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Une première en Afrique Un centre de réadaptation cardiaque à Tunis

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Une première en Afrique Un centre de réadaptation cardiaque à Tunis

Le centre de réadaptation cardiaque de Tunis vient d’ouvrir ses portes. Il accueille les patients victimes d’un infarctus ou ayant vécu une opération cardiaque (pontage, greffes, chirurgie valvulaire…) après leur hospitalisation. Et c’est Dr Besma Boukhris Ben Khadija, une femme dynamique et passionnée, sa fondatrice qui nous parle avec enthousiasme de ce projet.

par Nadia Arfaoui

La porte d’entrée franchie, première surprise : une ambiance paisible émane de l’endroit. Loin de la froide blancheur des milieux hospitaliers, le style de décoration se veut simple et épurée avec de beaux mélanges de bois et de vert, qui réussissent à nous faire oublier le stress de la ville.

➤ Visite guidée

La visite des lieux commence par « la grande salle », une salle de gymnastique bien éclairée, où l’on peut croiser un
patient en plein exercice et ou faire la connaissance du personnel soignant. Elle est équipée de plusieurs machines telles que le tapis, le vélo ergométrique et cette fameuse technologie, la télémétrie. Dr Boukhris a pensé à tout, semble t-il. La télémétrie permet de surveiller en temps réel le coeur du patient sur un écran se trouvant dans la même salle et sur son écran d’ordinateur lorsqu’elle se retrouve dans son bureau. Ce système permet également de sauvegarder toutes les informations afin de pouvoir revoir, comparer, vérifier, chaque fois que le besoin se fait sentir. De l’autre côté de la baie vitrée, la salle de repos est prévue pour accueillir les patients entre deux activités. Ils peuvent y prendre une collation (c’est le cas des diabétiques par exemple) et s’y reposer. Le centre est également équipé :
– une salle réservée à l’épreuve d’effort avec mesures des échanges gazeux
– une salle d’échographie
– une salle de réanimation bien équipée
– une salle d’éducation thérapeutique dédiée au cours collectifs assurés par un psychiatre, un tabacologue, un diabétologue et l’ensemble du personnel soignant du centre.
– un halter rythmique et tensionnel sont également à la disposition des curistes
– un enregistrement ECH/24h et de la tension artérielle

➤Une idée tenace, un long parcours

Assistante hospitalo-universitaire au service de cardiologie à l’Hôpital des forces de sécurité intérieure de La Marsa où elle officie pendant de longues années, Dr Besma Boukhris a vu défiler des centaines de patients qui, après avoir quitté la table d’opération, rentrent chez eux avec des dizaines de questions qui demeurent sans réponse. « Le rôle des médecins, des chirurgiens et du personnel soignant s’arrête malheureusement aux portes de l’hôpital ». Livrés à eux mêmes, les patients ont tendance à avoir peur de tout et de rien. Tout devient un problèmefaire les courses, monter les escaliers, prendre une douche et même faire l’amour. « C’est en général la première question posée par nos patients », précise-t-elle. Depuis quelques années, les accidents cardiaques ne cessent de se « rajeunir». « Il y a 15 ans, lorsqu’un jeune de 30-40 ans a un infarctus, c’était une exception, maintenant la tendance s’est complètement inversée. La majorité des cas ne dépassent pas 45 ans en moyenne ». Face à cette frustration vécue pendant de nombreuses années dans les hôpitaux, Dr Boukhris décide d’accompagner ces patients dans cette phase cruciale, la réadaptation à leur nouvelle vie. Après de longues recherches, elle fait des allers-retours en France pour voir de près le fonctionnement des centres de réadaptation cardiaque. « Quand j’ai vu les patients complètement pris en charge, j’ai été verte de jalousie ». Plus motivée que jamais, elle fait tout pour concrétiser son projet. Elle déménage pour être proche du centre. Elle s’entoure d’une équipe multidisciplinaire comprenant une diététicienne, un kinésithérapeute, un enseignant d’éducation physique et un cardiologue (elle-même). Elle contacte également des spécialistes notamment, un diabétologue, un psychiatre et un tabacologue dont la principale intervention sera de donner des cours collectifs aux patients, où ils pourront aborder plusieurs sujets, échanger leurs expériences et poser toutes les questions qui passent par leurs têtes. L’un d’eux, Dr Ben Azouz, insiste sur l’intérêt de ces cours et explique que la prise en charge psychologique consiste essentiellement à apprendre aux patients à mieux gérer leurs stress et à être moins anxieux grâce aux différentes techniques de relaxation et de respiration. Dans certains cas, la thérapie doit être envisagée notamment pour les personnes qui risquent de sombrer dans une dépression, inquiets de leur état de santé et de leur nouvelle vie.

➤ Une seconde vie

C’est tout l’intérêt du centre, une équipe multidisciplinaire qui prend en charge toutes les inquiétudes du patient, qu’elles soient d’ordre physique, psychologique et parfois même social. Après l’épreuve d’effort, chaque curiste est pris en charge individuellement pendant trois semaines. Suivi quotidiennement par son cardiologue, mais aussi par tout le personnel soignant du centre, le patient est coaché par un kinésithérapeute et un éducateur physique. Il suit un programme personnalisé et s’adonne à des activités physiques notamment, le vélo et le tapis. De jour en jour, il va progresser et reprendra confiance en ses capacités physiques. L’effet de groupe, est également très important souligne Dr Azouz, le fait de rencontrer d’autres personnes dans le centre, dans la salle de gymnastique, ou la salle d’éducation thérapeutique, le patient dédramatise son cas et le pousse à aller de l’avant. Après la cure, le patient se sent prêt à affronter ses angoisses et pourra retrouver une vie aussi normale que possible. « Il aurait appris à mieux vivre avec la maladie en optant pour une meilleure hygiène de vie, où l’activité physique n’est plus une option, mais un nouveau mode de vie ».Par ailleurs, de nombreuses études ont démontré une nette diminution de la morbi-mortalité chez les patients ayant bénéficié d’une réadaptation par rapport à ceux qui n’ont en pas fait.Reste l’éternel problème de la CNAM qui ne prend pas en charge la rééducation du coeur. « C’est tout à fait normal, puisqu’il n’y avait aucune demande de ce type de centre à ce jour », ajoute t-elle. Soutenue par ses collègues (des cardiologues et des chirurgiens) ainsi que plusieurs patients avertis, Dr Boukhris reste confiante en l’avenir du centre et de la position de la CNAM concernant sa demande, puisque celle-ci pourra s’épargner une grande partie de ses dépenses habituelles relatives aux maladies cardiaques. ■