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TIC TAC TOC Quand le corps perd le contrôle

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TIC TAC TOC Quand le corps perd le contrôle

Marginalisées pendant longtemps, certaines personnes souffrent de ces troubles étranges qui gâchent leur vie et celle de leur entourage. Bien que différents sur le plan symptomatique et thérapeutique, les tics, les tacs et les tocs nous font perdre complètement le contrôle sur notre corps et sur notre comportement. Zoom sur ces troubles encore peu connus

par Nada Arfaoui

☛ Vous avez dit TIC ?

Nous sommes tous des tiqueurs avons-nous envie de dire.
En effet, la plupart des enfants développent des petits tics (ils remuent les lèvres, ils reniflent ou haussent les épaules) qui disparaissent spontanément en grandissant. Mais, ils persistent pour certains et deviennent une source de honte et de gêne dans leur vie scolaire, professionnelle et familiale.
Plus connus sous le nom de tics, les Troubles Involontaires Convulsifs sont des mouvements brefs, involontaires et incontrôlés. Ils surgissent brusquement plusieurs fois par jour surprenant à chaque fois l’entourage et le tiqueur lui-même. Du clignement des yeux aux grimaces en passant par le haussement des épaules, les tics se remarquent généralement sur la partie supérieure du corps. Ils s’accentuent à cause de plusieurs facteurs comme le stress et la fatigue puis disparaissent quand le corps est au repos, notamment pendant le sommeil.

Dans certains cas, ils peuvent être plus complexes et plus spectaculaires comme le syndrome de Gilles de la Tourette. Les gestes deviennent alors caricaturaux, mouvements de la tête, sautillements et parfois même des répétitions de mots ou gestes obscènes.

Face à son trouble, le « tiqueur » reste complètement impuissant même s’il en est parfaitement conscient. Pour mieux maîtriser son corps, les thérapies comportementales sont utilisées par les psychomotriciens qui consistent à rechercher l’origine des troubles dans le schéma corporel pour que le « tiqueur » apprenne progressivement à les contrôler. Les techniques de relaxation sont également très bénéfiques et peuvent accompagner la psychothérapie. Dans les cas où les tics prennent vraiment le dessus, toutes ces techniques s’avèrent insuffisantes et le recours aux psychotropes indispensables. Les neuroleptiques permettent d’améliorer ou de guérir jusqu’à 80% des cas.

toc

☛ TOC…TOC

Souvent confondus avec les tics, les tocs sont complètement différents.
Ces troubles obsessionnels compulsifs se manifestent par des pensées fixes et obsédantes qui préoccupent complètement le « toqueur ». Elles reviennent sans cesse jusqu’à prendre siège dans son cerveau l’obligeant ainsi à se livrer à certains rituels plusieurs fois dans la même journée. L’obsession la plus connue est sans doute la crainte de la saleté et des germes qui se traduit par un lavage des mains (jusqu’à 50 fois par jour), le nettoyage de son bureau ou de sa maison plusieurs fois par jour également.
Mais, il y également d’autres obsessions dont les plus courantes sont celles de l’ordre et de la précision qui conduit à effectuer sans cesse les mêmes opérations de rangement : ranger ses chaussettes rigoureusement à la même place chaque jour pendant des heures. Le doute est l’obsession des vérificateurs qui ne peuvent s’empêcher de vérifier 30 fois des actes tout simples de la vie quotidienne : fermer la porte à clé ou éteindre la cuisinière.

Certains développent des tocs qui peuvent faire sourire plus d’un :ils ne jettent rien pendant des années de peur d’en avoir besoin un jour. D’autres, sont hantés par des idées beaucoup plus dangereuses comme la violence, les actes sexuels et parfois même le meurtre. Ils mettent alors en place des rituels par crainte d’y succomber. Conscients de leurs troubles, tous les « toqueurs » reconnaissent parfaitement l’absurdité de leurs gestes répétitifs ritualisés, mais ils restent impuissants face à cette forte envie d’y céder. Dans certains cas, ils risquent de sombrer dans l’alcool, la drogue et la dépression. Des solutions existent pourtant : les thérapies comportementales (qui durent 1 à 2 ans selon le cas) qui consistent à s’exposer aux situations qui déclenchent l’anxiété reliée aux obsessions sans répondre par la compulsion.
Par exemple, on habitue graduellement un « laveur » à toucher des objets sans se laver les mains. La psychanalyse s’avère également très utile dans la guérison de ces troubles liés à l’anxiété. Elle permet d’identifier l’origine du désordre et redonne au patient toutes les armes pour faire face à ces angoisses. Dans les cas les plus graves, un soutien médicamenteux doit accompagner le travail de psychothérapie pour calmer l’angoisse et traiter une éventuelle dépression.
tac

☛ Du TAC au TAC

Tout comme les tocs, les tacs ou Troubles Alimentaires Convulsifs relèvent des troubles liés à l’anxiété. Contrairement à ce que nous pensons, ils touchent principalement des jeunes femmes, intelligentes et très douées à l’école.
Manger trop ou trop peu, ces troubles sont apparentés à une dépendance, comme la drogue. Accros à la nourriture, les boulimiques ne peuvent s’empêcher d’avaler des quantités phénoménales de plats sucrés, gras ou salés. Ils peuvent vider le contenu du réfrigérateur en un temps record. Les crises étant finies, les boulimiques tentent ensuite d’éliminer ce trop-plein en provoquant des vomissements. Ils passent ensuite par une phase de culpabilité en attendant la prochaine crise. Incapables de reconnaître la faim ni la satiété, ces personnes ressentent en permanence la nécessité de « saturer » leurs besoins.

L’anorexie est également un autre trouble alimentaire convulsif qui pousse ceux qui en souffrent à ne pas manger, ou très peu de peur de grossir. Ils souffrent en fait d’une déformation de l’image du corps, ils se trouvent très gros alors qu’ils n’ont que la peau sur les os. Ce sont généralement des jeunes filles de 15-20 ans, qui rêvent de ressembler à ces images retouchées des magazines. Une personne anorexique peut passer par l’anorexie, ensuite la boulimie pour revenir à l’anorexie.
Cette maladie peut prendre des formes très dangereuses mettant en danger ces personnes qui deviennent de plus en plus vulnérables risquant parfois même la mort. Plus qu’un trouble alimentaire, ces troublent poussent les boulimiques et les anorexiques à l’enfermement et l’isolement. Une rééducation alimentaire pour apprendre progressivement à s’alimenter correctement est indispensable. Mais, elle doit s’accompagner d’une longue psychothérapie et une thérapie comportementale pour faire face à l’origine des troubles.