manifestations ont engendré morts et blessés, sans compter l’incendie de la prison de Monastir, qui a provoqué un nombre considérable de blessés. Le point avec le Dr Samir Nouira.

par Ines Mnasser

Dr Samir Nouira chef de service des urgences :« Débordés par le carnage de la prison de Monastir »

❖ Comment avez-vous vécu les deux jours les plus critiques de la révolution ?

Quittant ma maison, en route vers l’hôpital, j’avais l’impression de vivre un film western, les coups de feu arrivaient de partout. Des tirs à bout portant, des rues quasi désertes… J’étais complètement terrorisé et me demandais comment maîtriser ces sentiments d’angoisse, d’insécurité, d’incertitude, la perte de tout contrôle. En tant que médecin urgentiste, je me devais en même temps de garder mon sang froid et la tête sur les épaules pour accomplir ce devoir sacré qui nous incombe: sauver des vies humaines. Cependant, même les conditions n’étaient pas idéales. Nous avons vécu un manque total de sécurité avec l’absence du moindre policier

et de la sécurité de l’hôpital qui a également déserté. A tel point que j’ai dû appeler la radio locale pour demander de l’aide. En début de matinée, nous avons reçu une grand nombre de blessés par balles. Leur nombre ne cessait de grimper, à tel point que nous avions été obligés d’évacuer des lits qui étaient occupés par des malades chroniques. Ce qui est merveilleux c’est la vague de solidarité au sein de l’hôpital: tout le personnel s’est senti investi d’un devoir et a prêté main forte pour servir de renfort, tout le monde était prêt à rendre service avec pour seule devise « rapidité et efficacité ».

❖ Qu’en est-il de l’incendie de la prison de Monastir ?

Parlons plutôt de carnage. Celui de la prison de Monastir a engendré un afflux massif de grands brûlés, voire de personnes décédées. On a été obligés d’avoir recours au « plan blanc », celui des grandes catastrophes. Malgré tout, sur le plan médical, on a pu surpasser toutes les difficultés imaginables. Le plus dur a été de faire face aux parents des victimes qui venaient par dizaines, bloquant les couloirs criant, demandant des nouvelles des leurs « encore en vie ? « mort ? », « en fuite ? » Bloquant et paralysant presque notre activité, à un moment où chaque minute comptait.

❖ Et aujourd’hui…

Malgré tout ces moments difficiles, le stress, la peur, l’angoisse, aujourd’hui on respire, la liberté, la dignité… Personnellement, durant ces vingt ans, je n’ai jamais voté pour qui que ce soit, cette année je le ferai dignement et la tête haute.