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Le bruit, mauvais pour la santé ?

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Le bruit, mauvais pour la santé ?

Du cri du nouveau-né au joyeux brouhaha d’un marché animé, le bruit est souvent synonyme de vie. Oui, mais voilà : lorsque les embouteillages grouillent sous vos fenêtres, que votre chambre se situe devant des rails de trains, le bruit peut aussi vous la gâcher.

Quelle est l’incidence des sons sur le développement de la personnalité? Certains aspects de l’environnement sonore peuvent-ils s’avérer traumatisant?

Pour parler de matière sonore anxiogène, nous présentons ici une explication strictement acoustique, nous en tenant aux trois éléments de définition d’un son: intensité, fréquence, timbre. Si une forte intensité peut engendrer le sentiment d’insécurité, on peut lui opposer le silence qui est tout aussi insécure, sinon plus, selon les situations.
Toutefois, les niveaux élevés provoquent la puissance et réveillent la crainte (orage, bombardement, etc.), mais rassemblent aussi (concerts, festivals, etc.).
L’effet d’irruption (de l’explosion par exemple) crée la surprise, la peur et provoque fréquemment des réactions physiques comme l’accélération du rythme cardiaque. Mais, là encore, on peut lui opposer l’effet de coupure (brusque rupture d’intensité).
Si l’on retient la dimension fréquence, la déstabilisation provoquée par les infrasons et les ultrasons chez les animaux laisse supposer que les fréquences extrêmes constituent une menace corporelle.
Du point de vue de la signification émotionnelle, les sons graves évoquent plutôt la puissance, les sons aigus l’excitation.
Quant au timbre, non mesurable, on pourrait évoquer ici des sons qui engendreraient plutôt un mouvement de fuite ou encore de répulsion.
Nous pouvons observer une réaction quasi psychomotrice à l’écoute du grincement des sons métalliques froids et stridents (en passant devant un artisan soudeur par exemple). Ne dit-on pas de tels sons, à la lettre, qu’ils nous font «grincer des dents »? Cet aspect répulsif de la matière sonore ne suffit certainement pas à provoquer le sentiment d’insécurité, mais peut sans doute y contribuer.

Tous les jours, nous réagissons à un bruit que nous n’attendions pas. Pour peu qu’il persiste, c’est à son absence que nous réagissons. Alors, pourquoi s’inquiéter, puisque nous nous adaptons.

Mais à quoi nous adaptons-nous? Comment et de quoi est constitué notre paysage sonore ?

Le paysage sonore urbain croise en permanence trois composantes :

-les sources sonores : naturelles (le vent, la pluie), les moyens de transports, les activités industrielles, les voix humaines, etc. Les signaux peuvent caractériser un lieu, la sirène du TGM de la banlieue de Tunis, l’appel à la prière des villes musulmanes, les cloches des églises des villes occidentales, les crieurs des marchés, etc.

-les espaces de diffusion impliquant la dimension architecturale: boulevard, rues étroites, rues courbes ou droites, cour d’immeuble ou d’école, couloir, espace couvert, découvert, gabarit du bâtiment, types de matériaux (réfléchissants et réverbérants comme les carrelages de l’habitat traditionnel ou absorbants comme les moquettes et tapis), présence de végétaux, etc. La forme et les propriétés de l’architecture viennent ici au secours des signaux sonores pour les transformer, les adapter donnant ainsi une couleur particulière à chaque fragment de nos villes. La médina de Tunis ne sonne pas comme la cité Ennasr, ni Aïn Draham comme Hergla.

-les perceptions de l’auditeur liées à ses références culturelles, à ses représentations, son âge, etc.

Mais de quelles manières les recherches sur l’acoustique architecturale et urbaine et les recherches sur l’audition s’enrichissent-elles mutuellement?

Pour illustrer la pertinence de leurs collaborations, prenons l’exemple des enfants à l’école.
De manière générale, les recherches récentes ont surtout porté sur le comportement des professeurs et des élèves (de 4 à 10 ans). Les études menées par des pédiatres et des acousticiens ont mis en évidence la perte d’efficacité du contenu de l’enseignement lorsque le niveau ambiant créé par les élèves atteignait 15 décibels de plus que celui du discours du maître.
Dans le bruit, les enfants confondent certaines consonnes et la distorsion des sons rend peu reconnaissables certaines parties des mots, spécialement les fins de mots.

Des chercheurs ont effectué des tests en début et en fin d’année par deux groupes d’élèves de 6 à 8 ans. Les premiers travaillent dans une salle réverbérante (matériaux réfléchissants), les seconds dans le même bâtiment mais dans une salle plus mate (matériaux absorbants).
Les résultats montrent que les enfants travaillant dans une salle bruyante ont de moins bonnes acquisitions de lecture en fin d’année que les enfants dans la salle insonorisée. En outre, pendant les épreuves exigeant de l’attention, ils sont plus agités et plus instables que les autres. On évoque aussi des manifestations d’agressivité, d’irritabilité, de fatigue, d’agitation psychomotrice qui peuvent détériorer le climat social, être la source de conflits, de heurts, de bagarres.

Le bruit semble être un facteur de risque pour la stabilité scolaire et l’apprentissage des enfants. Cependant, les enfants nous rappellent par là qu’une certaine dose de bruit est nécessaire pour exprimer la vie.
Le son subi est souvent la première prise de conscience de l’environnement sonore. Les situations extrêmes (proximité d’aéroports, de zones d’activités industrielles, de trafic autoroutier) ne doivent pas faire oublier que chaque personne est productrice de sons, voire un faiseur de bruits, le bruit n’est pas toujours celui des autres.

Qu’en est-il de la réglementation tunisienne relative au bruit? Les questions soulevées dans ce court texte sont condensées en une seule ligne : à la municipalité de Tunis, l’arrêté municipal en date du 2 août 2000 stipule qu’au-delà de minuit, l’utilisation des haut-parleurs est strictement proscrite. Le chemin est encore très long.