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Le Sweet Touch,le don d’amour

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Le Sweet Touch,le don d’amour

Le Sweet Touch est un moyen de communication non-verbale qui permet d’entrer en relation notamment avec des personnes en situation de handicap ou en fin de vie. Cette technique se veut non-intrusive et permet d’entrer en contact en respectant l’intégrité de la personne. Les mains, les bras, les mollets, les pieds ainsi que le visage et la tête sont les seules parties du corps effleurées.

par Kamel Bouaouina

Cette technique a été pensée, à l’origine, pour des personnes en fin de vie, privées de la parole et donc très vulnérables. Au fil du temps et grâce à ses élèves, Isabelle Erard s’est rendue compte que le Sweet Touch pouvait être utilisé pour d’autres types de population. Elle dévoile à notre revue cette technique et ses effets thérapeutiques.

Comment êtes-vous venue au Sweet Touch ?

Le Sweet Touch est né d’une réflexion menée à l’hôpital lors d’un de mes séjours. J’ai eu le temps d’observer comment se déroulaient les relations patients/famille et les communications interpersonnelles avec les soignants. Je n’ai plus eu de répit jusqu’à la mise au point de ce toucher destiné à combler les maladresses et carences relationnelles. C’est la synthèse de plusieurs techniques thérapeutiques, associées et sélectionnées en fonction de leur douceur et de leurs synergies, pour offrir un toucher cohérent, adaptable aux personnes les plus sensibles, fragiles et pudiques. Le Sweet Touch respecte le sens de la circulation veineuse, lymphatique et énergétique.

Comment en êtes-vous venue à exercer cette profession ?

J’ai toujours voulu soigner. Enfant, je magnétisais les animaux que les voisins m’apportaient. A 14 ans, je me suis inscrite à la Croix Rouge comme secouriste-réanimatrice et je me suis occupée d’enfants handicapés. J’ai travaillé à l’hôpital Raymond Poincaré à Garches durant quelques mois puis j’ai suivi des études de psychomotricité, à Paris. J’ai ensuite travaillé en psycho-gériatrie, durant des années, jusqu’à ce qu’un accident de travail m’oblige à me reconvertir. Après de multiples formations complémentaires, j’ai ouvert mon cabinet privé “Au coup de Pouce”.

A qui s’adresse le Sweet Touch ?

Le Sweet Touch s’adresse aux personnes malades, handicapées, accidentées, désorientées, en fin de vie. Il est aussi utilisé pour calmer un enfant, l’endormir le soir, enrichir la relation affective, apaiser l’angoisse. Il permet de diminuer la prise de certains médicaments, de diminuer la pénibilité de certains traitements (comme la dialyse, par exemple).

Comment redonner ou donner du sens à ce toucher relationnel ?

S’investir complètement dans la qualité du toucher, avec sa pensée bienveillante, son cœur, son âme. Etre présent à l’instant, pour ne pas perdre le contact avec l’autre.

Toucher, est-ce rencontrer l’autre avec ses mains ?

C’est tout-à-fait cela : lui dire qu’on l’aime, combien il nous est précieux, qu’on le soutient, qu’on compatit à sa souffrance, qu’on l’accompagnera jusqu’au bout, qu’il peut compter sur nous…

Quels sont les bienfaits de cette pratique ?

Ce toucher spécifique apporte paix intérieure, réconfort moral, relaxation musculaire, complétude de l’unité corporelle morcelée par les soins. Il améliore la qualité du sommeil et sa durée, facilite l’endormissement en réduisant l’anxiété nocturne. Il renforce les liens familiaux, favorise le dialogue, quand c’est encore possible. Un accompagnement réussi adoucit le deuil et apaise la souffrance. Il optimise l’efficacité des soins en donnant au personnel soignant un outil d’approche apprécié par le malade, ainsi plus disponible. Le personnel soignant est heureux d’avoir une approche plus humaniste que purement technique, parfois ingrate car il peut faire mal.

Est-ce que ces massages peuvent aider à soigner certains problèmes de santé ?

Ce toucher spécifique n’a pas pour but de soigner. Cependant, en améliorant la qualité du vécu de la personne, on peut constater des bénéfices : moins d’agitation, relaxation musculaire, apaisement psychologique, diminution du ressenti de la douleur, de l’angoisse, de la peur de la souffrance, de la séparation, de la mort, etc.

Existe-t-il des contraintes concernant vos toucher-massages ?

Les seules contre-indications sont le refus de la personne, les consignes émises par l’équipe médicale en charge de la personne. Il doit être totalement indolore. Il est impératif de respecter la pudeur et la sensibilité de la personne, la confidentialité, de veiller à son confort et sa chaleur. Le silence absolu est requis durant toute la séance, la personne doit pouvoir dormir si elle en a besoin.

Accompagner veut dire qu’il y a toujours à faire, pour aider un malade à vivre, jusqu’au bout.
C’est donner de la qualité de vie à ce qui reste de vie. Mourir est un acte de vie, au même rang que la naissance. Le chemin qui y mène est donc sacré, il doit être parcouru, entouré de proches éveillés spirituellement, dans la foi.

«Le Sweet Touch s’adresse aux personnes malades, handicapées, accidentées, désorientées, en fin de vie»

C’est ce qui le différencie le « toucher-massage» du « massage thérapeutique» ?

Le massage thérapeutique a pour but de restaurer une ou plusieurs fonctions mécaniques ou physiologiques, suite à un accident ou une maladie. Il s’inscrit dans le cadre de la convalescence ou de la réhabilitation, la personne ayant une espérance de vie ainsi optimisée. Le toucher-massage est offert aux personnes dans le cadre des soins palliatifs, pour des maladies chroniques ou de longue durée. Nul ne sait le temps de vie. L’offre du Sweet Touch est dans un rapport qualitatif, relationnel, pour le malade et le donneur, dans le partage aimant.

Comment se pratique le toucher-massage ?

Il peut être pratiqué dans toute pièce tranquille, à l’abri du passage, dans un lit ou sur un fauteuil confortable, avec des coussins, habillé et avec une couverture pour préserver la chaleur, si nécessaire. Le Sweet Touch s’applique sur les jambes, les bras, la tête, le visage, au choix. Il est indispensable de s’être lavé les mains, de les avoir désinfectées et qu’elles soient chaudes ! Le temps de partage est déterminé par l’état de santé de la personne et de la disponibilité du donneur.

Quelle est la formation nécessaire pour devenir praticien en Sweet Touch?

Il existe 2 formations :
12h- pour le personnel soignant, les bénévoles et les familles, avec une attestation de formation.
48h- pour les enseignants en Sweet Touch, avec certification professionnelle (un engagement personnel est requis).
Pré-requis : travailler dans le médical, le social, les médecines complémentaires, l’enseignement, le domaine spirituel, ou encore le bénévolat…

Quelles sont les compétences et qualités requises ?

La sérénité, la bonté, la douceur, le sens de l’observation, le respect d’autrui.

Comment voyez-vous l’avenir de votre métier ?

J’y engage toute ma disponibilité, afin que cette nouvelle façon de communiquer par le toucher devienne un outil offert à toutes et tous, sans frontières d’aucunes sortes. Ici, il se développe avec succès. J’ai déposé une soumission à l’HUG dont j’attends des nouvelles pour la fin de l’année, dans le cadre des soins palliatifs.
Par ailleurs, je continue à dispenser des cours pour les homes et hôpitaux qui m’ont renouvelé leur confiance. Des étudiantes dans la santé ont choisi le Sweet Touch comme sujet pour leur travail de fin d’études, avec succès.