A la Une

Tuberculose pour un meilleur dépistage des sujets suspects

Publié le
Tuberculose pour un meilleur dépistage des sujets suspects

Malgré les progrès réalisés depuis plus de trois décennies sur le plan du diagnostic et du traitement de la tuberculose pulmonaire et viscérale (affectant les organes tels que les os, les articulations et la colonne vertébrale, les ganglions, les intestins, l’appareil rénal et urinaire, les méninges, etc.), la tuberculose ne cesse de présenter un problème aussi bien pour les médecins et les autorités sanitaires que pour la communauté.

par Kamel Bouaouina

La Tuberculose, une menace mondiale !

La tuberculose est causée par la bactérie «  Mycobacterium tuberculosis », dite bacille de Koch, qui se propage par les gouttelettes de salive ou de mucus projetées par les personnes chez qui la maladie est active.
Plus rarement, elle est présente dans le lait non stérilisé à ultra-haute température (tuberculose bovine).

Chez la plupart des individus, ces bactéries se multiplient en formant un foyer d’infection qui sera combattu par le système immunitaire et entouré d’un tissu cicatriciel. Lorsque le système immunitaire faiblit, les bactéries commencent à se propager dans l’organisme via la circulation sanguine, causant fatigue, perte de poids et d’appétit, fièvre et sueurs nocturnes. Des tubercules (foyer de tissu infecté) se forment ensuite dans les poumons et divers organes, dans les ganglions et même les os, et le malade expectore des crachats purulents teintés de sang. Sans traitement, la tuberculose est fatale dans un cas sur deux.

Plusieurs raisons font de nouveau de la tuberculose un danger :
•Les voyages aériens internationaux ont accru le risque d’exposition.
•L’augmentation conjointe du sida et l’usage de la drogue a accru la sensibilité à la bactérie (une personne atteinte du sida a, chaque année, 10% de risques de contracter la tuberculose, alors que pour une personne saine, ce risque est de 10% toute sa vie).
•Une nouvelle variante de la bactérie a émergé, dite tuberculose multi-résistante, car jusqu’à présent, les médicaments ont peu d’effet sur elle.

La tuberculose en Tunisie

Notre spécialiste Ridha Jemmali, Médecin, major de la santé publique et chef de service des soins de santé de base à la direction régionale de santé de base de Nabeul.

« Grâce à la vaccination par le BCG, débutée dès les années d’après l’indépendance et ciblant tous les enfants dès l’âge de la naissance avec des rappels à l’âge scolaire (le calendrier vaccinal officiel a subi quelques petites modifications le concernant depuis deux ans environ), un système de recherche des malades atteints par la maladie dénommée « dépistage » et un traitement antituberculeux efficace et gratuit (pris en charge par la communauté) conduisaient à une chute des taux d’incidence (nouveaux cas enregistrés pendant une année sur le nombre de la population considérée : en Tunisie 25/100 000 h contre 137 de par le monde ) et de prévalence (nombre de malades atteints par la maladie: 40.5/100 000h ; environ 1/3 de la population mondiale infectée) ainsi que de la mortalité par la maladie (1 700 000 décès par la tuberculose en 2009) relatés jusqu’à l’avènement de la première année du millénaire » a estimé Dr Jemmali qui ajoute « coïncidence ou ironie du sort une légère hausse de ces taux fut enregistrée à partir des années 2001 à 2003 en Tunisie et dans le monde et elle continue à se maintenir sur une courbe d’allure « en dents de scie » jusqu’à ce jour.

Une petite étude statistique menée par l’unité en charge de cette tâche au service régional n’a pas manqué de montrer cette tendance à la hausse au niveau de toutes les circonscriptions sanitaires de la région. Cette allure devenait de plus en plus visible à la fin de la décennie.

Il n’est pas très clair pourquoi la tuberculose refait surface et regagne du terrain, mais l’explication réside dans une multitude de facteurs. Entre autres « le manque d’intérêt » que portent les médecins à la maladie en général, compte tenu du fait que celle-ci demeure, dans leur subconscient, au moins depuis un certain nombre d’années, « plus ou moins éradiquée », l’ignorance des malades de leur maladie et la stigmatisation à laquelle ils font de plus en plus face dès lors que celle-ci affecte le plus souvent une frange de la population de conditions socio économiques plutôt précaires.

Le problème de l’augmentation galopante du nombre de cas de tuberculose résistants au traitement depuis quelques années n’a fait que compliquer davantage la situation, surtout que l’épidémie mondiale du sida a concouru de son côté au cours des deux décades précédentes de son évolution dans le monde et spécialement en Afrique (subsaharienne) à faire de la tuberculose de nouveau une maladie effrayante et redoutable.

« He, little brother » se proclamait dans une caricature inspirée par l’OMS un squelette représentant la mort, avec une faucille à la main, en interpellant son « petit frère SIDA ». Le nombre de tuberculeux vivant avec le VIH en 2009 atteignait les 400 000 cas en Afrique selon les estimations de l’Organisation Mondiale. Le rappel de ces éléments à l’audience lors d’une telle journée, malgré le peu de moyens mis à sa disposition (aucun laboratoire pharmaceutique ne s’intéresse à sponsoriser une manifestation traitant de la tuberculose ; le fonds mondial préconisé aide également à la formation en ce sens ainsi que les associations spécialisées restent peu généreuses quand il s’agit de ce genre de manifestations tenues à l’échelle locale malgré les moyens disponibles!) peut s’avérer être d’une grande utilité.
L’implication de l’effort de tous à un niveau régional, ne se limitant pas aux seuls « agents de santé », mais intéressant également les autres secteurs tels que celui relevant de l’agriculture, la tuberculose peut avoir comme origine la consommation de lait de vaches (atteintes de tuberculose dite bovine), et les autorités municipales peut contribuer largement à une « reprise de conscience » de toute la communauté afin que la « reprise de la lutte » regagne de l’intérêt et soit plus efficace et porteur de résultats probants dans le proche avenir.

Motiver les médecins de 1ère ligne

L’OMS s’est fixé comme objectifs de réduire de moitié les fameux taux d’incidence et de prévalence d’ici l’année 2015 et d’éradiquer la tuberculose d’ici l’an 2050.

« Des objectifs, à mon sens, très ambitieux ! affirme Dr Jemmali. Voici par ailleurs dans ce qui suit les principales recommandations retenues à la fin de la Journée et sur lesquelles l’équipe régionale va se pencher dans les prochains jours afin de les mettre en exécution :

1.Motivation des médecins de 1ère ligne à un meilleur dépistage des sujets suspects, une PEC plus efficace et un suivi plus régulier des malades atteints moyennant une sensibilisation exhaustive par le biais d’un programme de FMC adapté et des supervisions locorégionales plus soutenues et ciblant toutes les composantes du PNLAT (Programme national de lutte antituberculeuse).

2.Renforcement des capacités humaines et matérielles des laboratoires de la région notamment celui de l’hôpital régional de Menzel Témime.

3.Incitation des hôpitaux à l’acquisition des tests tuberculiniques (commandes groupées de quittes afin de pallier aux manques et sortir de l’impasse).

4.Motiver les agents chargés des enquêtes auprès des sujets contacts à une amélioration de la qualité de celles-ci en les faisant profiter « des encouragements matériels » prévus par le fond mondial en ce sens.

5.Améliorer la collaboration entre les équipes locales et régionales afin de faciliter les échanges d’informations et assurer un meilleur recoupement des données.

6.Améliorer la coordination entre les différents niveaux de soins afin que puissent être exécutées les directives appelant à prendre en charge les malades tuberculeux pour un dépistage systématique gratuit du VIH. Une meilleure coordination avec les laboratoires et la délégation régionale de la famille et la population est aussi requise.

7.Renforcer l’adhésion du malade au traitement par l’implication des membres de sa famille (Stratégie DOTS ou traitement sous surveillance) et une éducation sanitaire et sociale appropriée.

8.Essayer de pallier à l’insuffisance et le manque causés par l’absence d’un dispensaire antituberculeux (DAT) dans la région, lequel serait en tant que structure intermédiaire entre la 1ère et la 2ème, d’un grand apport pour les malades (meilleure accessibilité). Comme il contribuera à décharger considérablement la consultation de la 3ème ligne.

9.Désignation d’un pharmacien responsable à l’échelle régionale des commandes et livraisons de toutes sortes de médicaments et accessoires relevant du PNLAT et de tout autre programme (chroniques, PCIME, Vaccins, etc.) dans un but de régularisation de la situation et amélioration de la gestion de ces produits.

10.Inviter les circonscriptions sanitaires à une évaluation mensuelle des données relatives au PNLAT (mise à jour des listes des malades tuberculeux, taux d’incidence et de prévalence, décès, conduite du traitement, nombre de crachats prélevés, etc.).