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Hôpital Tahar Sfar Mahdia

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Hôpital Tahar Sfar Mahdia

 

Hôpital Tahar Sfar

Mahdia

Malgré un certain retour au calme, le personnel de l’hôpital de Mahdia (chefs de services, médecins, infirmiers et personnels

administratifs) reste sur le qui-vive. Après les bouleversements qu’ils ont vécu depuis le 14 janvier, leurs expression de visages montrer à quel point ils seront à jamais marqués par ces événements.Malgré un lourd bilan de 14 blessés et de 8 morts,

ils reconnaissent qu’ils s’en sont sortis tant bien que mal. Pour Radhouane El Harbi, directeur de l’hôpital, la date du 14 janvier restera une date mémorable, marquée à jamais dans nos esprits. «Cette nuit-là, se souvient-il, nous avons senti que nous étions livrés à nous-mêmes en raison de l’insécurité totale qui prévalait et de l’absence de représentants de l’ordre,

en particulier la police». Mais il fallait aller de l’avant et c’est tout. Tous en blouse blanches, tous au service des urgences, tous mobilisés pour réceptionner le flux massif de blessés dont le nombre grimpait d’heure en heure. Dans un état de choc, de panique parfois et d’incertitude totale. «Heureusement pour nous, ajoutet- il, nous n’avons pas eu de problèmes de manque d’oxygène, de sang ou de médicaments puisque nos commandes ont été effectuées avant la fin de l’année. Pour ce qui est du personnel, nous sommes organisées de façon qu’il n’y ait aucune lacune et aucun manque à n’importe quel niveau. Bref, nous étions bien équipés pour faire face à de pareilles circonstances0 sans
soupçonner que ceci pouvait arriver un jour !» Comme partout ailleurs, les équipes se souviennent aussi de la détresse des familles. Le plus dur était de calmer les esprits des parents des blessés affolés, en état de panique ou de colère, perdant parfois tous contrôle. L’équipe de l’hôpital a mis tout les moyens en oeuvre pour les calmer, les rassurer, les convaincre parfois du sort de leur patient, ce qui n’était pas du tout une mince affaire. Il fallait faire preuve de beaucoup de sagesse et de sang froid tant les nerfs étaient à fleur de peau. C’est avec une note d’optimisme que Si Radouane conclura notre entretien, tenant à présenter en son nom et celui de tout le personnel de l’hôpital de Mahdia ses condoléances aux familles des victimes et ses souhaits de prompt rétablissement aux blessés ainsi que son souhait de les voir sur pied afin de continuer à construire notre nouvelle Tunisie.

Ines Mnasser

« Tu bouges ou tu bouges pas, on tire quand même »

Telle un raz de marée, la « révolution » tunisienne n’a épargné aucune parcelle de terre de notre

cher pays. Tout le monde s’est senti concerné, impliqué dans ce soulèvement populaire. Mahdia,

une ville connue plutôt pour son calme, n’a pas échappé à cette situation chaotique. Les Mahdois,

envahis de sentiments mêlés de désarroi, de désespoir de patriotisme teinté d’héroïsme n’ont pas

pu s’empêcher de sortir dans la rue et de crier « tahya tounes ». En visite à l’hôpital Tahar Sfar,

rencontres avec quelques rescapés qui ont échappé à la mort de justesse.

Sabeur Ben Salem (25 ans

Blessé par balles la nuit du 14 janvier 2011

La nuit de la fuite de l’ex Président, on est sorti crier notre joie avec une bande de copains.A peine avions- nous fait quelques mètres dans la rue que mes cris de bonheur se sont transformés en hurlements de douleur. J’ai reçu deux balles dans le dos dont une à 3 cm du coeur, je l’ai échappé belle…

 

Jawhar Khayat (41 ans)

Officier de police, blessé par balle la nuit du 15 janvier 2011

J’étais de service à Mahdia quand mon superieur hiérarchique m’a demandé d’aller en

renfort dans la région de « Chebba ». A peine arrivé au lieu dit, la foule s’est ruée vers mescollègues et vers moi. Nous étions prisonniers de notre véhicule. Nous n’avons rien pu faire.Ils nous ont tirés dessus comme des fous. Deux d’entre nous sont morts sur le coup et les autres ont été grièvement blessés.

 

Moez Kasri (22 ans)

Blessé par balles le 15 janvier 2011

Ce soir-là, j’ai vécu le plus long cauchemar éveillé de ma vie : je m’apprêtais à rentrer chez moi quand une patrouille de police s’est trouvée sur mon chemin. Sans même s’arrêter, sans même savoir qui j’étais, sans autre forme de procès, un policier a sorti son arme et m’a tiré dessus… Aussi simple que ça !

 

Sami Gamra (23 ans)

Blessé par balles la nuit du 14 janvier 2011

J’étais à la maison. A 23 heures, j’ai entendu des coups de feu pas loin de chez moi. A peine ai je mis le nez dehors qu’un snipper m’a tiré dessus. On aurait dit qu’il m’attendait… Peut être qu’il me connaissait ! Jusqu’à présent j’ignore pourquoi il m’a estropié !

 

 

01-Février-11