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Migraine : Comprendre la maladie pour mieux la vivre !

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Migraine : Comprendre la maladie pour mieux la vivre !

On ne peut pas attendre la guérison, la disparition radicale et définitive de la migraine. Mais on peut espérer voir les crises s’espacer, parfois durablement, les rendre moins fortes, plus brèves. Objectif : mieux contrôler les crises et redonner l’espoir de mener une vie « la plus normale possible ».

par Dorra Meziou

Selon les études effectuées par les spécialistes de la médecine interne, 25% des Tunisiens sont des migraineux. « La migraine, entité physiopathologique et clinique bien définie et codifiée est malheureusement encore trop souvent méconnue, que ce soit en Tunisie ou ailleurs dans le monde », souligne le Pr Monia Haddad Trigui, neurologue chef de service du Centre de traitement de la douleur de l’EPS la Rabta.

La migraine est une maladie encore mal comprise et mal perçue par le public. La première des difficultés que doit gérer le migraineux est de se faire comprendre et de se faire reconnaître. Nombre de migraineux ne sont pas identifiés comme tels et ne reçoivent pas les traitements appropriés. Pire encore, certains migraineux ne se savent pas malades ou bien ignorent tout de leur maladie. Certains d’entre eux ne se sentent pas compris par leur entourage familial ou professionnel car la migraine reste une affection dominée par des idées reçues qui éloignent les malades des conceptions actuelles de la migraine et des traitements les mieux adaptés.

Il n’y a pas en Tunisie d’étude épidémiologique à grande échelle de la prévalence de la migraine, mais une thèse sur ce thème réalisée à partir de 100 interrogatoires, retrouve à l’instar de l’épidémiologie mondiale une nette prédominance de la femme (80 %) en phase génitale active (85 %) et concerne toutes les catégories socio-professionnelles. On retrouve par contre dans 43 % des cas, des antécédents familiaux de migraine.

Comment peut-on gérer un phénomène qui reste mystérieux ?

Certes, la première des étapes est l’information, la compréhension et le savoir.

Des manifestations spécifiques

Le terme migraine ne doit pas être utilisé de façon approximative pour désigner n’importe quel mal de tête. Certains signes permettent d’établir le diagnostic. Ils ne sont pas tous forcément ressentis lors d’une crise ou chez une même personne :

Le mal de tête survient par crises et dure de quelques heures à trois jours.

Entre les crises, la personne se sent bien. Chez certaines personnes, la crise s’annonce par des signes (appelés prodromes) comme un état de lassitude générale, des bâillements répétés, une modification de l’humeur, une irritabilité…

La douleur est souvent (mais pas obligatoirement) d’un seul côté de la tête,

d’où l’origine du mot migraine qui vient du mot grec hemi, signifiant « moitié ».

La douleur est décrite comme des battements, des pulsations, des coups de marteau…

Elle est variable et s’intensifie par l’exercice de tout effort physique.

Le mal de tête est associé à d’autres symptômes, notamment digestifs, tels que les nausées et les vomissements.

Les sensations sonores et lumineuses peuvent être gênantes ; on parle alors de photophobie (difficulté à supporter la lumière) ou de phonophobie (difficulté à supporter le bruit).

C’est donc la description précise des signes de la crise qui donne les éléments nécessaires au diagnostic de migraine.
Il existe différentes formes de migraines : certains patients migraineux ressentent des gênes visuelles durant quelques minutes précédant la douleur : vision floue, étoiles, mouches volantes…
On parle alors de migraine avec aura visuelle (migraine ophtalmique).
D’autres formes de migraines dites « accompagnées » s’accompagnent de signes neurologiques variés : fourmillements, troubles de l’équilibre. Elles sont plus rares.

Des facteurs déclenchant

La migraine survient par crise plus ou moins cyclique (migraine du weekend, migraine mensuelle), mais on distingue certains facteurs déclenchant de différents types : la psychologie, la physionomie, le mode de vie, l’alimentation ou bien encore les changements climatiques :

❖ En premier lieu, les situations de stress, puis les périodes de récupération (le relâchement de la tension physique et morale peut déclencher une migraine).

❖ La fatigue, l’excès ou le manque de sommeil.

❖ L’ingestion d’une quantité excessive de caféine ou le manque de caféine.

❖ La menstruation, l’ovulation, la prise de contraceptifs oraux. A ce propos, la migraine dite catéméniale, survient sous forme de crises systématiques au moment des menstruations (règles) et que l’on peut prévenir par un traitement spécifique hormonal sous forme de gel, donc simple à utiliser.

❖ L’ingestion d’alcool, d’aliments contenant de la tyramine (fromages), de la phényléthymamine (chocolat), des dérivés nitrés (certains types de bacon, de salami) ou du glutamate de sodium (aliments asiatiques).

❖ Les conditions climatiques caractérisées par une baisse de la pression atmosphérique.

Prendre de bonnes habitudes

Pr Haddad soutient le principe que le traitement commence par l’écoute et la compréhension du patient. Ensuite, il s’agira de retrouver avec lui des facteurs déclenchant pouvant être évités et qui passent par une hygiène de vie stricte comme :

❖ un sommeil régulier

❖ des repas réguliers

❖ éviter de consommer certains aliments qui peuvent générer des crises tels que le chocolat, certains fromages (camembert) les graisses cuites, les poissons en conserve, les abats et l’alcool

❖ éviter la pilule pour les femmes.

« Ces patients sont par ailleurs très sensibles au stress et aux contrariétés, au vent, au bruit, mais là nous sommes tous impuissants… »

« Les malades qui sous-estiment cette pathologie et s’auto-médiquent parfois de longues années avant de venir consulter. »

Quels remèdes thérapeutiques contre la migraine ?

Pr Haddad nous informe qu’il y a Tunisie un arsenal thérapeutique large et d’un traitement codifié. Il existe
un traitement spécifique de la crise avec deux produits essentiellement, dont un récent et très performant avec peu
d’effets indésirables.
Il existe aussi un traitement de fond pour les patients qui présentent soit deux crises invalidantes par mois, soit quatre crises au moins par mois.
Ce traitement de fond doit être pris pendant de longs mois (≈9 mois) pour voir la fréquence et l’intensité des crises se réduire de façon conséquente.
Il y a aussi l’acupuncture, cette médecine chinoise vieille de 2000 ans.
Enfin, on n’omettra pas de traiter la composante anxieuse fréquente de ces patients par une psychothérapie d’accompagnement, des techniques de relaxation et/ou la prescription d’anxiolytiques. 

Dr Samira Rekik,
Dr Samira Rekik, médecin et journaliste a publié en 2007 une trilogie médicale : «La migraine», « Le stress » et « Les troubles du sommeil ». Elle nous a confié que sa publication du livre « La migraine », précisément découle du fait qu’étant médecin de la santé publique, elle a vu défiler de nombreuses personnes souffrant de migraine. Elle met l’accent sur le fait que la migraine est une véritable maladie et qu’elle doit être traitée en tant que telle. Son expérience personnelle dans le domaine de la médecine générale l’a conduite à recenser des témoignages
Livre Dr Samira Rekik,