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Incontinence BRISONS les tabous !

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Incontinence BRISONS les tabous !

Il n’y pas de véritables statistiques parce que très peu de femmes osent en parler, mais on estime qu’au moins 1/3 des femmes ont un problème d’incontinence suite à l’accouchement. Elles en souffrent, dans la honte et le silence, et apprennent à gérer les « fuites ». Pourtant les solutions existent, mais faute d’être assez informées, elles acceptent l’incontinence comme une fatalité.

par Sonia Bahi-Fellah

L’incontinence urinaire est une perte involontaire et incontrôlable d’urine. Il ne s’agit pas d’une maladie, mais d’un symptôme lié à un trouble physique. Même si on associe souvent l’incontinence urinaire à l’âge, les personnes âgées ne sont pas les seules à en souffrir. On estime qu’une femme sur 4 est touchée, quoiqu’en l’absence de véritables statistiques, il soit difficile d’évaluer leur nombre réel. Les hommes, pour des raisons d’anatomie, ont deux fois moins de chance de souffrir de ce problème mais ils sont tout de même concernés, surtout après un trouble de la prostate.

Le pipi qui n’en fait qu’à sa tête!

Ce pipi rebelle impossible à retenir est (dû à) un affaiblissement des muscles du périnée, qui en temps normal, servent à maintenir la vessie en place et à contrôler l’évacuation de l’urine. Cet affaiblissement survient suite à un relâchement dû à l’âge ou à un affaiblissement après la grossesse et l’accouchement. L’incontinence urinaire à l’effort est la forme d’incontinence la plus fréquente chez les femmes. C’est la fuite d’une petite quantité d’urine causée par un effort physique, un accès de toux, un éternuement, un éclat de rire, etc. Ce type de fuite n’est pas toujours précédé par une envie de faire pipi. L’incontinence urinaire d’urgence peut se déclencher par le simple fait de marcher ou même juste en pensant à faire pipi. L’envie est soudaine et impérieuse et ne donne pas le temps d’aller aux toilettes. Le sujet étant tabou, beaucoup de femmes n’osent pas consulter. Pourtant ce symptôme peut avoir des répercussions négatives sur leur vie sociale, sexuelle et professionnelle.

Senda, 50 ans, 2 jumelles de 14 ans

Ses mots sont forts, elle parle de souffrance silencieuse, de maladie du silence. Même si l’incontinence n’est pas une maladie à proprement dire, elle engendre une grande souffrance morale. C’est comme vieillir avant l’âge. Elle doit se lever plusieurs fois la nuit pour aller aux toilettes. Elle explique qu’au quotidien, c’est toute une gestion. Pour les longs trajets, par exemple, il faut effectuer une mission de reconnaissance au préalable pour programmer les nombreuses pause-pipi. L’absence de toilettes publiques en Tunisie ne facilite pas les choses. Senda a toujours une tenue de rechange sur elle, un peu comme les bébés sourit-elle, lingettes, couche et culotte. Mais son sourire s’efface vite et laisse place à l’amertume. Elle pense que les gynécologues minimisent le problème et qu’ils devraient être davantage sensibilisés. Selon elle, la CNAM devrait prendre en charge les séances de rééducation périnéale que prescriraient les gynécologues, systématiquement après chaque accouchement.

Pour éviter d’aggraver les symptômes, il ne faut surtout pas diminuer la quantité d’eau consommée. Il est, au contraire, primordial de boire suffisamment, sinon l’urine devient très concentrée et risque d’irriter davantage la vessie. Par contre, il faut boire en petites quantités à chaque fois.

Amel, 40 ans, 2 enfants de 12 et 10 ans

Amel pensait que ça allait passer tout seul, comme un rhume mais ce n’est pas passé. Même si son incontinence est légère, elle n’en est pas moins gênante. Toux, éternuement, vomissement, effort physique ou même un simple éclat de rire et la fuite est là. Le sujet est tabou et peu de femmes en parlent. Amel a été très étonnée, quand en discutant avec ses amies et collègues, elle a découvert qu’un grand nombre d’entre elles avaient le même problème. Son gynécologue lui avait vaguement conseillé de faire l’exercice du « stop-pipi ». Il s’agit d’arrêter plusieurs la miction sur la cuvette pendant quelques secondes. Amel n’a pas pris cela très au sérieux. Aujourd’hui, 10 ans plus tard, elle a peur que le problème s’aggrave et veut entamer une rééducation.

Le Biofeedback

Le Biofeedback est une technique qui permet de visualiser sur un écran d’ordinateur la contraction et la relaxation des muscles durant la pratique des exercices, ce qui aide les femmes à mieux ressentir les contractions des muscles du périnée et donc à mieux les contrôler.

L’Électrostimulation

L’Électrostimulation consiste à insérer une électrode dans le vagin pour tonifier les muscles du périnée. Grâce au biofeedback, on peut visualiser les contractions musculaires sur un écran d’ordinateur

Exercice de Kegel

Cet exercice doit être pratiqué régulièrement pendant plusieurs semaines avant de voir les résultats.
Soyez donc patiente et assidue !

Commencez à le pratiquer allongée sur le dos, les genoux repliés et légèrement écartés, ensuite quand vous aurez maîtrisé le mouvement, vous pourrez le faire assise puis debout.
– Contractez les muscles du périnée en maintenant la contraction pendant 5 à 10 secondes. Il faut sentir la contraction autour du vagin comme s’il s’agissait de retenir l’urine. Il ne s’agit pas de contracter les muscles du ventre ou des fesses.
– Relâchez pendant 5 à 10 secondes
– Répétez entre 10 et 20 fois
– Ne bloquez pas votre respiration.
À pratiquer 3 fois par jour.

L’avis du spécialiste : Fayçal Ben Abda, kinésithérapeute ostéopathe

On manque cruellement d’information sur l’incontinence urinaire féminine. Il faut une sensibilisation massive des gynécologues mais également une formation pour les kinésithérapeutes, comme celle organisée par la chambre syndicale des physiothérapeutes rééducateurs pour la rééducation pelvi-périnéale en mars dernier. Les solutions existent, naturelles et non médicamenteuses qui permettent de récupérer à 100% et ce jusqu’à l’âge de 90 ans. Electrothérapie et biofeedback sont les alliés des femmes contre ces fuites indésirables. En quelques séances, le problème peut être réglé.