Allo maman Ado

Ado : Les parents doivent-ils tout contrôler ?

Publié le
Ado : Les parents doivent-ils tout contrôler ?

Protéger un enfant revient aussi à lui faire confiance et le laisser vivre ses expériences. Être là, oui ! Mais pour les accompagner par pour les contrôler…Alors comment trouver ce juste milieu ?

par Salem Djelassi

Nous sommes dans un ciné-club. Après la projection du film, un débat est engagé  comme il est de coutume dans ce genre de club. Le film porte le titre de « Satin rouge », sa réalisatrice est tunisienne et il raconte la relation parfois tendre et parfois suspecte entre une mère et sa fille.

Rapport parents enfants

Petit à petit, le débat s’oriente vers le rapport des parents avec les enfants (encore jeunes ou adolescents ) et nous avons été véritablement surpris par le discours d’une bonne  catégorie de jeunes, présents dans la salle, et qui contestent carrément la manière dont les parents « gèrent » aujourd’hui les affaires de leurs enfants. On a entendu des mots comme « ingérence » et même « dictature » des parents…. Parmi la foule énorme des remontrances que les jeunes adressent aux parents, on constate des termes qui reviennent comme « contrôler » ou « espionner ». En effet, certains  jeunes se sentent aujourd’hui espionnés à par leurs parents. Mehdi,  17 ans, nous le confirme: « au début, c’était le contrôle parental sur internet et je n’ai rien dit … J’essayais de trouver toujours le moyen de le détourner. Puis, cela a dégénéré et mon père est venu fouiller dans mes cahiers, il m’a même posé des questions un jour sur le sens des  graffitis sur le dos de mes livres … »

Comme tout le monde le sait, nos jeunes sont aujourd’hui plus que jamais épris de liberté et toute atteinte à cette notion, ne serait-ce qu’infime, est considérée comme un affront. Aujourd’hui, les parents ont-ils le droit d’espionner leurs enfants…? »  La plupart d’entre eux le feraient avec plaisir, dit  Kaïs 18 ans, et je suis sûr que tout le monde le fait,  même ceux qui disent je fais confiance à mon fils ou à ma fille ». En plein débat dans cette salle de cinema, Sélim 40 ans, l’un des techniciens qui ont travaillé sur le film et lui-même parent de deux enfants, lui rétorque :  » bien sûr qu’il faut les avoir à l’œil les enfants ! Surtout quand ils sont jeunes ou adolescents. Il faut les avoir à l’œil aujourd’hui plus que jamais. Car aujourd’hui la menace est terrible; avant, on les protégeait contre les déviances sexuelles, aujourd’hui il faut les protéger conte ces obscurantistes qui risquent de les embrigader et leur faire un véritable lavage de cerveau. »

Chacun semble avancer ses propres arguments et chacun semble avoir raison mais il faut reconnaître que les parents ont le droit de protéger leurs enfants mais ils tombent souvent dans l’excès. En effet, il y a des parents qui veulent tout avoir sous leur contrôle, c’est même une pathologie chez eux. C’est la manie de vouloir à tout prix avoir une prise sur tout ce qui se passe à la maison.

Lamia est enseignante à l’université de la Manouba et elle nous donne son avis sur la question: « ce qu’on appelle les parents poules sont en vérité des parents espions. En Méditerranée, tous les parents sont poules et ont cette fâcheuse tendance de sur-protéger leur enfants.

C’est ce qui crée chez nos jeunes cette dépendance qui les ligote à leurs parents,  jusqu’à un âge avancé, et ne leur permet pas de prendre des initiative dans la vie  sociale. Mes étudiants me racontent cette situation parfois dramatique où leur parents tentent même d’avoir leur mot de passe pour contrôler leurs mails. Ce sont des parents qui s’arrogent aussi le droit d’ingérence dans la vie de leur jeunes enfants et en font parfois des futurs citoyens bridés et craintifs.

Je suis d’accord pour qu’il y ait un dialogue et pas un contrôle systématique sur la vie des jeunes. Dans les pays scandinaves, par exemple, les jeunes sont responsabilisés très tôt. On leur fait confiance pour qu’ils vivent librement leurs expériences, même si parfois ça se passe très mal. Mais ils survivent à cela et ils s’en sortent pour devenir des adultes accomplis. »

Les mamans s’inscrivent sur Facebook 

Education Database Online révèle dans une infographie que la moitié des parents américains auraient créé un compte Facebook dans le seul but de contrôler l’activité de leurs enfants sur le réseau social. EDO constate que les mères de famille s’inscrivent de plus en plus sur Facebook, elles étaient 50 % en 2010 elles sont, en 2012, 72 %.

Par ailleurs, 92 % d’entre elles sont « amies » avec leurs enfants et 43 % vont tous les jours consulter le compte de leurs bambins.

Autres chiffres clés:

Il y aurait 7.5 millions d’enfants de 13 ans et moins à être inscrits sur le réseau social.

31 % des mamans vont sur Facebook 4 à 5 fois par semaine.

29 % inspectent les photos postées sur leur mur.

41 % des mères sont intéressées par les mises à jour des statuts de leurs enfants.

39 % scrutent les publications des amis de leurs enfants.

1 enfant sur 3 déclare être gêné par la teneur des publications de leurs parents sur Facebook et 30 % voudraient les retirer de leur toile s’ils le pouvaient.

(Source ID Boox)

L’e-réputation au cœur des préoccupations principales

Selon une étude menée par la société de sécurité AVG auprès de 4.400 jeunes, entre 14 et 17 ans, dans 11 pays différents : 45 % des parents ont accès au compte Facebook de leur enfant à son insu.

Selon les chiffres, la plus grande peur de ces parents-espions est le problème de l’e-réputation; en effet ils redoutent que les échanges de leurs adolescents sur les réseaux sociaux (photos, commentaires, statuts etc. …) compromettent la vie professionnelle future de leur enfant sur le marché de l’emploi.

La sociologue Laurence Le Douarin, évoque ce paradoxe entre les équipements technologiques actuels qui peuplent nos foyers, permettent une plus grande autonomie de navigation et servent également d’outils très commodes pour surveiller les données informatiques. Ce qui peut, par la suite, provoquer « des tensions sociales entre l’autonomie d’un côté et le contrôle de l’autre ».

Aujourd’hui, la crise d’adolescence se vit sur Internet.

49 % des mères, contre 39 % pour les pères, ont du mal à accepter que leur progéniture puisse avoir des activités numériques inavouables : sites pornographiques, jeux d’argent en ligne, téléchargement illegal  etc…

C’est dans cette idée de pouvoir observer, et donc contrôler ce que fait leur enfant, que 92 % des parents sont amis avec leurs enfants sur Facebook et 72 % connaissent leur mot de passe.

Beaucoup de parents justifient cette attitude comme un outil de contrôle et la peur que leur adolescent échappe à leur autorité.

Bien qu’il soit légitime que les parents s’inquiètent, cette attitude, au départ bienveillante, ne peut réellement aboutir sans le partage essentiel entre l’enfant et l’adulte, basé  sur l’écoute, la discussion et le partage des connaissances.

De plus, vos ados ne sont pas dupes! Ils connaissent certaines subtilités et développent des stratégies de contournement.

Michael Stora, qui dirige la cellule psychologique de la radio Skyrock, le sait bien: « Lorsqu’un ado qui tient un blog le montre à ses parents, c’est souvent qu’il en a d’autres beaucoup plus sulfureux… »

(Source : Internet sans crainte)