Allo maman Ado

Au collège des cœurs brisés

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Au collège des cœurs brisés

Le premier amour c’est celui que l’on écrit avec un grand A et dont la seule évocation suffit à nous mettre des étoiles dans les yeux… Mais c’est aussi celui qui peut nous briser le cœur au point de croire que l’on ne s’en remettra jamais. Du moins c’est ce que l’on pense à 15 ans. Pourtant c’est justement celui-ci qui nous met le pied à l’étrier en nous ouvrant les portes du monde des adultes ! Mais il est toujours difficile de s’épancher, même après des années, sur ces premiers états d’âmes…

par Armelle Lelimouzin

Une peine de cœur à l’âge adulte est parfois difficile à vivre alors que dire de nos jeunes ados qui connaissent leurs premiers émois ? Depuis quelques jours, votre ado s’est transformé. Hier jovial (e), aujourd’hui le voici taciturne, reniflant toute la journée et ne quittant plus son portable en attente d’un coup de fil qui ne viendra pas… Celui ou celle qui restera à jamais votre « bébé » est amoureux et vit sa première rupture. Il est clair que s’épancher sur ses chagrins d’amour n’est pas toujours aisé mais les signes sont rarement trompeurs. Si les filles laissent facilement paraître leur douleur, les garçons ont plutôt tendance à intérioriser leur chagrin. Le comportement peut être parfois déroutant pour des parents, d’autant plus qu’à cet âge l’amour « ça s’en va et ça revient » comme le dit une certaine chanson populaire.

La fin du monde…

Mais à 15 ans on vit la vie avec ses tripes, incapable de prendre de la distance avec les événements. Et peu importe que la romance ait duré un jour, un mois, un été… Résultat, les ruptures sont vécues comme des trahisons insupportables. L’adolescent est intimement convaincu que tout est fini, que l’amour ne frappera plus jamais à sa porte. Il se sent abandonné, mais pas question de venir pleurnicher dans les jupons de maman car, en vivant son premier amour, il a tout simplement commencé à couper le cordon.

Adopter la bonne posture

La règle d’or ? Ne rien dire car votre enfant ne vous demande pas votre avis. Alors, certes, ce comportement de dramatisation peut vous énerver mais faites preuve de patience et si vous ne pouvez forcer la confidence, laissez la porte ouverte. Reconnaissez sa tristesse, son désarroi, mais inutile d’entrer dans son jeu. Votre enfant a juste besoin de sentir que quelqu’un est à ses côtés pour le cajoler, le dorloter, l’écouter. Il n’a certainement pas envie que l’on se morfonde avec lui et encore moins d’entendre les éternels et tout aussi inefficaces, « un(e) de perdu dix de retrouvé(e)s » ou « c’est pas grave t’en trouveras un(e) autre »… Sa peine est bien réelle alors inutile de la minimiser. Si vous savez par expérience que l’on guérit toujours de ce genre de chagrin, souvenez-vous aussi combien celui-ci peut être douloureux. Vous pouvez toujours évoquer avec toute la pudeur requise votre premier amour et votre première rupture. Cela lui rendra certainement le sourire un bref instant car c’est évident, « lui et vous, ça n’a rien à voir ! ». C’est son histoire et l’adolescent ne vit pas l’anticipation d’un futur. Il est tout entier dans l’instant. Et dans ces moments là, il se sent trahi, blessé. Pour lui, difficile d’imaginer le futur aussi proche soit-il. Alors l’important est qu’il sache que vous êtes disponible pour l’écouter et le consoler s’il en ressent le besoin. Cuisinez-lui son plat préféré, proposez lui une sortie ou d’inviter ses copains à la maison même si ce n’est pas dans vos habitudes. C’est justement l’occasion. A cet âge, l’amitié est d’une grande importance et tous les sentiments qu’un adolescent ne veut plus donner à ses parents, il les reporte sur ses amis. Ils seront donc un meilleur soutien que vous, d’autant plus qu’avec eux, la sensation de s’immiscer dans son chagrin sera moins forte. Les filles se laisseront aller aux confidences, les garçons parleront de tout et de rien en jouant à un jeu vidéo. La vie reprendra vite le dessus et cet amour perdu sera hissé au rang de souvenir !

Mohamed, 15 ans

«c’était un amour impossible et non partagé»

La première fois qu’une fille a attiré mon regard, je savais bien que je n’avais aucune chance. On ne peut pas vraiment parler de chagrin ni d’amour, mais à l’époque c’était important pour moi. C’était il y a deux ans. Ma prof de français. Son première poste. Bien évidemment, comme tous les garçons de la classe je la trouvais ravissante mais dès que l’heure du cours de français approchait, mon cœur battait très fort et mes mains devenaient moites. Je l’aurai écoutée des heures et je me souviens que, parfois, je me surprenais à rêver d’elle… Je l’ai juste dit à mes meilleurs amis car c’était lourd à porter. Certains se sont moqués de moi, d’autres m’ont encouragé. Un jour, j’ai osé lui apporter un croissant, elle m’a remercié avec un joli sourire. Cela me suffisait. Quand les vacances sont arrivées, j’étais triste car je savais que je ne la verrai plus pendant plusieurs semaines, et quand la rentrée est arrivée et que j’ai vu que je ne l’avais plus comme prof, j’étais anéanti. Aujourd’hui, je sais que c’était un amour impossible mais je garde son image dans mon cœur et ma tête.

Souvenirs d’ados…

Moez, 39 ans

«Je me suis senti trahi et dépossédé»

Mon premier amour je m’en souviens comme si c’était hier. Nous étions dans la même classe et elle s’appelait K… (par discrétion, nous ne dévoilerons pas son nom). Pour moi, du haut de mes 14 ans, elle était la plus belle et surtout différente des autres filles que je pouvais côtoyer. Je me souviens que nous aimions être ensemble, en classe et en dehors pour faire nos devoirs… je n’aimais pas que d’autres garçons tentent de s’approcher d’elle d’un peu trop près et de mon côté, les autres filles n’avaient aucune chance ! Même si «notre relation» s’est limitée à des petits cadeaux pour les anniversaires, des petits mots doux échangés et à des instants partagés, j’étais très attaché à elle. Ce premier amour, que je qualifierai de pur, a duré trois ans et a pris fin malgré nous. Ses parents ont décidé de la marier. Je me suis senti trahi, comme si on m’avait enlevé quelque chose. Mais, l’éducation que j’ai reçue et la pudeur que nos sociétés nous ont enseignée font que nous ne parlons jamais de ces choses-là, même aux parents. J’ai donc tout gardé pour moi. Quelques années plus tard, j’ai eu des nouvelles par sa sœur mais je ne l’ai jamais revue. Aujourd’hui encore quand je passe devant sa maison je ressens un pincement au cœur, une certaine émotion et parfois de vieux souvenirs remontent à la surface. Il est évident que cette histoire m’a profondément marqué mais elle m’a permis d’avancer dans la vie et de tracer mon propre chemin.

3 questions à…

Wahid Koubaa, psychologue

Pourquoi le premier chagrin d’amour semble-t-il toujours insurmontable ?

Tout simplement parce que c’est le premier ! C’est la mise en application de tout ce que l’on a imaginé, idéalisé. De plus, l’adolescent vit tout intensément : l’amour, l’engagement, la mort… du fait d’une maturité cérébrale encore inégale. Du coup, il est dans l’impulsivité. La rupture est donc vécue comme une catastrophe, encore plus pour l’adolescent qui « subit ». Celui qui est quitté a toujours plus mal.

Quelle posture les parents doivent-ils adopter ?

Les adolescents ne font pas semblant, leur douleur est réelle. Les parents doivent donc reconnaître cette souffrance sans la banaliser. Il est très important qu’ils se placent dans une posture d’écoute, de communication sans jugement de valeur. Ils doivent montrer à leur enfant, notamment dans la relation mère-fille, qu’ils sont là pour les épauler, les aider à passer cette épreuve. En règle générale, je pense que les adultes devraient préparer les adolescents à traverser cette épreuve en parlant davantage avec eux.

Comment se remet-on d’un chagrin d’amour ?

Un chagrin d’amour peut durer de quelque mois à quelques années selon la fragilité de la personnalité. Se remettre d’un chagrin d’amour signifie faire le deuil de la relation. Le temps est donc l’un des meilleurs alliés pour se remettre de cette épreuve sentimentale. Un premier amour est un acte de sublimation qui nous aide à nous dépasser et où la personne est mise sur un piédestal malgré ses défauts. Quand la rupture surgit tout s’écroule. Le temps permet d’apprendre à relativiser, de passer d’un état de sublimation à celui de la réalité. Enfin, ce qui importe dans la vie, ce sont les moments de bonheur que l’on vit et non la pérennité d’une relation ou d’un sentiment. En se raccrochant à ces bons moments, on oublie les mauvais dont celui de la rupture. Il est possible également de trouver d’autres ancrages pour s’accrocher et tenir le coup.