Allo maman Ado

Je fais semblant de jeûner

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Je fais semblant de jeûner

Le mois de Ramadan est aussi un moment de contrainte pour certains jeunes qui se voient obligés de faire semblant de jeûner.

par Salem Djelassi

C’est un vrai casse-tête à chaque Ramadan pour les jeunes qui ont choisi de ne pas jeûner soit par conviction ou par contrainte sociale ou tout simplement physique.

Que faire lorsqu’on fait partie d’une famille conservatrice qui fait du mois saint une institution ?
 » Tout simplement faire semblant et ce n’est pas tout le temps facile  » répond Radii, 20 ans.

Et c’est vrai que ce n’est pas tout le temps facile d’être hypocrite!

« Car il s’agit bien d’un mensonge et d’une hypocrisie », continue notre interlocuteur. Car qu’on le veuille ou pas le mois de Ramadan, censé être rassembleur, risque de disloquer les liens familiaux au lieu de les resserrer . Un membre qui ne jeûne pas risque, en effet, de subir les foudres et les remarques désobligeantes de tous les autres membres de la famille.

Et il arrive que cela prenne des proportions graves.

 » Mon frère fait partie de ceux qui furent pris par l’ardeur islamiste après la revolution, dit Hamdi, 18 ans, je fus sa première victime parce que je refuse de faire le Ramadan et cela a toujours été le cas au vu et au su de  mes parents. Un jour, il m’a vu prendre mon petit déjeuner dans la cuisine et il m’a sévèrement engueulé en me donnant une leçon de morale. Je n’ai pas bronché et j’ai gardé mon sang froid. Ma mère est venue me voir pour me demander de manger en cachette mais j’ai refusé d’être hypocrite. Le lendemain il est venu dans la cuisine le matin et il m’a vu prendre mon petit déjeuner de nouveau. Et là, il a jeté mon assiette par terre avant de me gifler. J’ai répondu par un coup de poing. Et c’est parti ! Il a fallu l’intervention des voisins pour mettre fin à la rixe. Depuis ce jour-là je n’habite plus chez mes parents. J’habite chez ma sœur mariée à un homme civilisé.  »

Autre problème à résoudre : où se sustenter si on fait semblant de jeûner ?

 » Ce n’est pas tout le temps facile parce que les cafés et les restaurants ouverts pendant le mois de Ramadan se rétrécissent comme une peau de chagrin après la révolution. Aujourd’hui on est face à des propriétaires de cafés qui sont eux-mêmes contre les gens qui ne jeûnent pas et refusent d’ouvrir leur locaux. Alors, on se heurte aux cafés qui font dans le profit pur et dur ! Non seulement les prix passent du simple au double mais on nous sert des sandwichs de la veille et de l’avant-veille qui n’ont pas été vendus. D’autant plus que ces endroits souvent bondés et mal aérés donnent la nausée.  »

Force aussi est de croire que la question du Ramadan soulève à chaque fois ce débat  » ouvrir les cafés ou ne pas les ouvrir « .
Pour Malek, enseignant en sociologie, les choses se jouent autrement « c’est un moment important pour connaître le degré d’hypocrisie et de tolérance dans une société. Malheureusement, il existe de plus en plus de gens qui jouent l’hypocrisie et ne prennent pas leur responsabilités. Prendre ses responsabilités, c’est-à-dire assumer ses choix et les annoncer à la famille. Il faut tout faire pour convaincre les siens de ses choix tout en acceptant ceux des autres. Il ne faut pas faire passer les autres pour des ringards et passer soi-même pour un mécréant. Or, malheureusement c’est ce qui se passe actuellement. Je trouve que les jeunes ne sont pas assez convaincants vis-à-vis de leurs parents. C’est le moment ou jamais d’assumer leur choix. »

Question tolérance on ne fait pas mieux qu’avant ! Les Tunisiens sont de moins en moins tolérants et pour cause ! La vague religieuse et le discours télévisé de certains prédicateurs ne laissent pas certains indifférents.
 » On est parfois montrés du doigts et désignés comme des “fattaras” (ceux qui ne jeûnent pas) parce qu’on refuse simplement de faire le Ramadan,  dit Ramzi, et chaque année  c’est de plus en plus dur, croyez-moi ! Je ne sais pas où on va? «