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›› Hôpital de la Rabta Une course sans répit contre la mort

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›› Hôpital de la Rabta Une course sans répit contre la mort

Bravo à la Tunisie qui écrit sa propre histoire. Bravo au peuple et à la jeunesse qui ont concrétisé le rêve de tout citoyen tunisien, celui de la liberté. Bravo à nos héros qui se sont sacrifiés, qui ont donné leur vies pour la liberté, mais encore Bravo au corps médical, aux médecins, et aidessoignants qui étaient au premier rang pour affronter l’état de choc, secourir les blessés et sauver leurs vies. A la Rabta, comme dans tous les hôpitaux de la Tunisie, les équipes se sont mobilisées afin de faire face à ces journées de crise !

par Dorra Meziou

«C’était une vraie lutte contre la mort » déclare Pr Montasser Kacem, Chef de service chirurgie générale à l’hôpital La Rabta Tunis en décrivant les journées du Jeudi 13 au Dimanche 16 Janvier 2011. « Le nombre de blessés par balles était impressionnant! On a dû renforcer l’équipe. On assurait une permanence d’un assistant en chirurgie, trois résidents et trois internes avec un professeur ou agrégé prêt à intervenir à tout moment ».

L’hôpital La Rabta a compté plusieurs blessés par balles, dont dix opérés et un décès. « Nombre de ces blessures étaient graves. C’était des balles reçues au thorax ou à l’abdomen » ajoute Pr Kacem. Les soins assurés 24h/24 nécessitait une organisation et une vigilance exceptionnelles. Déjà dès le début de la journée, toute l’équipe était là prête à accueillir les blessés. La programmation des interventions était consacrée aux urgences, donc pas d’opérations dites «à froid», celles qui peuvent attendre. D’après Pr Kacem, le service de chirurgie n’a manqué de rien, ni de personnel, ni de médicaments, ni d’équipements, ni même de sang. Les efforts étaient conjugués afin de sauver les vies des patients. « Nous n’avons pas fait de miracle, nous avons juste assumé nos responsabilités et nous avons accompli notre devoir en tant que médecins et en tant que citoyens », affirme-t-il modestement.

Dr Wael Rebai, assistant en chirurgie au même service souligne que la journée du Jeudi 13 était la journée la plus difficile de toute la période de crise. « On recevait des blessés par balles toutes les vingt minutes ! C’était une situation inhabituelle ; On était sous l’effet de la surprise au début mais on s’est vite ressaisi et on a pris en charge les patients.» Dr Sameh Zeghab, résidente en chirurgie ajoute que la coordination de toute l’équipe médicale était nécessaire pour affronter la situation. Quant au Dr Firas Arnaout, médecin interne, il affirme avoir vécu des moments forts qui l’ont marqué. Il avait encore les larmes aux yeux en évoquant la journée émouvante du Jeudi, surtout quand il a vu un adolescent d’à peine quatorze ou quinze ans souffrir d’une blessure grave par balles. « Ce qui nous compliquait la tâche, c’était l’affolement et l’état de choc dans lesquels étaient les blessés eux-mêmes et leur familles ». Une prise en charge psychologique était nécessaire tant aux patients qu’à leurs proches. Certains blessés étaient pris de panique, désorientés et complètement terrorisés. D’autres ne se rappellent plus de rien. L’équipe a réussi à ramener le calme aux esprits et à rassurer les familles ! L’accomplissement de la mission de l’équipe médicale s’est fait avec une grande motivation et un élan de solidarité hors pair ! Pr Montasser Kacem évoque avec fierté le travail de toute son équipe et félicite par ailleurs tout le personnel paramédical qui les a accompagnés et assistés lors des opérations de secours. Et nous, nous ne pouvons qu’applaudir leur courage et leur dévouement et encore bravo ! ■

Ramzi Ziddini, 29 ans, commerçant

« Je discutais avec un ami, quand j’ai reçu une balle dans le dos »

 

« Ca s’est passé le jeudi à 18h30, j’étais devant un café à Sidi Hassine avec un ami. On discutait quand, subitement, je reçois une balle dans le dos. Un tireur caché visait les gens pour les tuer. C’était très rapide. Je me rappelle seulement que j’ai ressenti une douleur aigue et quelque chose de chaud : mon sang commençait à couler. Mon frère est venu me secourir et voulait m’emmener avec son camion OM vers les urgences.

Mais il a été ralenti par l’intensification des coups de feu. Ensuite, blessé au visage par une bombe lacrymogène, il a enfin réussi à m’emmener à la Rabta. Une fois arrivé, j’ai été pris en charge rapidement. On a pris soin de moi comme il se doit. Je tiens à remercier l’équipe intervenante ! »

Ezzine Jemaa, 26 ans, commerçant « Il avait déjà tué mon cousin ! »

« J’ai fermé le magasin dans lequel je tiens un commerce et j’étais au milieu de la rue, quand je reçois une balle dans le ventre. Le coupable, je l’ai reconnu, c’était un ancien policier qui nous guettait sur les toits des maisons. Il avait déjà tué mon cousin ! Deux jeunes gens que je ne connais pas sont accourus pour me conduire aux urgences de la Rabta. L’équipe médicale nous a accordé la priorité, nous les blessés par balles, alors on s’est vite occupé de moi. Plusieurs de mes organes ont été touchés. Mais Dieu merci, je me remets progressivement. »

 

Majdeddine Khemiri, 19 ans, lycéen « Je suis un vrai miraculé ! »

« J’ai été atteint le vendredi, j’étais dans la rue ce jour là, dans mon quartier Mellassine. On était aveuglé par les gaz qui émanaient des bombes lacrymogènes. Je l’avais vu. C’était un sniper en uniforme noir qui nous visait. Une balle a traversé mon corps. Elle est entrée sur le côté et ressortie de mon thorax! Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait, mais j’étais resté conscient. Des amis sont venus à mon secours et m’ont emmené à toute vitesse dans une voiture. Aux urgences de la Rabta, j’ai subi une intervention chirurgicale très lourde. Ils ont fait du bon travail. Ils m’ont sauvé la vie et je réalise maintenant que je suis un vrai miraculé ! »

 

Noureddine Nahdi, 25 ans« Le policier m’a suivi pour m’achever »

« Le jeudi soir, après le discours présidentiel, je suis sorti avec mon ami dans la rue à Sidi Hassine. J’étais en confiance! Soudain un policier en uniforme nous a tirés dessus, sans un mot, sans aucune sommation, sans aucune hésitation, rien ! J’ai reçu une balle dans le dos, mais heureusement je pouvais encore bouger, alors je me suis enfui. Je ne pensais plus à ma blessure, il fallait que je m’abrite ! Le policier m’a suivi et voulait m’achever, mais je me suis caché sous une voiture ; et c’est avec beaucoup d’efforts, un moment plus tard, que j’ai regagné la maison d’un ami. On m’a conduit rapidement à la Rabta, où j’ai reçu immédiatement les soins nécessaires. »