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Pauvreté en Tunisie « Une vérité amère, une réalité effarante »

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Pauvreté en Tunisie « Une vérité amère, une réalité effarante »

Et encore, Saloua Ben Sbaa ne trouvait pas de mots assez durs ni suffisamment éloquents pour décrire ce qu’elle a vécu ou illustrer ses sentiments au sortir de la journée qui l’a menée dans les régions reculées du Nord Ouest du pays. Jamais notre interlocutrice n’avait imaginé qu’une telle misère pût exister en Tunisie.

En décidant avec ses deux amis, Wahiba Chemli et Kaïs Chaïbi, d’organiser une caravane de solidarité pour les familles nécessiteuses de la région située entre Tabarka et Aïn Draham, elle pensait qu’une bonne quantité de denrées alimentaires, de vêtements, de couvertures, d’équipements domestiques et de chaises roulantes allait suffire au bonheur des quelques 60 personnes des quatre localités ciblées.

L’essentiel c’était d’aller à la rencontre de gens qui avaient surtout besoin de réconfort et de soutien moral.

Que nenni ! De Bounaiel à Al Homren en passant par El Forch et Aïn Snoussi, le décor était le même.
Vieillards, femmes, hommes, jeunes, enfants, tous sans exception ne demandaient qu’une chose : manger à leur faim. Passe encore sur les taudis dans lesquels ils vivent, l’absence totale d’infrastructure (route, électricité, eau…), les 14 km que les enfants doivent se taper en aller-retour pour se rendre à leur semblant d’école et tout le reste, « ces gens connaissent une véritable famine », raconte Saloua Ben Sbaa. « Ils avaient tellement faim que la colère froide et muette qu’ils emmagasinaient ne se lisait qu’à travers leurs regards étincelants de haine ».

✔ Au bord de la famine

D’ailleurs, par moment, il fallait user d’énormément de tact pour éviter que l’ambiance ne dégénère :« Certains villageois nous ont pris pour des officiels et ont failli nous agresser, mais nous avons fini par les convaincre que nous n’étions que de simples citoyens, comme eux, venus leur apporter notre soutien bénévolement sans aucune arrière pensée. Ce ne fut certes pas une sinécure, d’autant plus que nous n’avions pas prévu de faire face à autant de besoins. Franchement nous étions à mille lieux de la réalité et pourtant Kaïs Chaïbi avait effectué une tournée préalable en éclaireur pour identifier les zones et les personnes qui étaient le plus dans le besoin, mais cela n’a pas suffi. Ce n’est qu’en nous rapprochant de la population que nous avons découvert la vérité amère. »
Que de gens complètement démunis, dépourvus du minimum et laissés pour compte. Une proportion d’handicapés effarante en raison des mariages consanguins. Une situation de famine généralisée…

Bref, une vraie catastrophe humanitaire. C’est là que Saloua et ses amis ont finalement compris qu’ils étaient loin du compte et qu’ils n’ont apporté qu’une goutte d’eau dans un océan. Ces gens n’avaient besoin ni de réconfort, ni de soutien moral, ni encore moins de vêtements, de couvertures et d’équipements domestiques, mais uniquement et avant tout de produits alimentaires, de quoi manger à leur faim. « Désormais, nous savons à quoi nous en tenir et comment faire en sorte que notre action puisse être efficace. Il s’agit en fait de nourrir ces gens et de façon ininterrompue afin que tout effort ne soit pas vain. Il faut redoubler d’effort, unir , nos forces et apporter un soutien permanent à ces gens délaissés et ignorés par la société », conclut Saloua Ben Sbaa.

01-Mars-11

                                                                                                                Chiraz Ounaïs