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Hôpitaux de Tunisie : Symboles de bravoure et de solidarité

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Hôpitaux de Tunisie : Symboles de bravoure et de solidarité

De « l’étincelle » allumée le 17 décembre 2010 par feu Mohamed Bouazizi, le héros de la Révolution, au soir du 14 janvier 2011, date de la chute du despote Ben Ali, et les jours suivants, la Tunisie a été mise à feu à sang. Ayant débuté sur fond de protestation contre des conditions économiques difficiles, de chômage des jeunes diplômés et d’inégalité sociales, les manifestations qui ont suivi le geste de Bouazizi ont rapidement fait boule de neige.

par Chiraz Ounaïs

En se généralisant petit à petit à tout le pays, elles ont débordé le simple cadre de revendications sociales pour dénoncer, plutôt, la corruption et le népotisme du régime, véritable source des maux qui rongent le pays. Pour sauver ce qui peut encore l’être, ordre est donné de tirer sur la foule. La première victime, Mohamed Amari tombe à Menzel Bouzaïène après avoir été touché à la poitrine par la police. Face à une population armée de pierres, la police emploi les grands moyens répressifs. La révolte prend de l’ampleur et plus rien ne semble arrêter des jeunes décidés à braver les tirs à balles réelles des escadrons de la mort. Les morts se comptent par dizaines et les blessés par centaines. Les hôpitaux sont pris d’assaut par les victimes et leurs familles, à commencer par les hôpitaux régionaux de Kasserine et Thala qui, les premiers, ont dû faire face à la vague de morts et de blessés (c’est là où il y en a eu le plus). Ayant eu affaire au plus grand nombre de victimes, et de par leur modeste taille, ces deux institutions hospitalières se sont vite trouvées débordées. Des centaines de blessés jonchés à même le sol, une atmosphère lourde et une certaine effervescence y régnaient, les réserves de sang ont même commencé à manquer.
« Urgent : il faut du sang pour l’hôpital à Kasserine et Thala. », pouvait-on lire sur Twitter le lundi 10 janvier 2011. L’accès aux hôpitaux était interdit par les forces de l’ordre, sur ordre des autorités qui avaient voulu camoufler ces violences en refusant de dispatcher les blessés et les morts dans d’autres hôpitaux. Un vrai chaos s’est installé et que l’on a cherché ensuite à transmettre à tous les hôpitaux du pays. C’est la rumeur d’une pénurie générale de médicaments, et plus précisément dans les hôpitaux, qui est d’abord lancée. C’est ensuite la nouvelle d’une attaque en règle lancée contre le plus grand établissement hospitalier du pays qui se propage comme une trainée de poudre. Puis c‘est au tour de la Rabta de faire l’objet des mêmes insinuations. Des ambulances y auraient été dérobées dans ces hôpitaux pour faciliter le déplacement des semeurs de la mort… Au fait, il ne s’agissait que de simples tentatives de larcins opérées par des malfrats victimes d’addiction en quête de satisfaction de leur manque. Tentatives vouées à l’échec grâce à l’abnégation du personnel de soin qui, contre vents et marées, a bravé tous les dangers pour se mettre au service des centaines de victimes de la barbarie aveugle d’un pouvoir à l’agonie. Qui a sacrifié sa vie de famille pour se consacrer exclusivement à sa mission sanitaire. Qui a défié, en plein couvre feu, les balles des criminels et les barrages dressés à travers tout le pays pour rejoindre son poste et répondre à des urgences (n’est-ce pas docteur Boudaya ?). Qui s’est présenté bénévolement pour donner un coup de main salvateur. Médecins, infirmiers, paramédicaux, personnel administratif, dans tous les hôpitaux, et même de simples citoyens, tous se sont unis comme les doigts d’une seule main pour répondre à toutes les souffrances et sauver des dizaines de vies humaines. Reportage au coeur de symboles de l’héroïsme tunisien. Nos valeureux hôpitaux.