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La loi anti-tabac: Un feu de paille?

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La loi anti-tabac: Un feu de paille?

La loi anti-tabac est opérationnelle depuis le 9 mars 2010. A partir de cette date, il est devenu strictement interdit de fumer dans les lieux publics et celui qui enfreint la loi est passible d’une amende de 25 dinars. Les cafetiers, quant à eux, sont tenus d’aménager des espaces pour les non fumeurs… Ceux qui seront pris en flagrant délit d’infraction à la loi devront s’acquitter d’une amende de 500 dinars. Et dans la pratique?

par Fatma Bayari

En réalité, la lutte anti-tabac remonte à bien plus loin que cette date du 19 mars 2010, comme nous l’explique Dr Mounira Nabli, coordinatrice générale du Programme national de lutte contre le tabagisme. Une lutte sans merci contre un fléau qui, malhereusement, séduit encore 40% des tunisiens.

Stop au tabac !

« Le tabagisme est un fléau qu’il faut impérativement éradiquer. On a mis en place une stratégie nationale de lutte contre le tabagisme. La loi relative à la prévention de l’acte de fumer dans les cafés et les restaurants n’est pas fortuite, elle est le fruit d’un travail laborieux qui a duré de nombreuses années.
L’interdiction de fumer dans les lieux publics tels que les hôpitaux, les moyens de transports, les écoles… n’est pas une affaire nouvelle en Tunisie, elle remonte à 1998. Certes, elle n’avait pas été appliquée au pied de la lettre à l’époque, mais nous avions quand même enregistré quelques bons résultats. Les gens ne fument plus autant dans les lieux publics que lors des années précédentes. »

Il est grand temps d’agir

Aujourd’hui, la situation est alarmante. L’objectif est de réduire la prévalence des fumeurs à 25%, d’ici cinq ans. Parmi les actions menées, des campagnes de sensibilisation sur les effets nocifs du tabac, notamment auprès des jeunes, ayant pour objectif de les impliquer dans le projet de sensibilisation du Programme. D’une part, en les incitant à s’abstenir de toute expérience tabagique (dire non à la première cigarette) et, d’autre part, en les encourageant à influencer également leur entourage proche. De multiples manifestations ont été organisées dans ce cadre : ateliers de réflexion sur la lutte anti-tabac dans les milieux scolaires, organisation d’un concours national du meilleur dessin contre le tabagisme, sketchs…
D’un autre côté, l’information a été de mise à travers la diffusion de spots radiophoniques et télévisés, de quelques pages sur le site web du ministère de la Santé publique (www.santetunisie.tn), mis à la disposition du public afin de trouver les informations nécessaires sur les méfaits du tabac ainsi que les adresses de consultations d’aide au sevrage.

On ne badine plus avec la loi

Le fait d’interdire de fumer dans les cafés constitue un pas de plus dans cette démarche.
Le non fumeur a le droit d’aller au café sans subir les conséquences dangereuses du tabagisme passif. Et puis, la loi est souple, on ne demande pas grand-chose aux cafetiers, il suffit d’aménager des espaces pour les non fumeurs afin qu’ils puissent fréquenter les cafés loin du danger de la fumée des cigarettes. A priori, cela semble donc bien parti pour une application stricte et sans faille du règlement et cela est visible sur le terrain. En effet, rares aujourd’hui sont les endroits où les fumeurs font la loi, au grand bonheur de ceux qui veulent préserver leur santé de ce fléau néfaste et nuisible. Pourvu que cela continue, voire devienne la règle.

Pour que la loi ne soit pas obsolète et les efforts n’aillent pas à vau-l’eau, on ferait mieux d’entamer des campagnes de sensibilisation sur le terrain

Une politique du tout ou rien ne mène nulle part

Un homme sur deux fume en Tunisie. La gent masculine est la clientèle assidue par excellence des cafés populaires. Les hommes viennent pour fumer des cigarettes et/ou une chicha, siroter un café, jouer une partie de dominos ou de cartes entre amis et c’est tout. Cette loi aura un impact relativement négatif sur les intérêts des cafetiers car les clients vont déserter les lieux. Conséquence : cafetiers en déroute, fermeture de commerce. Donc des centaines de chômeurs, si ce n’est plus.

Nos solutions

On le redit, le cafetier adhère à cette bonne cause. Mais il ne faut pas ignorer que le fait de changer les mentalités et les comportements nécessite du temps. Pour que la loi ne soit pas obsolète et les efforts n’aillent pas à vau-l’eau, on ferait mieux d’entamer des campagnes de sensibilisation sur le terrain, comme par exemple faire intervenir des médecins spécialistes qui expliqueraient, dans un langage simple et compréhensible, les méfaits des cigarettes ou du narguilé. D’autre part, pour « sauver la vie » des cafetiers et assurer un air pur et sain pour les non fumeurs, on propose d’installer un purificateur. Cet appareil est conforme aux normes internationales. Sa fonction est d’absorber toutes sortes de mauvaises odeurs, les fumées des cigarettes et des narguilés voire même les bactéries et virus ».

Du côté des cafetiers

Mustapha Habib Tastouri, président de la Chambre nationale des cafés de catégorie 1 :
« Nous sommes pour la bonne cause, mais ! »

« Lutter contre le tabagisme est un grand acquis pour la Tunisie. Nous sommes prêts à mettre la main à la pâte pour éradiquer ce fléau. Le décret est clair, les cafetiers sont tenus d’aménager des zones appropriées pour les non fumeurs. Si l’espace d’un café est supérieur à 50 m2, la moitié sera réservée aux non fumeurs, si l’espace est inférieur à 50m2, tel que le cas des buvettes, il sera interdit d’y fumer à moins d’aménager un espace ne dépassant pas les 15 m2 pour les fumeurs. Toutefois, certains cafetiers, notamment les propriétaires des cafés populaires, ne sont pas en mesure d’installer une séparation physique entre les deux zones et ce pour deux raisons : primo faute de moyens (un chantier nécessite du temps et de l’argent), secundo, la forme du café ne permet parfois pas une modification architecturale.