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Transplantation d’organes L’expérience tunisienne au service du Maghreb

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Transplantation d’organes L’expérience tunisienne au service du Maghreb

Depuis la création du Centre national pour la promotion de la transplantation d’organes (CNPTO) en 1995, la Tunisie a réalisé un saut qualitatif à même de la positionner parmi le gotha mondial et surtout, en tant que référence en la matière.

par Chiraz Ounaïs

Une vraie performance quand on connaît la complexité et toute la mobilisation que nécessite la transplantation d’organes. Il s’agit en effet, d’un chemin de croix qui fait appel à l’implication de nombreuses spécialités. « Promouvoir la transplantation à l’époque, lors de la création du CNPTO, était quelque chose de global. Il s’agissait à la fois de promouvoir le don, le prélèvement, organiser l’activité de prélèvement et de transplantation, veiller à ce que cette activité se fasse dans les normes et la transparence, le tout dans le respect de l’éthique et de l’équité, avant d’opérer une évaluation périodique des résultats », nous explique Dr Mohamed Chebil, directeur du CNPTO. Un véritable parcours du combattant que notre institution a traversé avec succès, étant un partenaire incontournable de nombreux organismes mondiaux, à commencer par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et, en passant par l’Agence de la biomédecine (ABM, France). L’expérience tunisienne est ainsi devenue un modèle à suivre, d’où l’idée d’instaurer une formation en faveur de nos voisins maghrébins. « Lors du 4ème Colloque France-Maghreb sur le don d’organes, auquel la Tunisie participe depuis sa création en 2003, la communication du Dr Chebil sur l’expérience du CNPTO avait subjugué l’assistance. Dès lors, dans l’une des recommandations du colloque, les participants marocains et algériens avaient formulé le voeu d’en apprendre plus sur le modèle tunisien. Et, en à peine 8 mois, de janvier à septembre, nous avons répondu à leur souhait en organisant cette formation qui en appelle d’autres, sur demande de l’OMS », nous apprend Dr Mylène Ben Hamida, chef de service au CNPTO et organisatrice de l’inoubliable « 10 cours pour une cause ». Pour en revenir à ce qui a, aujourd’hui, réuni les spécialistes maghrébins sous nos cieux, il s’agit d’une première formation dont le thème, « La coordination des prélèvements multiorganes dans les pays du Maghreb », n’a justement rien de fortuit. « La coordination est le nerf de la guerre en matière de transplantation d’organes, aussi bien pour la pérennité et la promotion du don qu’au niveau de la coopération avec nos voisins maghrébins, avec lesquels nous avons tout en commun : culture, langue, mentalité, religion, traditions… », précise en effet Dr Ben Hamida. « La coordination et l’organisation de cette activité doivent être parfaites », confirme le Dr Chebil, en énumérant les impératifs : « Il faut détecter les sujets en état de mort encéphalique, les déclarer aux centres coordonnant cette activité, en objectiver le diagnostic et les prendre en charge correctement. En parallèle, il faut le consentement, soit de la personne, de son vivant ou sa non-opposition, soit celui de sa famille. Auquel cas, la prise en charge adéquate de la famille est un élément primordial ». Tout un programme…

Journée de sensibilisation à l’UTICA

«Vous ne donnez que peu lorsque vous donnez vos biens. C’est lorsque vous donnez de vous-mêmes que vous donnez réellement.», clamait Khalil Gibran. C’est exactement ce message qu’ont voulu véhiculer les membres de l’Association tunisienne de sensibilisation au don d’organes (ATSADO) lors de leur treizième journée de sensibilisation, organisée à l’UTICA sous l’égide du Ministère de la Santé publique. Et, c’est avec beaucoup d’émotion que Pr Mohamed Gueddiche, Président honorifique de l’association, s’est adressé en toute spontanéité à une salle comble, en des termes poignants, loin des discours préétablis. Etre donneur, c’est sauver la vie de personnes en souffrance. Etre donneur, c’est penser au bonheur de milliers de familles vivant dans l’incertitude. Rappelons que le nombre de tunisiens souffrant actuellement d’insuffisance rénale et nécessitant une greffe s’élève à près de 3.500. De nombreux artistes, présents ce jour-là, ont tenu à témoigner leur engagement envers cette cause. Citons par exemple la resplendissante Amel Alouane, fervente ambassadrice de l’ATSADO, Kamel Touati, Dali Nehdi, Younes Ferhi, sans oublier bien sûr notre Lotfi Bouchnaq national, qui dans un trait d’humour a précisé qu’il était donneur de tous ses organes, sauf… ses cordes vocales bien sûr.

En Tunisie, la première greffe de rein a été réalisée en 1986, celle du coeur en 1993 et celles du foie et de la moelle épinière en 1998.

La dimension de la formation

Le CNPTO a mis en place, en collaboration avec l’OMS et l’ABM, une formation à la coordination, destinée aux personnels médicaux et paramédicaux impliqués dans la transplantation d’organes et ce, dans les services de réanimation et d’urgence du Grand Tunis et du Nord de la Tunisie. Les résultats sont sans ambigüité, avec 15 prélèvements multiorganes des 17 réalisés en Tunisie en 2009 pour ce réseau du Nord. C’est pourquoi le CNPTO s’est fixé deux objectifs : Le premier, consiste à développer un réseau Sud (la formation a commencé ce mois de septembre 2010 à Sfax), puis un réseau Centre ; le deuxième, concerne la professionnalisation de l’activité et l’instauration d’une formation approfondie sur l’abord de la famille et sur la reconnaissance de l’état de mort encéphalique, laquelle a déjà été entamée cette année.

La citation

« Pas de transplantation sans don »

Dr Mohamed Chebil, directeur du CNPTO