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Meriem et Ala ont besoin d’aide !

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Meriem et Ala ont besoin d’aide !

Le 7 janvier 2010, Meriem et Ala sont venues au monde au centre de maternité et de néonatalogie à Tunis. Serrées l’une contre l’autre, elles donnaient l’impression de vouloir se tenir chaud, hors de l’utérus maternel. Le problème est qu’il n’a pas été possible de les séparer, les deux petites étaient en fait littéralement attachées l’une à l’autre par l’abdomen et le foie. Passé le choc, il a été décidé de procéder à une intervention pour les séparer. Bien que délicate, l’opération n’était pas impossible puisqu’aucun organe vital n’était partagé par les fillettes. Et 4 mois plus tard, soit le 4 mai 2010, l’équipe du Pr Sadok Sayed composée de pas moins de quinze spécialistes, au bout de cinq heures de chirurgie réussit l’exploit de séparer les petites sans engager leur pronostic vital. Tous les frais de cette opération ont été intégralement pris en charge mais les aides se sont arrêtées là.

par Sonia Bahi

Oui, à la naissance il y a eu quelques cadeaux comme une magnifique poussette qui trône aujourd’hui dans la pièce à vivre, comment un anachronisme dans le décor pauvre et dénudé, mais depuis…rien ! Beaucoup de promesses ont été faites, notamment devant les télévisions tunisiennes, de dons qui ne sont jamais arrivés. Aujourd’hui Meriem et Ala ont 2 ans, et dorment sur un matelas à même le sol, dans une maison humide et glaciale. Ce sont deux petites filles pleines de vie et de sourires. Elles courent partout, se jettent au cou de leur père, pleurent devant le photographe, elles vivent leur vie de petites filles comme n’importe quelles petites filles, elles sont pleines d’insouciance. L’insouciance, Makram, leur père, a oublié ce que c’était depuis longtemps. Il me regarde avec des yeux éteints, il a perdu foi en l’humanité. Cela fait deux ans qu’il frappe à toutes les portes pour obtenir un logement social, pour obtenir un contrat de travail…Il n’arrive même pas à obtenir un carnet de soins pour sa famille.

« Va voir Ben Ali ! »
Il est tellement désespéré qu’il songe à se rendre devant le palais présidentiel et s’immoler si besoin est pour qu’on entende enfin son appel au secours. Il ne paie plus le loyer de sa maison depuis des mois mais grâce à la générosité du propriétaire, il n’est pas encore à la rue. Certains jours, il ne peut même pas nourrir sa famille, et ce sont alors les voisins qui partagent le peu qu’ils ont. Molka, sa fille de 11 ans a une allergie asthmatiforme et doit impérativement utiliser des broncho-dilatateurs en traitement de fond. Makram me montre l’aérosol vide dans sa poche. Il se balade avec depuis une semaine, espérant pouvoir se débrouiller pour trouver assez d’argent pour en racheter. Avec un petit sourire triste, il me raconte qu’un employé des services sociaux lui a même dit « puisque c’est Ben Ali qui a pris en charge l’opération, il n’a qu’à continuer à prendre en charge le reste. Va voir Ben Ali ».

«J’irais voir le pape s’il le fallait»
«J’irais voir n’importe qui sur cette terre capable de m’aider et d’aider ma famille». Son regard brûle, fait mal. Je regarde Molka et son sourire d’ange et la vie me paraît incroyablement injuste. Des choses qui auraient dû être faites, ne le sont pas. De petits gestes pourraient tout changer pour cette petite famille et tant d’autres. Makram n’a pas besoin d’aller voir le pape. Makram a seulement besoin que les services sociaux de son pays fassent leur travail…et aussi de notre solidarité.