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La lutte contre le cancer du sein, notre combat !

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La lutte contre le cancer du sein, notre combat !

Le mois d’octobre, appelé également « Octobre rose », sera cette année encore dédiée à la lutte contre le cancer du sein et à la sensibilisation à l’importance du dépistage précoce. De nombreuses manifestations auront lieu pour soutenir les associations.

par Saima Ksibi

Le mois d’octobre, appelé également « Octobre rose », est le mois dédié à la lutte contre le cancer du sein et à la sensibilisation à l’importance du dépistage précoce. Au fil des années, de plus en plus d’associations et de gens en Tunisie, s’engagent dans cette lutte par divers moyens, comme le porte à porte, les caravanes de dépistage gratuit, l’organisation de journées portes ouvertes, conférences, etc. Mais qu’en est-il de l’évolution de la maladie en Tunisie aujourd’hui ?

Le cancer du sein en Tunisie : des chiffres révélateurs

Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez les femmes en Tunisie. Il touche environ 2000 femmes chaque année (parmi les cas diagnostiqués), sachant que, à ce rythme, le nombre est susceptible de doubler d’ici 15 autres années. La moyenne d’âge de femmes atteintes est de 50 ans, avec 11 % de femmes de moins de 35 ans. Il est aussi à noter que le cancer du sein est classé comme étant la première cause de mortalité chez les femmes entre 35 et 55 ans.

Les facteurs de risque :

Il existe des facteurs hormonaux certes, comme la puberté précoce, la ménopause tardive, le retard de la première grossesse ou l’absence d’allaitement, auxquels s’ajoutent les antécédents familiaux qui augmentent le risque d’avoir un cancer du sein si une mère, une sœur ou une tante l’a déjà eu. En plus, la modernisation de la société tunisienne  a fait naître un nouveau rythme de vie chez les femmes (tabac, alcool, mauvaises habitudes alimentaires, obésité, etc), susceptible de provoquer la tumeur chez la femme à un âge donné.

Prévention du cancer du sein :

Il faudrait tout d’abord que la femme soit énormément consciente de l’importance du dépistage précoce de la tumeur, qui met en moyenne 8 ans pour atteindre la taille de 1cm. D’où, l’importance de l’autopalpation à partir de l’âge de 20 ans, qui consiste à examiner soi-même ses seins une fois par mois au moins (après la fin des règles) et aussi l’importance de faire une mammographie systématique une fois tous les deux ans à partir de 50 ans. Si la femme a des antécédents familiaux, il vaudrait mieux  qu’elle commence les mammographies dès l’âge de 35 ans. L’allaitement au sein est aussi fortement conseillé aux femmes en plus d’une bonne hygiène de vie.

Prise en charge en Tunisie :

En Tunisie, dès que la tumeur est diagnostiquée, la personne atteinte doit absolument être prise en charge par une équipe pluridisciplinaire qui comprend des spécialistes en cancérologie, des radiologues, des spécialistes en  anatomopathologie, en médecine nucléaire et en chirurgie plastique.

Les femmes atteintes de la tumeur cancéreuse peuvent s’adresser aux spécialistes de l’Institut Salah Azaiez de cancérologie ou au service Oncologie de l’Hôpital de l’Ariana. Il existe toutefois des associations actives en Tunisie qui peuvent beaucoup aider les malades, les orienter et leur apporter le soutien nécessaires comme par exemple l’AMC (l’Association des Malades du Cancer) et l’ATAMCS (l’Association Tunisienne d’Assistance aux Malades du Cancer)

 

Quel est le rôle des associations dans la sensibilisation au dépistage précoce ?

Les associations aujourd’hui jouent un rôle très important dans la sensibilisation à l’importance du dépistage précoce, et ce par le travail de terrain qu’elles organisent, comme les opérations telles que les caravanes de dépistages gratuits, les journées de sensibilisation, l’assistance pendant le traitement, l’orientation vers des spécialistes (comme les psychologues, les kinésithérapeutes, etc). Ces associations sont composées de membres bénévoles, dont une grande partie de  femmes ayant souffert de cette tumeur et ayant retrouvé toute leur vie normale, qui se rendent disponibles pour partager leur expérience, leurs conseils et leur courage avec les femmes qui en ont besoin.

Zoom sur l’ATAMCS, Association Tunisienne d’Assistance aux malades du Cancer du sein avec Dr. Raja Mchirgui Mahfoudh, médecin et vice-présidente de l’association :

 

Votre association est spécialisée dans l’assistance des malades du cancer du sein, selon vous, quels sont les obstacles et les difficultés que peuvent rencontrer ces femmes atteintes ?

 

– Pour commencer, il est connu que les charges de traitement du cancer du sein sont extrêmement lourdes, c’est généralement la CNAM qui s’en charge. C’est ce qui explique que la prise en charge n’est pas donnée à tout le monde. Prenons par exemple l’exemple des femmes rurales, issues de milieux défavorisés qui n’ont pas les moyens de se soigner.

– En plus, l’accessibilité aux soins et même au dépistage reste, jusqu’à ce jour, très limitée dans certaines zones.

 

Et quelles sont, selon vous, les obstacles que peuvent rencontrer les associations telles que la vôtre dans l’assistance des malades du cancer du sein ?

 

Notre association, présidée par le Dr Khaled Rahal, œuvre depuis sa création en 2005 à apporter toute l’aide et tout le soutien nécessaires aux malades.

Au-delà des campagnes de sensibilisation  et des caravanes que nous organisons, nous accompagnons  les malades durant toute la période de traitement et après le traitement afin d’aider la femme à retrouver son équilibre. Seulement, l’ATAMCS, comme d’autres associations en Tunisie, souffre du manque de  moyens financiers pour élargir son champ d’activité, et toucher encore plus de femmes. Les caravanes, les déplacements, les événements de sensibilisation … Toutes ces activités nécessitent de l’argent pour toucher le maximum de femmes dans toutes les régions de la Tunisie.

Mme Rafika, 56 ans

« Quand j’ai su par mon médecin la première fois que j’avais une tumeur maligne au sein, j’ai cru que ma vie allait s’effondrer. C’était suite à une mammographie habituelle, et heureusement que ce n’était qu’à son début. Ma famille était là pour moi, ce qui m’a apporté la force de commencer ce combat. J’ai commencé le traitement, l’opération et la chimiothérapie, même si ça m’a affaiblie et fatiguée, je continuais à lutter. Depuis l’annonce de ma maladie, j’ai commencé à regarder la vie autrement, à profiter de chaque instant. Aujourd’hui, je remercie Dieu de m’être rétablie, j’ai retrouvé ma vie normale et c’est grâce au dépistage qui était fait à un stade précoce. Un conseil aux femmes, faites très attention à votre santé, prenez l’habitude d’examiner vos seins vous-mêmes et ne zappez jamais la mammographie, parce que ça n’arrive pas qu’aux autres ! »

Mme Raja (membre à l’ATAMCS)

« J’ai découvert ma maladie par un pur hasard, suite à un contrôle gynécologique, une mammographie m’a été demandée par mon médecin. A l’époque, je n’avais pas fait de mammographie depuis plusieurs années. C’était le grand choc, malgré tout le soutien de ma famille et des médecins et mon combat a commencé et a duré toute une année (2011). J’étais passée par toutes les étapes, surtout la chimiothérapie qui est l’étape la plus pénible, durant laquelle on se transforme complètement physiquement mais aussi psychiquement. Je ne supportais pas voir mes cheveux partir et mon teint pâlir, on devient très affaibli et constamment fatigué, en plus de l’ablation du sein qui constituait un autre choc. Quand je me suis remise de l’opération, et j’ai terminé mon traitement, j’ai rejoint l’ATAMCS qui m’a été recommandée par mon médecin. Dès que j’ai rejoint l’association, j’étais agréablement surprise de voir des femmes, ayant eu le même combat que moi, en bonne santé, actives, motivées à aider les autres et à les orienter. Je me sentais chez moi, je pouvais rester  tête nue, sans cheveux, ni foulard, sans appréhender d’être regardée de travers. Le contact avec des femmes comme moi, ayant eu cette lutte contre le cancer, et ayant même vécu des dépressions à cause de ça, m’a permis de m’épanouir et de retrouver une vie active normale. »