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Les raisons de la colère

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Les raisons de la colère

 

Le peuple tunisien a vécu pendant 23 ans dans le silence, la peur, le refoulement et l’inhibition de toute demande légitime des libertés fondamentales. Qu’est ce qui a poussé ce peuple à se réveiller tout d’un coup ?

 

En fait, le réveil n’était ni brutal ni soudain ni imprévisible, le réveil a commencé il y a quelques années déjà. L’ancien régime a utilisé la peur, émotion naturelle et indispensable pour la survie humaine, comme outil de répression et de contrôle sur un peuple qui s’est résigné. En absence de toute possibilité de revendication, la peur s’est installée même au sein de la famille. Personne n’osait parler n i évoquer la prénom de l’ex président ou sa famille, une certaine paranoïa même s’est installé : téléphone sous écoute, personnes infiltrées partout …

De la peur à la colère

Beaucoup de tunisiens n’ont pu rester en Tunisie, des opposants ont quitté le pays, les étudiants qui étaient partis à l’étranger poursuivre des études ne pouvaient plus retourner en Tunisie après avoir goûté à la liberté et à la démocratie. Entre temps, les nouvelles technologies ont envahit le quotidien des Tunisiens : la parabole, la téléphonie mobile et surtout Internet qui ont donné la possibilité aux tunisiens de voir ce qui se passe à l’étranger, de communiquer, de lire… , un outil que les tunisiens ont vite maîtrisé et où ils ont excellé. Dès lors, un sentiment de frustration s’est installé pour grandir peu à peu.
Le manque de liberté et la soif de démocratie n’étaient pas les seuls points frustrants chez les Tunisiens. En effet, l’émergence du pouvoir de quelques personnes de l’entourage de l’ex président a eu raison de leur patience.
Un espace de parole et d’expression a vu le jour à partir de 2004 grâce à une poignée de tunisiens qui ont constitué la blogosphère, avec son apogée entre 2008 et 2009. Des tunisiens ont ouverts leurs blogs et ont commencé à écrire, la répression encore présente ils ne pouvaient pas s’aventurer sur le terrain de la politique, par contre les tunisiens à l’étranger ont commencé à écrire petit à petit jusqu’à 2008 où les internautes et bloggeurs tunisiens ont été frappés par la censure, une action qui était jusque là appliquée sur les sites des opposants et sur les articles qui parlaient de la Tunisie. La censure a touché les blogs, l’espace personnel de l’internaute tunisien, ajouter à ça la censure des site de plateformes de vidéos tels que You Tube et Dalymotion.

La jeunesse se réveille, la révolte gronde.

Entretemps, la blogosphère connaît un certains déclin avec l’apparition de Facebook, un autre terrain de liberté et d’ouver ture sur le monde s’offre aux tuni- siens, tant pis pour youtube e t dalymot ion, d’autres plateformes existent. Plus de 1 million de comptes Facebook ont été recensés, les tunisiens continuaient à revendiquer une liberté de l’expression déjà entamée avec les blogs, mais facebook avait l’avantage de toucher beaucoup plus de tunisiens et la censure a continué et la répression aussi avec le piratage des comptes, la censure de certains profils facebook et twitter. Au mois de mai 2010, une vague de censure sans précédent a touché des dizaines de blogs dont certains étaient inactifs depuis des mois, des magazines et journaux en ligne, d’autres plateformes de vidéos… la jeunesse s’est révoltée et une manifestation allait voir le jour et qui s’est soldée par l’arrestation de deux bloggeurs qui ont voulu l’organiser : Slim Amamou et Yacine Hammami.
S’était la première goutte qui a débordé. La jeunesse tunisienne est en colère. Cette autre émotion, quand elle est à son apogée, inhibe la peur. Pourquoi à ce moment là le peuple tunisien n’a-t-il pas profité de la situation ? Tout simplement parce que il s’agissait de revendications d’une minorité.
Quelques mois plus tard alors que le régime accentue la répression, loin de Tunis et des préoccupations des bloggeurs, un jeune vendeur ambulant se donné la mort par immolation. Un acte de désespoir sans précédent. Avec cet événement déclencheur, tout le monde se sent concerné. La revendication n’est plus celle de la jeunesse uniquement mais de tout le peuple. Bien que le jeune Bouazizi ait commis un acte répréhensible, religieusement parlant, il est élevé au niveau du martyr et devient le symbole de la colère et de la levée de l’inhibition. Les manifestations démarrent et font rapidement un effet de boule de neige: la peur est certes encore présente mais les gens sentent qu’ils sont arrivés à un point de non retour.

                                                                                                                                                                                             fatma Houerbi