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Ulcères «Des p’tits trous, des p’tits trous, encore des p’tits trous…»

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Ulcères «Des p’tits trous, des p’tits trous, encore des p’tits trous…»

L’ulcère gastrique (de l’estomac) et l’ulcère duodénal (qui se forme dans la première partie de l’intestin grêle), sont en quelque sorte des plaies ouvertes dans la muqueuse du tube digestif, plus ou moins profondes. Ces plaies sont douloureuses, car elles entrent directement en contact avec l’acide présent dans le tube digestif. Quelles causes ? Quelles complications? Quel traitement et quelle prévention ? Eléments de réponses par le Dr. Habib Jenayah, spécialiste en Gastro Entérologie et rectoscopie.

par Imen Zine

«La bactérie Helicobacter pylori (H. Pylori), une bactérie qui survit à l’acidité, est la principale cause d’ulcères. Elle cause approximativement de 60 % à 80 % des ulcères de l’estomac et de 80 % à 85 % des ulcères duodénaux. Cette bactérie envahit la couche de mucus qui protège normalement l’estomac et l’intestin grêle de l’acidité, et perturbe ce mécanisme protecteur chez certaines personnes. La prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens ou AINS comme l’aspirine, l’Advil et le Motrin, est la seconde cause la plus fréquente d’ulcère du tube digestif».
Il existe d’autres causes d’ulcères, notamment une production excessive d’acide par l’estomac. Le tabagisme, une consommation excessive d’alcool, un stress important ou une prédisposition héréditaire en sont souvent responsables. Il pourrait toutefois s’agir de facteurs aggravants plutôt que de véritables causes d’ulcères. Une brûlure grave, des blessures importantes ou encore le stress physique lié à une maladie grave sont également des causes d’ulcères.

Ça s’en va et ça revient…

«Habituellement, un ulcère apparaît progressivement en quelques semaines. Il peut aussi se manifester rapidement, après quelques jours de prise d’anti-inflammatoires, mais cette situation n’est pas très fréquente. Si l’ulcère n’est pas traité ou que la cause n’est pas enrayée, il y a de fortes possibilités que les ulcères réapparaissent dans l’année qui suit».
«Les complications sont rares. L’ulcère peut causer une lente hémorragie : le sang s’écoule alors à l’intérieur du tube digestif. Les saignements peuvent causer une anémie avec le temps, s’ils ne sont pas détectés. La perforation complète de la paroi du tube digestif est aussi possible. Cette situation engendre de violentes douleurs abdominales, qui s’aggravent rapidement en péritonite».

Des signes qui ne trompent pas !

Entre autres manifestations susceptibles d’être associées à un ulcère, on peut citer la sensation récurrente de brûlure dans la partie supérieure de l’abdomen.
En cas d’ulcère de l’estomac, la douleur est aggravée par le fait de manger ou de boire. En cas d’ulcère duodénal, la douleur s’apaise au moment des repas, mais s’accentue de 1 h à 3 h après avoir mangé et lorsque l’estomac est vide.
La sensation d’être vite rassasié, des éructations et des ballonnements peuvent également dus à la présence d’un ulcère.
A noter que les ulcères peuvent s’aggraver par des nausées et des vomissements, de la fatigue et par une perte de poids.
«Il est important d’utiliser adéquatement les médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens ou AINS. Sinon, ils risquent de causer des brûlures d’estomac, ou même un ulcère gastroduodénal. La sensibilité à ces médicaments varie d’une personne à l’autre, selon l’âge, la dose et la durée d’utilisation».

Médicaments ou chirurgie ?

Habituellement, le traitement médical de l’ulcère ne diffère pas, que celui-ci soit gastrique ou duodénal.
En première étape, l’approche thérapeutique vise à diminuer l’acidité de l’estomac, pour soulager les douleurs et traiter l’infection à la bactérie Helicobacter pylori, ce qui aide aussi à prévenir les récidives.
Si l’ulcère se trouve dans l’estomac, un prélèvement de tissus (près de l’ulcère) sera effectué pour exclure la faible possibilité qu’il s’agisse d’un cancer de l’estomac. L’ulcère duodénal, quant à lui, est pratiquement toujours bénin. L’examen consiste en un repas baryté, c’est-à-dire une ingestion de baryum, un liquide crayeux, suivi d’une radiographie de l’abdomen pour visualiser l’ulcère, ou en une gastroscopie afin d’observer les parois de l’estomac.
Des tests sanguins et d’haleine et, parfois, une biopsie de la paroi de l’estomac permettent au médecin de savoir s’il y a ou non une infection à la bactérie H. pylori.
De par l’utilité des médicaments, il est également très important de modifier certaines habitudes de vie, par exemple, l’usage de tabac ou la consommation d’alcool. Le traitement médical de l’ulcère peut nécessiter un régime alimentaire particulier prescrit par le médecin, préconisant, excluant ou limitant certains aliments.
En cas de complications, comme une perforation complète de la paroi digestive par l’ulcère ou une obstruction gastro-intestinale réfractaire aux médicaments, la chirurgie devient nécessaire.

Quels risques ?

Certains facteurs peuvent aggraver ou retarder la guérison des ulcères en rendant l’estomac plus acide :
* le tabagisme
* la consommation excessive d’alcool
* le stress
* le café, le thé, le lait, les boissons à base de cola
* les aliments gras (le chocolat et les concentrés de viande)
* les épices (le poivre noir, le piment fort, les graines de moutarde et la muscade).