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Dire « non » à la cigarette Ça s’apprend jeune

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Dire « non » à la cigarette Ça s’apprend jeune

Le tabac, comment ça commence ? Quand et comment le piège se referme ? Quel est le profil type du jeune fumeur ? Que faire pour le convaincre de résister à la tentation? Parce que ces questions nous concernent toutes et tous, quelques infos à bien garder à l’esprit, pour les aider à dire non.

par Emmanuelle Houerbi

Les premiers pas

Il est très rare de commencer à fumer à l’âge adulte. D’après la dernière étude tunisienne menée en 2007, la première cigarette fumée en entier l’est en moyenne à l’âge de 13 ans, et certains commencent dès l’âge de 8 ans ! La première cigarette est le plus souvent allumée lors d’une fête, et presque toujours en groupe. Lorsque l’enfant ou le jeune commence à fumer tout seul, le piège se referme sur lui.

Portrait robot

Les jeunes les moins bien armés pour résister à la tentation sont ceux en situation d’échec scolaire, et surtout les redoublants. Parce que l’anxiété, la dépression, la faible estime qu’ils ont d’eux mêmes ne sont jamais bien
loin, et que la fragilité psychologique est l’un des principaux facteurs de risque. Le deuxième facteur aggravant est l’influence de l’entourage : les parents fumeurs bien sûr (surtout la mère, mesdames …), mais aussi les meilleurs amis. Viennent enfin les conflits familiaux et les difficultés relationnelles, le goût du risque, et le caractère de l’enfant.

Pourquoi fument-ils?

La cigarette permet de s’identifier à un groupe; c’est un ticket d’entrée dans la bande, surtout pour les garçons. Chez les plus jeunes, elle permet d’imiter les adultes, de se sentir l’un des leurs, d’explorer et d’expérimenter. Les filles l’utilisent pour « se montrer» émancipées, libres, branchées, extraverties, sûres d’elles… ou même parfois pour perdre du poids. La cigarette permet aussi pour certains de faire face au stress et à la dépression.

Les aider à dire non?

Tout d’abord, en donnant l’exemple! Le seul moyen d’être crédible consiste à ne pas fumer soi-même, c’est évident. Ce n’est qu’ensuite que l’on peut avancer les arguments qui feront mouche (voir encadré). Tout en gardant toujours une bonne communication avec l’enfant ou l’adolescent, sans le juger, en gardant son calme (autant que possible), et en essayant de convaincre plutôt que de donner des leçons… Elémentaire, n’est-ce pas?

Seif Zouaoui, 17 ans, Lycée pilote de l’Ariana

« A l’aube de mes 18 ans, je suis fier de dire que je n’ai jamais mis une cigarette dans ma bouche… Oui, il est vrai que bien des fois on a essayé de me provoquer : la pression des potes qui jouent sur la carte de la popularité ou celle de la virilité pour me pousser à fumer. Mais je suis toujours resté fidèle à mes principes et cela n’a en aucun cas fait de moi un « ringard » comme le croient certains. J’ai toujours eu une vie sociale et sentimentale bien remplie. Les filles sont même impressionnées par les rares mecs qui ne fument pas de nos jours… Alors un conseil aux jeunes : si vous êtes en quête de sensations fortes ou voulez affirmer votre personnalité, la cigarette n’est pas la solution… Faites du sport, même du parachutisme mais ne détruisez pas votre vie ! »

Des arguments pas fumeux

  • La cigarette n’est pas une libération. C’est la pire des dépendances.
  • Fumer ne rend pas adulte : tirer sur la cigarette est même proche du plaisir oral consistant à sucer son pouce
  • Fumer très jeune est plus dangereux : les maladies apparaissent plus tôt et sont plus graves… Qui a envie d’une crise cardiaque à 35 ans ?
  • Le tabac atteint tous les organes sans exception
  • Plus de 40% des cancers sont dus au tabac
  • Fumer coûte cher : dommage pour les CD, jeux vidéos, vêtements, sorties…
  • Fumer n’est pas un accessoire de séduction : l’odeur du tabac froid, les dents jaunies et l’haleine putride ne sont pas forcément des atouts
  • Le tabac diminue fortement les performances sportives
  • Il est plus facile de ne pas fumer que de tenter de s’arrêter
  • L’industrie du tabac doit créer 5000 nouveaux fumeurs par jour pour survivre, et cible en priorité les jeunes et les femmes ; ne vous laissez pas manipuler !

Chaima Ounaies, 18 ans, Lycee Assahafa, Ariana

« J’ai commencé à fumer à l’âge de 12 ans. C’est relativement tôt je l’avoue mais étant entourée de fumeurs dans la famille ou dans mon cercle d’amis, il m’était dur de ne pas succomber. Je fume beaucoup surtout lorsque j’ai des problèmes… Mes parents (qui sont fumeurs) ne savent pas que je fume. Cela risquerait de faire enrager mon père. Il faut se rendre à l’évidence : une fille qui fume n’est pas bien perçue par la société. Pourtant, les dangers sont bien les mêmes pour les deux sexes… Je n’ai jamais pensé à arrêter car je suis vraiment dépendante de cette drogue douce. »

Aziz Bouhejba, 20 ans, étudiant a l’ISG

« A 15 ans, après une soirée un peu arrosée, j’ai fumé ma première cigarette. Je me souviens avoir été très confus, un peu coupable de m’autodétruire mais j’aimais ce que j’avais à la bouche… Et puis graduellement, je suis devenu accro aux cigarettes : de deux cigarettes par jour, je suis passé à deux paquets jour en période de stress et d’examens. Ainsi, tout mon argent de poche partait régulièrement en fumée… Bien sûr, tous les jours, j’avais droit à des reproches et des représailles de la part de mon entourage. Un jour, tout cela a pris finet j’ai décidé d’arrêter… Cela a été l’un des défis les plus durs de ma vie mais aussi l’une des mes plus grandes fiertés… Le narguilé reste néanmoins mon péché mignon… »

Les derniers chiffres tunisiens Enquête sur la santé des adolescents en milieu scolaire (2007)

  • L’âge du début de la cigarette : 13 ans
  • Tabagisme chez les 12-14 ans : 5,8%
  • Tabagisme chez les 15-17 ans : 11,2%
  • Tabagisme chez les 18-20 ans : 20,3%
  • 13,5% des garçons et 4% des filles fument la chicha
  • 70% des enfants agés de moins de 14 ans vivent dans un environnement familial où existe au moins un fumeur
  • 28% des jeunes entre 10 et 14 ans ont au moins un ami proche qui fume

Kamilia .C , 17 ans, Lycée Père Blanc

« J’ai fumé ma première cigarette il y a deux ans, à 15 ans. Je venais d’entrer au lycée, j’avais soif d’expériences et étais avide de sensations fortes… Depuis,c’est devenu une habitude. Chaque matin, j’ai besoin de ma dose de nicotine pour passer une belle journée. Je ne suis pas une grande fumeuse, 2 à 3 cigarettes par jour calment mes envies. Mais c’est juste devenu mon petit « kif ». Je pense être capable d’arrêter quand je le veux, mais vu que je ne suis pas une fumeuse compulsive, je ne me sens pas vraiment concernée par les dangers du tabac… Mais,il est clair qu’une fois le temps de l’inconscience écoulé, j’arrêterai… »

Amenallah Grich, 21 ans, Etudiant en médecine

« J’ai fumé ma première cigarette chez un pote à 12 ans. J’ai arrêté à 16 ans pour reprendre il y a 5 mois après une rupture… Les sentiments jouent un rôle très important dans notre consommation de ces substances. Les cigarettes (aussi nocives soient-elles) me permettent de décompresser, me soulagent en période de stress intense… Je fume 6 à 7 cigarettes par jour mais compte réduire cette dose jusqu’à arrêter car je suis un sportif et étudiant en médecine donc je réalise les dangers des cigarettes. A tous les jeunes je dis : «N’essayez pas car vous risquez de tomber dans le piège et vous peineriez à vous en sortir ! »