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Les sages-femmes prêtes à se battre jusqu’au bout

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Les sages-femmes prêtes à se battre jusqu’au bout

La sage-femme portait, jadis, le nom d’accoucheuse de l’âme, de sage-mère ou encore de matrone. De nos jours, la définition usuelle de cette profession voudrait nous faire croire que le rôle de la sage femme se limite à procéder à de simples accouchements. N’est-ce-pas réducteur ? Cette sacrée bonne dame assurait depuis l’Antiquité toute seule le suivi de la grossesse, l’acte de l’enfantement, le suivi du nouveau né et occupait même parfois la fonction de marraine.

par Mejri Rana

Aujourd’hui, les sages femmes se battent au quotidien pour améliorer leurs conditions de travail. Elles revendiquent haut et fort leur droit d’acquérir un vrai statut hospitalier, forme de reconnaissance pour leur travail acharné et, ô combien, risqué.
En Tunisie, deux mille sages-femmes sont déployées dans les différents centres hospitaliers publics. Chacune d’entre elles effectue entre 400 et 800 accouchements par an, ce qui dépasse largement le nombre officiel fixé par l’Organisation Mondiale de la Santé qui s’élève à 147. Les accouchements sont, en grande majorité, physiologiques et pratiqués, pour les deux tiers, par des sages-femmes. Dans certaines régions, à l’intérieur du pays, le nombre d’accouchements par sage-femme par jour oscille entre 10 et 15. Celles-ci se retrouvent seules face à des situations médicales graves, hors de leur champ de compétences. Leur abnégation et leur sens des responsabilités les poussent à réagir et à anticiper, malgré des conditions difficiles et le risque encouru.
Les sages-femmes, en plus d’une charge de travail hors norme, souffrent d’un manque d’équipements médicaux essentiels. Elles sont, chaque jour, sous la pression de l’accident fatal et du risque juridique qui en découle. Le taux de mortalité maternelle, causée généralement par les hémorragies de la délivrance, demeure élevé en Tunisie, en comparaison avec les pays développés. Pour cela, il faut poser le problème et tenter d’en analyser les causes.
Les équipements médicaux utilisés, notamment dans la prise en charge des situations d’urgence, surtout dans les zones intérieures du pays, présentent bien des insuffisances. L’octroi de nouveaux budgets par l’état est plus que nécessaire pour l’acquisition d’un matériel de santé adéquat dans les zones délaissées du pays : achat de nouvelles ambulances, de nouvelles banques de sang, matériel paramédical…
Le projet de statut proposé par l’Union nationale des sages-femmes permet d’encadrer la fonction sur le plan national. Il met en exergue la nécessité de les protéger par la loi, de leur assurer des conditions de travail favorables, de leur permettre d’acquérir des compétences solides et de construire ainsi leur évolution de carrière.
Un projet de statut a été finalisé par les membres de l’association avec la collaboration d’experts. Son objectif majeur étant de revendiquer la revalorisation de la sage-femme, de clarifier son rôle et de définir ses responsabilités. Une proposition a été déposée au ministère de tutelle mais n’a, à ce jour, reçu aucune validation. Des promesses ont été faites… sans résultats.
Les sages-femmes souhaitent que la Constitution de notre pays soit garante de leurs droits et appellent à la promulgation de lois garantissant leur protection dans l’exercice de leur fonction. Elles exigent des lois claires et irrévocables pour les défendre en cas de complication ou d’anomalie survenues au cours de l’accouchement ou après et, notamment d’hémorragies du post-partum. Il paraît plus que nécessaire d’écarter tout risque juridique pour ces praticiennes, pouvant les mener jusqu’à l’emprisonnement en cas de problème.
Le statut des sages-femmes est, à ce jour, assimilé à celui des infirmières, compte n’étant pas tenu du niveau de responsabilité et des risques encourus et qui ne peuvent soutenir la comparaison. Les sages-femmes exigent la revalorisation de leur diplôme, une formation spécialisée et l’étalement des études sur cinq ans, comme c’est le cas en Algérie et en France depuis 2002, pour l’acquisition de meilleures connaissances et compétences. Le cursus établi par ce projet comporte à la fois des enseignements théoriques, des travaux pratiques, des travaux dirigés et des stages obligatoires dans les établissements de santé publique. Les membres de l’ATSF (Association Tunisiennes des Sages-Femmes) comptent constituer l’ordre des sages-femmes, une fois ce projet de loi voté, celui-ci aura pour rôle de veiller aux règles contenues dans le code de déontologie, en privilégiant en toute circonstance le respect et l’intérêt de la patiente et du nouveau-né. Bien évidement, suite à cette formation spécialisée, les sages-femmes espèrent un salaire à la hauteur de leurs compétences et une facilité d’évolution de leur carrière.
L’ATSF, forte de ses convictions, d’une volonté féroce de faire de cette profession et des revendications statutaires un enjeu national, est devenue une force syndicale totalement indépendante. Les sages-femmes ont un grand besoin de reconnaissance et de se faire entendre des instances officielles. ■