A la Une

Ibtissem ou le combat d’une vie

Publié le
Ibtissem ou le combat d’une vie

L’histoire d’Ibtissem Oueslati, atteinte de myopathie typiquement tunisienne, pourrait en émouvoir plus d’un… certes, mais c’est sans compter sur la pugnacité de ses parents qui jusqu’au bout se sont battus pour que leur fille poursuive une scolarité comme tout un chacun ! Challenge réussi : après des études supérieures en langue et littérature arabe, Ibtissem enseigne à la faculté de la Manouba et vient d’obtenir son doctorat avec bri ! Voilà, l’histoire pourrait s’arrêter là, mais il n’en est rien. Si j’ai décidé d’écrire le témoignage d’Ibtissem, qui est une formidable leçon d’acceptation de soi, c’est surtout pour en finir avec tous ces clivages et ces stéréotypes qu’ont pas mal de gens sur le handicap. Pour ceux-là, ces personnes ne servent à rien dans la société, ils sont incapables de travailler et ont constamment besoin d’aide. Faux ! Ibtissem est une femme épanouie, gaie et enjouée qui n’aspire qu’à vivre pleinement sa vie et si possible, en étant considérée comme « normale » ! D’autre part, les pensées que nous prêtons, en toute ignorance, aux personnes invalides ne sont pas pour rien dans l’embarras qu’il nous arrive de ressentir en leur présence, d’où l’impératif de combattre ces préjugés issus de l’ignorance.

 

Les pouvoirs publics continuent de sensibiliser, d’informer et de former. Mais les infrastructures adéquates – rampes d’accès dans les lieux publics, bâtiments, transports en commun, places de parking, etc. – continuent de manquer cruellement ou sont inadaptées. En réalité, la meilleure solution consisterait à interroger le principal intéressé sur ce qu’il souhaite, mais peu d’entre nous osent le faire, s’imaginant que communiquer avec quelqu’un qui se trouve de l’autre côté de la norme est impossible.

 

Comme si on faisait de celui qui porte cette maladie un être forcément privé de raison, et par là même ne pouvant en aucun cas être tenu pour un sujet à part entière.

 

Cet « étiquetage » témoigne de notre désir (inavoué !) de créer une frontière infranchissable entre nous, les normaux, et ceux qui ne sont pas dans la norme. Et le spectacle du handicap est encore plus intolérable en un siècle où le corps jeune, dynamique, belle mécanique bien huilée, est un sésame pour être accepté !