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Un week-end avec ma mer…

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Un week-end avec ma mer…

Des baleines, des cachalots, mais aussi de grands dauphins évoluent à seulement quelques encablures de nos côtes. Ainsi, le port de Sayada – jusqu’aux îles Kuriat où se trouve un monitoring pour la reproduction de la tortue marine Caretta Caretta – est en train de devenir le rendez-vous régulier de nos amis Moby Dick, Willy, Flipper et autres… Autant de rencontres surprenantes et à sensations pour le nageur non averti mais qui le sont beaucoup moins pour le marin professionnel.

par Samantha Ben-Rehouma

Cette faune marine évolue en Méditerranée sous l’oeil observateur de Hédia Baccar, Conseillère de l’IFAW (principal intervenant financier de l’opération « Delphis 2010» au Maroc et en Tunisie) au Moyen Orient, Lotfi Ben Naceur, chercheur à Institut national des sciences et technologies de la mer et Sami Mhenni, ingénieur halieute travaillant au ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de la technologie. L’action avait la particularité de cibler non pas des plaisanciers mais des pêcheurs qui se plaignent d’importants problèmes avec les dauphins.

Déroulement des opérations

Le soir du 3 juillet, sortie en mer du groupe A : 5 senneurs pour la pêche des petits pélagiques et 12 barques annexes travaillant avec les senneurs (16 à 18 marins) avec à bord quatre observateurs, étudiants master et thèse, qui ont bénéficié au préalable d’une demi journée de formation sur les manipulations à faire à bord et les informations à recueillir. Sur chaque embarcation, équipée d’un kit RIMMO, était attachées des banderoles affichant l’opération « Delphis Tunisie 2010 » et portant les sigles de l’IFAW, RIMMO et JCI. Chaque observateur disposait d’un appareil photo et de jumelles. Retour de l’expédition le dimanche 4 juillet au matin où le groupe B a fait à son tour sa sortie en mer : 15 barques (3 à 5 marins) et 2 observateurs, étudiants master et thèse (qui ont eu également une demi journée de formation sur les manipulations à faire à bord et les informations à recueillir) ainsi qu’une barque de plaisance.

Des participants très avisés

Les participants, des étudiants, des chercheurs en sciences de la mer à l’Institut Supérieur de Biotechnologie de Monastir ou à l’Institut national agronomique de Tunisie étaient réunis par l’opération Delphis, une opération à échelle méditerranéenne menée par la JCI Sayada en coopération avec l’IFAW* et RIMMO** qui s’est donné pour objectif de compter ces mammifères !
La seule pêche dont il a été question durant cette journée exceptionnelle est celle aux informations : plus d’une centaine de participants ont gardé les yeux rivés sur l’eau afin de recenser dauphins et autres cétacés qui évoluent au large de nos côtes. Bien que réalisées par des volontaires amateurs (étudiants de l’INAT et de l’ISBM), les observations des participants de l’opération Delphis sont très fiables comme l’explique Sami Mhenni, « nous avons beaucoup de fichiers, ils connaissent parfaitement les cétacés et, qui plus est, savent faire la différence entre des espèces même assez proches et donc transmettent ainsi leur savoir ». Au delà des habituels comptages des cétacés et prélèvements de plancton et d’eau de mer, le protocole s’est enrichi, cette année, de nouvelles opérations permettant de meilleures études visant à améliorer les possibilités de préservation de notre environnement marin, à savoir la qualité de la mer. L’importante présence des cétacés en été s’explique par la forte concentration de plancton, à la base de la chaîne alimentaire, dans cette zone et à cette période. L’édition de cette action a jeté l’ancre samedi 3 et dimanche 4 juillet au large de six pays, (France, Italie, Malte, Monaco, Tunisie et Maroc). Toutefois, en raison d’une météo capricieuse au large des côtes françaises, cette opération a été repoussée au dimanche 11 juillet. L’objectif de cette réserve est la protection des populations marines du bassin méditerranéen. En 1992, lors de sa création, son but était de mettre fin au massacre de dauphins pris dans les filets dérivants.

Miser sur la qualité de l’opération de comptage

Malgré son appellation d’opération de « comptage » pour cette journée de dimanche, ce n’était pas là le but ultime. Les priorités, comme le précise Sami Mhenni, ingénieur halieute, sont ailleurs : « Ce qui importe est la qualité de la prestation des personnes mobilisées à travers l’opération Delphis. Cette année, nous avons rencontré des dauphins mais aussi des thons morts et malgré la réputation de Kuriat pour ses tortues, force est de constater qu’elles se font de plus en plus rares ! Le code de bonne conduite est fondamental lors de l’approche des mammifères, il convient de rencontrer l’animal dans son sens de navigation, à 300 m. » Des consignes de sécurité auxquelles les organisateurs de l’opération sont particulièrement attachés.

A la recherche des dauphins

Revenus bredouilles ou presque, le samedi après-midi on n’avait pu voir les dauphins. Toute à la journée du dimanche passée à bord d’un bateau sillonnant les eaux du golfe et pas la moindre trace de dauphins ou autres cétacés ! Toutefois, personne ne doute de la présence de ces mammifères dans les eaux chaudes du golfe. Il est vrai que l’heure choisie pour les trouver n’était sans doute pas la meilleure. Dix heures et demie du matin, c’est trop tôt ou trop tard ! Les cétacés préfèrent se montrer au lever ou au coucher du soleil lorsque la mer est complètement calme.

Protéger les dauphins

L’opération Delphis a, à la base, pour objectif principal d’accélérer la réalisation du sanctuaire pour les mammifères marins en Méditerranée. Aujourd’hui, même s’il a un peu dévié, il suit toujours le même courant à savoir la protection des mammifères marins, notamment en visant un public aussi large que possible. Et c’est impérieux !
Des dizaines de sacs en plastique ont été trouvés par les bénévoles en l’espace de deux heures. Ces sacs sont une vraie menace pour les cétacés car ils les confondent avec des poulpes qui constituent le principal de leur alimentation. Conséquence : les mammifères finissent par s’étouffer !

Les prélèvements

Le but de l’opération Delphis n’est pas seulement le recensement des cétacés mais aussi l’analyse de l’eau : prendre des échantillons d’eau de mer, observer, noter et photographier les cétacés, les tortues de mer et les bancs de méduses. Des analyses physico-chimiques pour apprécier l’état du milieu ainsi que des analyses statistiques et cartographiques à l’aide des systèmes d’informations géographiques sont élaborées pour pouvoir mieux interpréter la distribution spatiale des dauphins dans les zones prospectées. En effet, cela est nécessaire pour savoir pourquoi il y a certains endroits où l’on trouve un regroupement et d’autres une absence de cétacés.

Tout sur ma mer

Après cette longue journée de navigation, d’observation et de prélèvements, de soleil et de chaleur, l’arrivée au port fut un vrai bonheur !
S’il y a quelqu’un qui m’aura marquée par ses histoires et sa philosophie, c’est bien Moncef, notre capitaine. En effet, homme de théâtre à la base, rien ne le prédestinait à sillonner les mers. La perte de sa mère fut comme un déclic. Alors, pour retrouver cet amour perdu ô combien exclusif, quoi de plus poétique que de se jeter dans les bras de la mer..

* International Fund for Animal Welfare.
Site web: HYPERLINK http://www.ifaw.org/
** Réserve Internationale Maritime en Méditerranée Occidentale.
Site web: HYPERLINK « http://www.rimmo.org/ »