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UN MOUSTIQUE QUI PIQUE… ET QUI PEUT TUER !

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UN MOUSTIQUE QUI PIQUE… ET QUI PEUT TUER !

Après la grippe espagnole, la grippe nord-américaine dite porcine et le chikungunya originaire d’Asie, nous voilà encore avec un produit d’importation indésirable : le virus du Nil occidental ! Même si la Tunisie a la réputation d’être une terre d’accueil, c’est le genre de visiteur que l’on n’accueille pas à bras ouverts car il peut tuer !

par Jaouida Ben Aouali

Le virus du Nil occidental (VNO) est une maladie potentiellement sévère. Selon les experts nord-américains, le VNO « est une maladie épidémique saisonnière qui prend un caractère extensif en été et se poursuit jusqu’à l’automne ».
Quel que soit l’état de santé de la personne infectée et son âge, même si les risques sont plus importants chez les personnes âgées, de graves problèmes peuvent résulter de cette maladie comme la méningite (inflammation des membranes entourant le cerveau et la moelle épinière), l’encéphalite (inflammation du cerveau) ou la paralysie flasque (s’apparentant à la polio et consistant en une perte de fonction d’un ou plusieurs membres).

Les voies de tous les dangers

Le VNO se transmet généralement par les piqûres de moustiques infectés : le moustique est infecté lorsqu’il se nourrit du sang d’un oiseau porteur du VNO et le transmet aux humains et aux animaux quand il les pique. Le VNO se transmet également par les transfusions sanguines, les greffes d’organes, par la femme enceinte au fœtus et par la mère lors de l’allaitement. Le contact humain avec les personnes infectées n’engendre pas la transmission du virus, il faut le dire pour éviter des réactions paranoïaques infondées !

Le VNO, des symptômes qui en disent long

Les premiers signes se manifestent chez les personnes infectées de 3 à 14 jours après la piqûre par un moustique. Le VNO affecte le système nerveux central et les symptômes sont variés.
Les symptômes sévères : forte fièvre, maux de tête, raideur de la nuque, stupeur, désorientation, coma, tremblements, convulsions, faiblesse musculaire, perte de la vision, engourdissement et paralysie. Ils peuvent durer pendant de nombreuses semaines et causer des problèmes neurologiques permanents ; environ une personne sur 150 en est affectée.
Les symptômes bénins : fièvre, maux de tête, courbatures, nausées et vomissements, accompagnés pour certains de

tuméfaction des zones lymphatiques ou d’éruption cutanée au niveau de la poitrine, de l’estomac et du dos. Ils ne durent généralement que quelques jours et concernent 20 % des personnes infectées. Dans 80 % des cas, cependant, il n’y a aucun symptôme.

Prévenir en 5 gestes !

Pour diminuer les risques d’infection par le VNO, il faut savoir que la plupart des moustiques sont plus actifs à l’aube et au coucher du soleil et le plus simple et efficace est de réduire les risques de piqûres durant ces périodes de la journée. Pour ce faire il faut :
1-Eviter de sortir.
2- Lorsque l’on est à l’extérieur, utiliser un insectifuge et se couvrir les membres avec des vêtements aux couleurs claires pour permettre de voir aisément les moustiques.
3-Poser des moustiquaires sur les portes et les fenêtres.
4- Eliminer les eaux stagnantes qui favorisent la reproduction des moustiques en vidant les pots à fleurs, les bacs et les barils.
5- Changer tous les jours l’eau des bols des animaux domestiques.

Un mal qui désarme

La prévention est le seul garde-fou contre cette maladie car, malheureusement à l’heure actuelle, il n’existe pas de traitement, de médication ou cure spécifique pour le virus du Nil occidental. Dans les cas bénins, les symptômes comme la fièvre et les douleurs disparaissent d’eux-mêmes. Certains cas sont traités avec des thérapies de soutien pour réduire les symptômes et prévenir les infections secondaires ; d’autres peuvent nécessiter une hospitalisation, lorsque les symptômes sont sévères. Il n’existe non plus aucun vaccin contre ce fléau mais de nombreux scientifiques se penchent sur la question pour en préparer un afin de protéger les populations. Cette année, l’Observatoire National des Maladies Nouvelles et Emergentes (ONMNE) a tablé sur une grande médiatisation et a lancé une campagne de sensibilisation à travers un dépliant destiné au public. « Les changements climatiques sont à l’origine de la réémergence du VNO. » nous dit le dr Souha Bougatef de l’ONMNE. ■

Dr Souha Bougatef, chef de service de la veille épidémiologique des maladies communautaires à l’Observatoire national des maladies nouvelles et émergentes.

Les symptômes que présentent les personnes atteintes sont répartis en deux groupes, les symptômes bénins et sévères. Avez-vous établi un décompte du nombre de cas que nous avons en Tunisie ?
Pour ce qui est des symptômes dits bénins, ils sont comparés au syndrome grippal et disparaissent sans traitement particulier. Dans 80% des cas, il n’y a aucun symptôme et dans 20% des cas il y a apparition de fièvre, de céphalée, de courbatures, etc. Ces cas-là ne sont pas recensés. Les symptômes sévères ne touchent que 1% des cas et le recensement se fait à travers des fiches de signalement distribuées sur tous les établissements médicaux du territoire. Ainsi, pour chaque sujet présentant ces symptômes, des échantillons de sang et de liquide céphalorachidien sont envoyés au centre médical concerné, à l’Institut Pasteur à Tunis, à l’hôpital Hédi Chaker à Sousse, à l’hôpital Fattouma Bourguiba à Monastir ou à l’hôpital Habib Bourguiba à Sfax. Au 12 décembre 2012 on dénombre 85 cas touchés par le VNO.
Y a-t-il une unité de recherche pour découvrir un vaccin contre le VNO en Tunisie ?
Non, pas pour le moment. Les recherches aux Etats-Unis n’ont-elles-mêmes pas encore abouti, seul le vaccin pour les animaux est en cours de préparation.
Si, pour le moment, la prévention est la seule protection contre cette maladie, que fait-on pour protéger les populations à l’échelle nationale ?
Avant la période critique, qui se situe chaque année, entre le 1er avril et le 30 novembre, le ministère de la Santé met en place des commissions pour sensibiliser tous les intervenants à la lutte anti-vectorielle ; à savoir le nettoyage des puits, des bassins, des lacs, des oueds … Au niveau des zones rurales et sous l’égide du ministère de la Santé, les ministères de l’Environnement, de l’Equipement et de l’Agriculture prennent le relais dans le cadre de cette lutte. Dans l’ensemble, le rôle du ministère de la santé est d’établir un listing de toutes les zones humides où il est nécessaire d’intervenir; pour cela, les services d’hygiène prélèvent des échantillons d’eau qui sont analysés au stade larvaire du moustique responsable du virus.